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Homélie de la messe du 2ème dimanche de Carême du Père Julien PALCOUX

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2ème Dimanche de Carême

Frères et sœurs,

 

Cet épisode de la Transfiguration est bien insolite, et il faut le reconnaître, pas très facile à comprendre. Pierre, Jacques et Jean assistent à une vision dont le sens immédiat leur échappe, et ils entendent une voix proclamer : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le. » C’est presque un Son et Lumière, mais dont la finalité demeure mystérieuse dans sa signification.

            Alors, entrons dans ce mystère en prenant appui sur la Parole : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi ; écoutez-le. » La même voix qui parlait au jour du baptême de Jésus, et qui invite à nouveau à obéir au Fils. Il y a pour nous ici, frères et sœurs, une invitation à nous mettre à l’écoute de la voix du Fils. Et tout d’abord, pour écouter la voix de Jésus, il faut faire du tri dans ce que nous écoutons. Car aujourd’hui, nous écoutons tout et n’importe quoi. On écoute tout le monde, et puis parfois, trop peu de fois, on prend le temps d’écouter Dieu. C’est un des aspects du désert, et donc du Carême, que d’apprendre à arrêter d’écouter tout et n’importe quoi pour nous remettre à l’écoute de Dieu qui nous parle. Par exemple, la multiplication des chaines d’information continuelles, comme BFM ou autres, l’omniprésence des médias, la multiplication des sites d’informations par internet, nous maintiennent dans une certaine dépendance par rapport à l’actualité et risquent de nous dire comment penser, comment réagir. Sur un autre plan, nous entendons tous des choses, des informations sur telle ou telle personne, qui ressortent plus souvent du ragot, des « on dit », plutôt que de la vérité. Attention à qui nous écoutons, à ce que nous écoutons et à comment nous écoutons. Quand il s’agit de personnes, nous ferions mieux de nous mettre à l’écoute de ce que Dieu nous dit, nous révèle de telle ou telle personne, plutôt que de juger selon ce que nous entendons.

            Je vous invite à faire une cure de l’écoute, à goûter et à redécouvrir le silence pour ré-entendre Dieu nous parler. La voix de Dieu, elle, nous éclaire, nous guide, nous instruit et nous conduit à la Vérité. Aucune autre voix, même celle d’un thérapeute, ne conduit à la Vérité et à la Vie.

            Nous mettre à l’écoute de Dieu va nous donner d’entrer dans les mystères divins, dans ce que nous ne comprenons pas, un peu comme les disciples Pierre, Jacques et Jean qui entrent dans la nuée et ne comprennent rien. Parce qu’en fait, l’écoute de Dieu nous conduit aux limites de notre humanité, de notre sensibilité, de nos perceptions. Et il arrivera que nous soyons conduits au-delà de notre intelligence. La prière nous affranchit de l’espace et du temps.

            Au-delà de l’ascèse que nous sommes invités à observer par rapport à l’écoute, cet épisode de la Transfiguration nous invite aussi à nous mettre à la recherche de ce que Dieu nous dit dans les évènements de notre vie que nous ne comprenons pas, qui nous paraissent insolites ou dénués de sens. Et quand bien même, nous ne les comprenons pas sur le moment, viendra un moment, ici-bas sur terre, plus tard au Ciel, où nous comprendrons.

 

            En nous mettant l’écoute de Dieu qui nous parle, nous découvrons progressivement que Dieu est présent partout, en tout, et qu’Il est présent de manière voilée, de manière cachée sous les apparences de l’humanité. C’est un des sens de la Transfiguration : sous les apparences d’un homme, Jésus de Nazareth, se cache Dieu qui parle. C’est l’invitation qui est faite aux disciples à travers cet épisode de la Transfiguration. Comme certains exégètes le pensent, l’évènement de la Transfiguration eut lieu lors de la fête juive des tentes, cette fête de l’automne  que l’on appelle Soukkhot. Dans l’Evangile, Pierre dit bien à Jésus : « Maître, il est heureux que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie. » Les fêtes juives comportent toujours une triple dimension : elles proviennent de la célébration de la religion de la nature ; elles se transforment ensuite en souvenir de l’agir de Dieu dans l’histoire, pour devenir fête de l’espérance du Seigneur qui vient. Transposons : la fête des Tentes, avec son sacrifice de l’eau, permettait d’implorer la pluie nécessaire pour la terre desséchée et les récoltes à venir. Elle devient commémoration de la traversée du désert par Israël au cours de laquelle les Juifs habitaient sous des tentes (Soukkhot). Les tentes, cabanes, étaient le signe de la protection divine dans le désert, mais étaient aussi une préfiguration des tentes dans lesquelles les Justes habiteront à la fin des temps. Et nous arrivons à la dernière dimension de la fête des Tentes : fête de l’espérance du Messie qui vient.

Ainsi, la signification est on ne peut plus claire : les réalités préfigurées par les rites de cette fête s’accomplissent en Jésus. Les Temps messianiques sont accomplis. Jésus est la tente sacrée dans laquelle Dieu habite. Ce que confirme la présence de la nuée qui renvoie à l’exode, au baptême de Jésus. Jésus est donc le Fils de Dieu qui accomplit sa mission de Serviteur Souffrant, qui parle au Nom de Dieu.

 

Nous pouvons encore pénétrer le mystère de cet épisode de la Transfiguration à la lumière de la première lecture qui nous rapporte le rituel du rite de l’Alliance entre Dieu et Abraham. Là aussi, Abraham s’endort d’un sommeil mystérieux et des ténèbres épaisses recouvrent la scène de l’Alliance : deux éléments que nous retrouvons dans l’épisode de la  Transfiguration. La Transfiguration de Jésus constitue donc une étape importante dans l’histoire de l’Alliance, dans la marche de l’Ancienne Alliance vers la Nouvelle. La vision qu’ont Pierre, Jacques et Jean, montre Jésus parlant avec Moïse et Elie. Moïse représente la Loi ; Elie, les prophètes. Et St Luc nous dit que le sujet de leur conversation est le départ de Jésus pour Jérusalem. Leur échange concerne donc la question de la Passion. En fait, Jésus prépare ses disciples à la Passion qui va arriver et Il leur donne la certitude qu’Il va habiter de sa divinité le tragique épisode qui va se dérouler. « Ecoutez-le ! » C’est le message donné par le Père aux disciples ; autrement-dit : « Ne perdez pas de vue que Dieu va vivre ce qui va arriver ! Même si Dieu paraît absent, Il sera là ! 

      Si Jésus prépare ainsi ses disciples à la Passion qui approche, Il nous prépare nous aussi à entrer pleinement dans la Nouvelle Alliance, dans la vie éternelle. Dans la deuxième lecture, St Paul écrira aux Philippiens : « Nous sommes citoyens des Cieux.. » Le terme de notre vie est donc au-delà de notre vie terrestre, ce que l’expérience de la prière, qui nous affranchit des limites de l’espace et du temps, nous fait pressentir. Il écrit encore : « Nous attendons le Seigneur Jésus, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance qui le rend capable de tout dominer. » La Transfiguration de Jésus nous apprend que notre humanité est faite pour être divinisée, que nos corps deviendront des corps glorieux, que la puissance divine transformera tout. Pour reprendre le mot de St Paul : Dieu sera tout en tous.

Ainsi, la Transfiguration du Jésus nous invite à nous mettre à l’écoute de Dieu ; la fidélité à son écoute nous conduira à le découvrir, à le voir au terme de notre vie. La Transfiguration nous apprend aussi à rechercher Dieu caché sous les apparences de l’humanité et elle nous dévoile le mystère de la vie divine qui nous attend au-delà de notre vie humaine. Portons dans notre prière tous ceux qui cherchent Dieu aujourd’hui, tous ceux qui sont perdus dans leur vie chrétienne sans oublier nos amis catéchumènes qui avancent eux aussi dans les mystères de Dieu et qui s’approchent du jour de leur renaissance. Amen !

 

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