Paroisse Sainte Marie du Pays de Verneuil » Blog et Site Internet

Homélie de la messe du 1er dimanche de Carême du Père Julien PALCOUX

+

1er Dimanche de Carême Année A 

Frères et sœurs, 

            Il y a plusieurs lectures possibles des tentations de Jésus. Mais, quelles que soient celles que nous faisons, il ne faut pas oublier que les tentations font partie du cheminement spirituel de Jésus. C’est «conduit par l’Esprit» que Jésus est conduit au désert ; c’est donc de manière délibérée que Jésus affronte ces tentations.

            Je vous propose 3 lectures de ces tentations : bien sûr, vous en avez certainement déjà entendu d’autres ; vous en lirez d’autres…

            La première lecture que je vous propose, c’est de considérer que les tentations qu’affronte Jésus sont un combat contre Dieu. Jésus assume et soutient le combat qui est celui que nous menons contre Dieu, qui est celui que notre humanité fait à Dieu.

            Tout d’abord, chacune des tentations commence par cette adresse : « Si tu es le Fils de Dieu… »Autrement dit, le combat que Jésus supporte est celui qui consiste à mettre en cause Dieu, à nier l’existence de Dieu. Nous aussi, aujourd’hui, nous entendons : « Si Dieu existait, alors, il ne se passerait pas ceci ; alors il ne me serait pas arrivé cela… » « Si Dieu existait, alors pourquoi les guerres, les morts injustes ? » Notre monde ne cesse de mettre en cause Dieu, de nier l’existence de Dieu, ou bien de l’attaquer. Eh bien, Jésus a lui-même tenu ce combat.

            La première tentation concerne la question de la misère : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Dieu est sommé de combattre toute misère, toute pauvreté. Mais Jésus répond que le principal bien de l’homme, la première richesse de l’homme, c’est Dieu lui-même : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Ce n’est pas que Jésus se moque de la faim de l’homme : il répondra d’ailleurs à cette provocation en son temps, par la multiplication des pains qu’il opèrera 2 fois, par l’institution de l’Eucharistie, qui donne à chaque homme le Pain de Vie.

            La deuxième tentation concerne la question de l’instrumentalisation de Dieu : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : ‘Il donnera pour toi des ordres à ses anges’ ». Jésus affronte ici la tentation de mettre Dieu à son service. Je me tourne vers Dieu quand j’ai besoin de Lui. Dieu doit accepter de se prêter à notre expérience, de se plier à nos désirs. Il est mis à l’épreuve et doit de soumettre aux conditions que nous-mêmes nous lui imposons. Dieu est un objet à notre service et nous nous mettons subrepticement à sa place. Tentation aujourd’hui très actuelle.

            Au sujet de cette tentation, il ne vous échappera pas que le démon attaque Jésus en citant l’Ecriture Sainte. Le démon est intelligent ; Il attaque sur le terrain sur lequel Jésus répond en citant l’Ecriture. Il détourne la Parole de Dieu, comme il l’avait fait en son temps face à Eve. C’est-à-dire que le démon nous attaque aussi en venant sur nos terrains, avec nos armes, en pervertissant et détournant ce qui peut être bon en nous.

            La Troisième tentation concerne la gloire illusoire du pouvoir politique, du pouvoir de domination. Pouvoir politique qui nie Dieu et conteste Dieu : « Tout cela je te le donnerai, si tu te prosternes pour m’adorer. » dira le démon à Jésus. La tentation qu’affronte ici Jésus est celle de toutes les dérives du pouvoir qui écrase, qui obtient par la force. Mais, c’est un pouvoir illusoire, car il ne laisse pas place à la faiblesse, à la fragilité et à la souffrance.

Voici les attaques que soutient Jésus, attaques qui mettent en cause l’existence de Dieu et qui lui dénient le droit d’exister.

             Alors, il y a une deuxième lecture que nous pouvons faire. Vous remarquerez qu’à chaque tentation, le démon s’adresse à Jésus en lui disant : « Si tu es le Fils de Dieu ». Eh bien, évidemment Jésus est le Fils de Dieu. Mais le Fils de Dieu qui a assumé notre humanité. Dont la mission est d’assumer notre humanité pour la délivrer du péché, de ce qui l’enlaidit. Par conséquent, quand le démon s’adresse à Jésus en lui disant « Si tu es le Fils de Dieu », il l’invite implicitement à utiliser la toute-puissance de sa divinité pour ne pas assumer complètement notre humanité. Et si Jésus avait recours à la toute-puissance de sa divinité, il n’assumerait pas parfaitement notre humanité et du coup, ne pourrait nous sauver complètement. Si Jésus utilisait la toute-puissance de sa divinité, alors il aurait pu disparaître de la croix, et, de ce fait, c’est le mystère de la Rédemption et de notre salut qui s’écroule. « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ! » lui dit le démon. « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix, et viens nous sauver » lui dira un des malfaiteurs. C’est le même processus : utilise ta divinité, que tu as, et échappe à la mort.

            Quel est alors l’enjeu de cette tentation ? Pour le démon : de faire échouer la mission de Rédempteur de Jésus. Pour Jésus : se préparer à la grande épreuve de la Passion et à sauver notre humanité qui n’a de cesse que de succomber à la tentation.

            Cette lecture-ci attire notre attention sur le processus du démon. Il cherche à diviser au plus profond la nature de Jésus, à la fois Dieu et homme. Alors que Jésus vient pour réconcilier les deux natures, le démon cherche à les opposer. Le démon agit toujours en cherchant à diviser et à opposer. Frères et sœurs, en ce temps de Carême, temps de conversion, de pénitence et de réconciliation, mettons un terme aux manœuvres de division du démon : dans les familles, dans les paroisses. Ne nous laissons pas manipuler par l’exaltation des ego, par l’absolutisation de nos points de vue, de nos sensibilités, de nos visions de l’Eglise. Il y a déjà eu trop de dégâts dans les années post-conciliaires. Cela suffit. Que ce temps du Carême soit un temps de retour à l’unité, de réconciliation. Nous sommes tellement plus forts lorsque tout le monde marche dans le même sens ! 

            Ces deux lectures précédentes nous amènent directement à la troisième : les tentations de Jésus sont en fait un lieu de salut. Non seulement Jésus assume tout ce qui a été raté dans l’histoire de l’humanité. C’est le sens de ces 40 jours qu’Il passe dans le désert, ces 40 jours qui reprennent les 40 ans du peuple hébreu dans le désert, 40 ans de trahison mais aussi de proximité de Dieu et d’expérience de salut ; 40 jours qui reprennent les 40 jours que Moïse passa sur la montagne avant de recevoir les Tables de la Loi. Mais Jésus a aussi vécu ces tentations pour nous qui sommes toujours confrontés à ces combats. Jésus permet en fait à notre humanité de résister aux attaques du démon. Jésus nous permet même de gagner ces tentations, car en Lui, elles ont déjà été vaincues. Mais tout cela dépend de notre union et de notre communion à Lui.

 

Frères et sœurs, c’est avec Lui qu’il nous faut vivre de temps de Carême ; c’est avec Lui qu’il faut nous convertir ; c’est par Lui qu’il faut nous réconcilier. C’est avec Lui qu’il faut descendre dans nos lieux de péchés pour être restaurés et renouvelés. Amen !

⇪ en haut ⇪ contact envoyer à un ami

Votre mail n'est jamais publié ou partagé ! Les champs marqués * sont requis *

*

*

T e x t e s   d u   j o u r