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Homélie de la messe du 3ème Dimanche de l’Avent du Père Julien PALCOUX

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3ème Dimanche de l’Avent

Jean est venu préparer la route devant le Seigneur,

Et rendre témoignage à la Lumière.

Frères et Sœurs,

Ce dimanche, nous retrouvons Jean-Baptiste en prison, à quelques heures de sa mort, sur la fin de sa vie. Comme toute personne qui sait que sa fin approche, Jean-Baptiste relit sa vie, sa mission. Il est certainement en proie à des questions importantes : s’est-il acquitté convenablement de la mission que Dieu lui a confiée ? On peut très bien aussi concevoir qu’il n’ait pas le moral et que l’odeur de la mort et de l’injustice tournent autour de lui, provoquant en lui, malgré sa sainteté, le désir d’être rejoint, encouragé par Dieu, tout comme Jésus à Gethsémani qui demandera à son Père dans sa prière que cette coupe passe loin de lui . Donc, l’heure n’est pas spontanément à la joie.

On peut continuer à avancer en disant que, traversant une période éprouvante, n’ayant pas le moral, comme on dirait aujourd’hui, Jean-Baptiste fait une lecture, ou une relecture de sa vie, colorée par le contexte qu’il vit. On pourrait dire qu’il voit tout en noir, au point de se demander s’il ne s’est pas trompé : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » enverra-t-il demander à Jésus. Je reste dans cette optique psychologique. Il nous est nous aussi tous arrivés de ne pas être bien à un moment donné, d’être mal fichu, de ne pas avoir le moral, et de remarquer que nos pensées, nos lectures, nos relectures de telle ou telle situation, sont colorées par notre état physique ou psychologique. C’est tout à fait normal.

Allons encore plus loin. Dépassons la psychologie pour entrer dans la vie spirituelle. Ce que Jean-Baptiste vit est une épreuve spirituelle, de l’ordre du combat spirituel. Dans le fond, de quoi s’agit-il ? Du démon qui inspire à Jean-Baptiste, à la faveur d’une passe plus compliquée dans sa vie, d’un moment où il est plus éprouvé, plus fragile, un doute redoutable. Et s’il avait raté sa vie, sa mission ? La tentation du désespoir !

Frères et sœurs, il est fréquent que le démon suggère des lectures d’évènements, de rencontres, de situations, sous son éclairage, c’est-à-dire en travestissant la réalité des choses, en faisant germer le doute, en salissant les engagements, les intentions, en cherchant à salir ce qui est beau et saint. Oui, c’est le mode ordinaire d’action du démon. Et d’ailleurs, plus les réalités sont belles, plus elles disent quelque chose de Dieu, de l’amour de Dieu, plus le démon va chercher à les salir et à les pourrir. Il faut voir clair pour ne pas tomber dans ses pièges. Regardez ce que le démon réussira à inspirer aux contradicteurs de Jésus qui passe son temps à guérir les gens : « C’est par Belzéboul qu’il expulse les démons ! » Ah le démon ne recule devant rien. Ce que vit Jean-Baptiste dans sa prison nous alerte sur un point : faisons attentions au regard que nous posons sur une situation, sur une personne, sur un évènement. Nous pouvons faire une lecture « selon Dieu » comme nous pouvons faire une lecture contre l’esprit de Dieu.

Comment Jésus va –t-il délivrer Jean-Baptiste de son combat ? Il va le renvoyer aux fruits. « On juge l’arbre à ses fruits » nous dira Jésus…  « Allez rapporter à Jean ce que vous voyez et ce que vous entendez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent. » Dans des situations que j’évoquais précédemment, où l’on peut faire plusieurs lectures, selon l’esprit de Dieu, ou contre l’esprit de Dieu, regardons les fruits. Dieu parle à travers la fécondité. Peut-être les moyens ne sont-ils pas ceux auxquels nous pensions…peu importe, Dieu procède toujours différemment de ce que nous pensons.

Non seulement Jésus délivre Jean-Baptiste de ses ténèbres, de sa prison intérieure, mais bien plus encore, Il lui rend témoignage : « Parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean-Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui. » Comment comprendre cet hommage ? Jean-Baptiste est le plus grand, certainement au sens où Jésus dit qu’il est plus qu’un prophète. Il est le Précurseur, celui qui prépare le chemin. Il est le plus grand parce qu’aucun prophète n’a été aussi proche, de sang, de contact, en sainteté, aussi proche du Messie. Et sa proximité, voire son intimité avec le Christ, lui donne la grandeur dont parle Jésus. Mais, il reste la fin de l’hommage : « et cependant, le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui. » Ici, Jésus souligne à mon sens la véritable grandeur de Jean-Baptiste qui est d’être petit parce qu’il côtoie Dieu ; et plus on est proche de Dieu, plus on touche sa grandeur, plus on sent qu’on est petit. De ce fait, Jean-Baptiste se fait petit ; il est véritablement et profondément humble devant Dieu. Toute sa vie n’est orientée que vers Dieu. Il s’efface devant Dieu ; il laisse Dieu agir. Et comme il est profondément humble, il manifeste la grandeur et la majesté de Dieu, et donc, il est grand. Jean-Baptiste nous invite à nous reconnaître petits devant Dieu, à nous faire petit devant Dieu pour laisser Dieu agir.

Et c’est sur cette dernière remarque que je voudrais terminer. Dans nos vies, dans nos missions (familiales, de travail), dans nos activités, engagements paroissiaux, ecclésiaux, il faut laisser Dieu agir ; il faut être des instruments de Dieu. Ce n’est pas nous qui conduisons Dieu ; c’est Lui qui nous conduit. Ce n’est pas nous qui amenons Dieu à tel ou tel ; c’est Lui qui se sert de nous pour le conduire à tel ou tel. Dans la liturgie, ce n’est pas nous qui faisons pour Dieu ; c’est Lui qui se donne à nous. Dans cette page d’Evangile, nous pouvons être des Jean-Baptiste en laissant Dieu nous éclairer pour lire les évènements, les rencontres selon Dieu ; en apprenant à nous faire petits devant Dieu. Mais nous pouvons aussi être ces disciples que Jésus renvoie à Jean : « Jésus leur répondit : « « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez, ce que vous voyez. » » Notre mission, en tant que disciple du Christ, en tant que chrétien, est de rapporter ce que Dieu fait dans nos vies, dans notre monde…ce qui implique d’être ouverts à l’œuvre de Dieu, ce qui implique l’humilité de reconnaître que Dieu agit en avant de nous, qu’Il nous préexiste et précède en tout. Si l’Eglise veut continuer à évangéliser de manière intelligente et féconde, elle doit rester à l’écoute de Dieu et de ce que Dieu fait dans le monde ; elle doit chercher et repérer les traces de ce que Dieu accomplit et non pas vouloir faire les choses pour Dieu.

Que St Jean-Baptiste nous apprenne à discerner les œuvres de Dieu dans notre monde et qu’il aide l’Eglise à demeurer ouverte et docile à l’Esprit-Saint et au Christ. Amen !

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