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Homélie de la messe célébrée en la chapelle de l’Abbaye Saint Nicolas de Verneuil du Père Julien PALCOUX

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Fête de la Saint Nicolas

Messe célébrée en la chapelle de l’Abbaye Saint Nicolas de Verneuil

Mercredi 6 Décembre 2017

Chers frères et sœurs,

Chers amis de l’abbaye et des Sœurs Bénédictines,

Mesdames et Messieurs les élus,

C’est avec une grande émotion que nous célébrons la Sainte Messe en ces murs bénis, là où pendant des siècles, des religieuses ont prié nuit et jour pour Verneuil, pour ses habitants, pour ses familles, ses dirigeants, pour notre Eglise et pour le monde. J’ai eu l’occasion pendant mes six années de curé ici à Verneuil de mesurer l’impact de la présence des sœurs parties malheureusement depuis plus de 17 ans, de mesurer cet impact, à l’affection qu’elles ont laissé à la population de Verneuil et des environs. C’est aussi avec une grande joie que nous célèbrerons la messe, le jour de la Saint Nicolas, en action de grâce pour tout ce que les sœurs ont apporté à chacun d’entre nous, pour le repos de leur âme, pour celles qui sont encore de ce monde à l’abbaye de Valmont, sans oublier pour le devenir de ce beau lieu sacré. J’en profite pour remercier la Communauté de Communes qui nous autorise cette célébration religieuse ainsi que Mmes Maryvonne Choisselet, Marie-Pierre Mac Auliffe et Monsieur le Président de la Communauté de Communes pour leur aimable coopération.

Avec la Saint Nicolas, nous plongeons à nouveau dans les racines chrétiennes de notre belle ville de Verneuil. Après avoir rétablis cette année sur la paroisse la fête religieuse de la St Denis, saint patron de Verneuil, nous arrivons maintenant à celle de St Nicolas. Comme beaucoup de fêtes traditionnelles, nous avons tendance à oublier aujourd’hui l’origine de la fête chrétienne de St Nicolas pour n’en garder que les aspects de fête profane ou malheureusement exclusivement commerciale. Qui était Saint Nicolas ?

Saint Nicolas était un évêque du IV ème siècle qui naquit en Asie mineure. Il fut évêque de Myre et, à ce titre, participa au concile de Nicée en 325. Sa bonté envers les pauvres et les enfants donna naissance après sa mort à de nombreuses légendes. Vous connaissez certainement tous la légende de St Nicolas et des trois petits enfants. La légende raconte que, dans la région Lorraine, entre Nancy et Metz, l’hiver approchant, trois enfants, partis glaner dans les champs, se perdirent sur le chemin du retour. Attirés par la lumière filtrant des fenêtres d’une maison, ils s’approchèrent et frappèrent à la porte.

L’homme qui leur ouvrit, Pierre Lenoir ( Peter Schwartz, dans la culture germanique), boucher de son état, accepta de leur donner l’hospitalité pour la nuit. En fait, sitôt les enfants entrés, il les tua, puis à l’aide de son grand couteau, les coupa en petits morceaux, pour finalement les mettre dans son saloir (un grand baquet empli de sel), afin d’en faire du petit salé.

Saint Nicolas, chevauchant son âne, vint à passer par là et frappa à son tour à la porte du boucher. L’homme, n’osant pas rejeter un évêque, le convia à dîner. Son invité lui demandant du petit salé, le boucher comprit qu’il était découvert et, pris au piège, avoua tout. Le saint homme étendit alors trois doigts au dessus du tonneau de petit salé, reconstituant et ressuscitant ainsi les trois enfants.

Saint Nicolas enchaîna le boucher à son âne et le garda auprès de lui pour le punir. Il devint le père Fouettard, être mauvais, dont le rôle est de réprimander les enfants désobéissants et les cancres, fort de son caractère violent et irascible. Toujours vêtu de noir, caché sous une cagoule et une épaisse barbe noire, il incarne tout l’opposé de Saint Nicolas, en somme, qui arbore une belle barbe blanche, des vêtements colorés d’évêque (mauve et blanc, avec une crosse, dorée à l’origine, puis rouge et blanche, ce qui le rapproche du Père Noël actuel), et donne toujours l’image d’une personne bienveillante. On comprend que Saint Nicolas soit devenu le patron des enfants, et, chez nous, ici à Verneuil, de l’école catholique qui porte son nom.

Son tombeau à Myre devint un lieu de pèlerinage ; mais ses reliques furent transportées à Bari en Italie au XIème pour être protégées des Musulmans. C’est grâce à ce nouveau lieu de pèlerinage que nous pouvons comprendre l’arrivée de la dévotion de St Nicolas sur nos terres normandes. Les fils de Tancrède de Hauteville avaient fait de Bari, en Italie, la capitale de leur duché. Par leurs échanges commerciaux, ils ramenèrent donc en Normandie la dévotion à ce grand saint, qui fut d’ailleurs renforcée par les abbés du Bec et par les Bénédictins de Lyre, de Conches et de Saint Taurin. C’est ainsi qu’il y eut une paroisse à Verneuil dédiée à Saint Nicolas, ici même sur les lieux de cette actuelle abbaye.

En 1623, la comtesse de Grancey nourrit l’espoir de l’édification d’un monastère de Bénédictines sur la commune de Verneuil. Evoqué par Monsieur le maire Jean Lesueur devant une assemblée de notables et de conseillers, le projet remporte l’adhésion de tous. De son côté, le curé de la paroisse St Jacques, le Père Thomas Rosse, fait la même démarche et à l’immense majorité, les paroissiens obtiennent que leur église St Nicolas soit partagée avec les futures moniales. L’évêque d’Evreux quant à lui se montre très favorable à ce projet et profitera du départ du curé de St Nicolas, le Père Leblanc, pour rattacher la paroisse St Nicolas à la paroisse Notre-Dame. De ce fait, les moniales peuvent profiter de la totalité des lieux de l’église St Nicolas.

Pendant ce temps, les premières sœurs ont été trouvées ainsi que la première Abbesse, et leur arrivée sur Verneuil se fait le samedi 24 Avril 1627 chez la Comtesse de Grancey. Le lendemain, le dimanche, l’évêque d’Evreux viendra dans l’église de La Madeleine avec tout le clergé ; les moniales sont dans une chapelle de cette même église, et, à l’issue de la messe dominicale, tout le peuple, clergé, moniales partent en procession pour l’abbaye afin d’installer les nouvelles religieuses dans leur nouvelle maison. Toutes les cloches des 7 paroisses de Verneuil sonnent (on imagine les réactions aujourd’hui…) au passage de cette très longue procession qui émeut les sœurs (on imagine les réactions aujourd’hui), et les sœurs arrivent chez elles ce dimanche 25 Avril 1627. Sœur Scholastique sera la première supérieure de ce monastère St Nicolas. Pourtant il faut continuer les travaux afin de permettre aux sœurs de pouvoir accéder à l’église en passant par la clôture, et c’est le 6 décembre 1628, en la fête de St Nicolas, que les sœurs chanteront pour la première fois l’office de Matines dans l’église abbatiale. Il y a 389 ans !

Voici, frères et sœurs, quelques éléments qui éclairent l’histoire de notre ville de Verneuil ou qui nous font revivre quelques moments importants de la vie de cette abbaye. Confions à l’intercession de Saint Nicolas la mémoire des sœurs qui reposent ici ainsi que celles qui sont encore parmi nous aujourd’hui ; et confions-lui le devenir de ce lieu qui a rayonné sur tant de personnes et tant de familles. Notre avenir ne peut s’écrire de manière harmonieuse sans assumer son histoire et son identité. Que nos chères sœurs veillent sur nous et sur ce lieu. Amen !

 

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