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Homélie de la Messe de la Nuit de Noël du Père Julien PALCOUX

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Messe de la Nuit de Noël

Un enfant nous est né, un Fils nous a été donné.

Chers frères et sœurs,

Le Fils de Dieu est né dans un monde très paradoxal. Noël est la nuit des paradoxes. On a d’une part un empereur tout puissant, Auguste, qui veut recenser toute la terre et d’autre part un bébé, Lui vrai Roi de l’univers visible et invisible, qui est donné. On a d’un côté un pouvoir qui veut maîtriser et un autre qui se propose. Tout le monde juif attend le Messie et il sera exclu, pas de place pour Lui dans la salle commune. L’Ange annonce aux bergers : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur » et le signe est « Un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

Par bien des aspects aussi aujourd’hui, notre monde présente de multiples paradoxes. On sent une grande aspiration à la paix, quand on fait des Lois pour exclure ou règlementer la présence dans le monde de Celui qui est source de paix. Surtout, qu’Il reste à sa place ! On veut sauver la planète, protéger la création, quand on organise par la Loi la destruction de la vie. On veut aider les familles tout en relativisant la modèle familial issu de la nature. La Bonne Nouvelle de ce soir, c’est que Dieu ne découvre pas les paradoxes, les contradictions de notre monde, puisqu’Il est déjà venu dans un monde similaire. Mais toutes ces difficultés n’empêchent pas Dieu de nous rejoindre. Ce soir, ce que Dieu nous redit, c’est que rien ne peut l’empêcher de nous rejoindre. Rien ni personne. Aucune situation n’est trop compliquée pour empêcher Dieu de nous rejoindre.

Noël, c’est la rencontre de deux mouvements qui sont indépendants, mais qui doivent se rencontrer pour produire leur fécondité. Il y a Dieu qui se donne et il y a l’homme qui accueille ou passe à côté du don, ou encore refuse le don. Si Dieu se donne, c’est d’abord parce qu’Il nous aime. Si Dieu n’en avait rien à faire de nous, de sa créature, des hommes, Il ne nous aurait pas rejoints dans notre monde. Noël est en quelque sorte la réponse à tous ceux qui se demandent où est Dieu, ce qu’il fait. A tous ceux qui se disent : « Je ne crois pas en Dieu, car s’il existait, il n’y aurait pas de guerre, de morts injustes, de maladies, de catastrophes naturelles », Dieu répond en se donnant lui-même, en nous rejoignant. Il nous dit : c’est parce que je t’aime que je te rejoins et que je veux venir dans ta vie.

Frères et sœurs, vous qui êtes mariés ici ce soir, vous qui vivez en couple, vous savez bien que c’est l’amour que vous avez pour l’autre qui vous pousse à vouloir vivre ensemble, à tout partager, à vouloir être avec l’autre. Quand on aime, il n’y a même pas besoin de faire des choses pour celui ou celle qui est aimé (e), il suffit simplement d’être avec l’autre. C’est cela qui comble et qui rend heureux. Quand on comprend cela, on comprend d’une manière un peu plus profonde le mystère de Noël, le mystère de ce Dieu qui s’appelle Emmanuel pour être avec nous, simplement parce qu’Il aime sa créature. St Thomas d’Aquin évoque l’éventualité que l’homme n’ait pas commit de péché originel. Si tel avait été le cas, donc si l’homme n’avait pas eu besoin d’être sauvé, Dieu se serait-il quand même incarné ? se demande-t-il. Réponse de St Thomas d’Aquin : si l’Incarnation du Fils de Dieu a pour cause première le remède contre le péché, elle n’exclut pas la possibilité d’un mouvement pur d’amour, car Dieu est Amour et l’Amour qu’Il est le pousse à rejoindre sa créature qu’Il aime. (III, Q1, a3).

Le deuxième mouvement est celui de l’homme qui accueille ou non le don de Dieu. On peut déplorer que Dieu ne soit pas accueilli aujourd’hui, voire qu’il soit combattu. Mais il en était de même à la naissance de Jésus. Jésus a d’abord rencontré de l’indifférence, de l’hostilité. Il a même frôlé la mort avec le massacre des saints innocents. Ces deux attitudes sont annoncées dans la première lecture par la bouche du prophète Isaïe : « Un enfant nous est né ; un fils nous a été donné. » L’Evangile nous le redit : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur. » Dieu se donne ; Il attend d’être accueilli. Il se fait mendiant, dépendant, petit, accessible.

Lorsque ces deux mouvements se rencontrent, alors le don de Dieu se déploie. Il vient sauver comme le prénom Jésus l’indique. Il apporte la paix. Isaïe prophétise : « On proclame son nom : « Merveilleux-conseiller, Dieu fort, Père –à-jamais, Prince de la Paix. » Les Anges redisent la même chose : « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime. » Ce don de la paix est donné à tous ceux qui accueillent Jésus. Ce soir, nous prions pour tous ceux qui promeuvent la paix, pour tous ceux qui la défendent ou la recherchent. Qu’ils n’oublient pas que la paix vient de Dieu et qu’on ne peut pas la construire en mettant Dieu de côté, en l’excluant, en s’en « protégeant ». La paix n’est pas une absence de troubles, de tensions, de conflits, de problèmes. Elle n’est pas non plus le résultat d’une neutralité. La paix, don de Dieu, est possible dans des contextes difficiles, dans des contextes de tensions parce qu’elle réside d’abord dans la relation entre l’homme et Dieu, et pas seulement dans la relation des hommes entre eux. Exclure Dieu revient à exclure Celui qui est la source de la paix, Celui en Qui se construit la paix, Celui qui est notre fondement commun. Quand Dieu est exclu, les différences deviennent des oppositions, la vie ensemble devient source de tension et de conflits parce que l’on n’est plus d’accord sur notre socle commun. Pourtant ce que Dieu nous redit ce soir, c’est que la paix est offerte à tous les hommes de « bonne volonté », c’est-à-dire à tous les hommes qui veulent le Bien et vivent selon le Bien. L’œuvre de Dieu, même si elle contient en elle la puissance de Dieu, est toujours fragile, comme un Nouveau-Né, parce qu’elle accepte de ne pas être accueillie, voire d’être combattue ou malmenée. Mais elle recherche notre coopération, notre accueil. Que l’Enfant Jésus fortifie tous ceux qui défendent ou construisent la paix et qu’Il éclaire tous ceux qui la combattent. Amen !

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