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Homélie de la messe du 1er dimanche de Carême du Père Julien PALCOUX

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1er Dimanche de Carême

Frères et sœurs,

 

L’évangéliste St Luc lie le récit des tentations de Jésus au désert au baptême de Jésus. Bien plus, il présente les tentations comme un prolongement du baptême reçu : « Après son baptême, Jésus, rempli de l’Esprit-Saint, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l’Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l’épreuve par le démon. » écrit St Luc. Ce lien que fait l’Evangéliste nous apprend deux choses : la première, c’est que le combat spirituel, le combat contre le démon fait partie de la vie baptismale ; la deuxième, c’est qu’il faut lire le récit des Tentations de Jésus dans la suite du récit du baptême. Lors de son baptême, Jésus était baptisé, non pour lui-même, mais pour l’humanité qu’Il venait assumer ; lors de son combat contre le démon au désert, Jésus combat non pour lui-même mais au nom de l’humanité qu’Il est venu racheter et sauver. L’enjeu du combat contre le diable est très clair : ou bien Jésus en est vainqueur, et Il rachète toutes nos défaites et tous nos échecs, passés et à venir ; ou bien Il le perd, et c’est sa mission même de Rédempteur qui échouera.

            Regardons dans un premier temps le contexte dans lequel se déroule ce combat. St Luc nous dit que Jésus part au désert pendant 40 jours. Le chiffre 40 n’est pas le fruit du hasard. Il reprend tout d’abord les 40 ans que le peuple Hébreu passa au désert. Pendant cette traversée du désert, le peuple Hébreu se révolta contre Dieu ; il renia Dieu (l’épisode du veau d’or) ; mais ce fut aussi le lieu d’une grande et nouvelle proximité avec Dieu. En vivant 40 jours au désert sans manger ni boire, Jésus assume les 40 années que le peuple Hébreu mit à traverser le désert, 40 années d’alliance, de rupture d’alliance et de renouvellement d’alliance. Jésus assume nos pauvretés, nos manques.

            Le chiffre 40 renvoie aussi aux 40 jours et 40 nuits que Moïse passa sur le Mont Sinaï avant de recevoir la Loi. Jésus  prépare ainsi la nouvelle Alliance scellée non plus dans la Loi, mais dans son propre sang. Il y a d’autres significations au chiffre 40 comme l’allusion aux 40 jours du déluge au temps de Noé ou encore aux 40 jours de jeûne d’Abraham avant le sacrifice de son fils sur le chemin du Mont Horeb.

            Le désert quant à lui évoque le lieu de la tentation, le lieu du reniement, mais aussi le lieu où le peuple renoue avec Dieu et retourne à Lui. Tous les évènements évoqués dans ce contexte nous redisent que les tentations de Jésus sont à lire dans la perspective de la Rédemption que Jésus vient accomplir, dans la perspective de sa mission messianique.

 

            Regardons maintenant en détail les trois tentations qu’affronte Jésus. A travers ces 3 tentations se révèle une seule et unique tentation : c’est celle qui consiste à mettre en cause l’existence de Dieu ; celle qui consiste à le mettre à l’écart, à vouloir vivre sans Lui : « Si tu es le Fils de Dieu » dira par deux fois le démon à Jésus. Il met en cause sa divinité. Il l’invite à prouver qu’Il est Dieu. Mais, n’est-ce pas non plus chez nous une tentation répandue ? « Si Dieu existait, alors, pourquoi les guerres, pourquoi les morts innocentes ? pourquoi les catastrophes naturelles où meurent des innocents ? » Cette tentation, Jésus la rencontrera tout au long de sa vie, à travers les multiples signes qu’on ne cesse de lui réclamer pour prouver que c’est Lui le Messie. Aujourd’hui aussi, notre monde ne cesse de mettre en cause Dieu qui doit prouver qu’Il existe pour que l’on croie en Lui.

            L’objet de la première tentation concerne la question de l’avoir, de la nourriture : « Ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Il peut exister la tentation de réduire le mystère de la Rédemption à la résolution de problèmes sociaux comme la lutte contre la faim, contre la pauvreté. Bien sûr, l’Eglise à, la suite même de Jésus, a toujours lutté contre la pauvreté, contre la faim. Pour autant, la Rédemption dépasse la résolution des problèmes sociaux : elle est l’œuvre d’un Salut à accueillir.

            La deuxième tentation est celle du pouvoir : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes. » La tentation ici est celle qui consiste à utiliser la force pour obtenir ce que l’on veut, pour convertir. Mais la foi repose sur un assentiment libre, sur l’usage de notre propre liberté. Il est à ce titre intéressant de regarder la figure de Barrabas, ce « brigand » que Pilate propose de gracier et que la foule choisira à la place de Jésus. On considère souvent, comme je viens de le dire, que Barrabas était un brigand. Mais le terme grec utilisé signifie aussi « combattant de la résistance ». Plus qu’un brigand, Barrabas se révèle plutôt être le chef de file d’un groupe d’émeutier. Si l’on regarde son nom, Barrabas devient une figure messianique : Barrabas : Bar-Abba : fils du Père. En fait, avec Jésus, deux figures messianiques s’opposent : Barrabas, un Messie à la tête d’un combat qui promet la liberté et son propre royaume, et Jésus qui s’offre lui-même pour donner la Vie.

            Cette deuxième tentation nous amène à la troisième : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : ‘Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder.’ » A nouveau, tentation du pouvoir, tentation d’utiliser le pouvoir de sa divinité, pour se dérober : « Si tu es le Fils de Dieu ». Bien sûr que Jésus est le Fils de Dieu ; bien sûr qu’Il peut faire ce qu’Il veut…mais s’Il utilise sa divinité pour s’affranchir des limites de l’humanité qu’Il est venu assumer…tout tombe à l’eau ! Alors, sur la Croix, Jésus partira ; il descendra, comme d’ailleurs on le lui dira : « Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même et nous avec ! Descends de la croix ! » Le diable est très fin. Et en plus, Il cite la Parole de Dieu pour rendre crédible et juste son piège.

            Frères et sœurs, dans le combat spirituel que nous menons contre le démon, contre ses tentations, faisons bien attention ! Le diable ne prend pas des armes étrangères à nous. Il prend les nôtres et il les rend présentables et justes. Le démon nous trompe en maquillant ses intentions sous de beaux prétextes.

 

            Alors, que ressortir de ce récit des tentations de Jésus au désert ? Tout d’abord que Jésus les a vécues jusqu’au bout et qu’Il en a triomphé. Lorsque nous-mêmes sommes dans une situation de combat, de tentation, nous sommes en communion avec Jésus qui a vécu cela.

Si nous faisons l’expérience que nous chutons, que nous succombons, Jésus lui en a triomphé mais pas pour Lui, pour nous. Nous voyons jusqu’où va son Amour. Le tout est de reconnaître qu’Il m’apporte sa victoire et qu’en Lui et qu’avec Lui, j’ai gagné, malgré l’échec que j’ai pu vivre. Il a gagné pour moi ; il m’a racheté.

            La méditation de ces trois tentations nous fait entrer en profondeur dans le mystère de la Rédemption. Rendons grâce au Seigneur pour cette victoire définitive que Jésus nous a déjà acquise et présentons Lui tous les combats que nous menons, tous les combats que des personnes mènent parfois avec un sentiment de désespoir. Présentons aussi au Seigneur tous ceux qui se laissent aveugler par les illusions du démon et qui se fourvoient. Amen !

 

 

          

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