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Homélie de la messe du 3ème dimanche du Temps Ordinaire du Père Julien PALCOUX

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3èm dimanche Temps Ordinaire

Frères et sœurs,

 

Aujourd’hui, nous voyons Jésus commencer son ministère, l’annonce de la Bonne Nouvelle et nous voyons Jésus qui commence à former son Eglise en appelant ses premiers disciples : Simon et André, puis Jacques et Jean. De manière simple, nous allons regarder chacune de ces étapes : l’appel des disciples ; la réponse des disciples, puis la mission de l’Eglise.

            Commençons tout d’abord par l’appel des premiers disciples. Comme tout maître, Jésus a quelques disciples qui le suivent, qui s’attachent à ses pas, tout comme son cousin Jean-Baptiste avait, lui aussi, un cercle de disciples qui vivaient avec lui. Ce qui frappe dans l’appel des premiers disciples, c’est que Jésus n’appelle pas parmi les gens qui le suivent. Il va appeler des personnes qui, à l’origine, n’ont rien à voir avec Lui. Simon et André, Jacques et Jean sont des pêcheurs, des hommes qui ont un métier, une activité, une vie professionnelle et familiale. On sait que Simon, qui deviendra Pierre, est marié puisque Jésus ira guérir sa belle-mère. L’Evangile nous dit que Jacques et Jean travaillent avec leur père. Jésus appelle à sa suite des hommes nouveaux, qui ne font pas  parti initialement des personnes qui le suivent. Et Jésus va les chercher là où ils vivent, là où ils travaillent. Il n’attend pas qu’ils viennent à Lui ; Il va les chercher. Eh bien, nous avons ici tous les éléments de l’appel de Dieu. Jésus, et à travers Lui Dieu, a l’initiative de l’appel. Et il n’appelle pas à sa suite des gens qui attendent un enseignement (il n’en manquait pas à l’époque : des pharisiens, des scribes, des docteurs de la Loi) ; mais Il appelle des gens simples, des travailleurs.

            Frères et sœurs, je crois que nous avons ici une clé pour la mission de l’Eglise. Trop souvent voyez-vous, quand nous cherchons du monde pour travailler à la vigne, nous avons toujours le réflexe de chercher dans nos rangs qui pourrait assumer tel ou tel service pour la paroisse. Mais, nos rangs s’éclaircissent, nous vieillissons tous (et certains sont plus avancés que d’autres) et on risque alors de toujours tourner entre nous, et donc à terme de nous épuiser, de nous écraser et donc de se scléroser. Alors que c’est tout l’inverse qu’il faut faire. Il faut appeler pour les besoins de la mission des personnes nouvelles qui ne sont pas dans nos circuits, des personnes qui peut-être travaillent encore, mais des personnes qui n’ont pas encore rejoint la famille. C’est une des clés de la croissance de l’Eglise. Je suis désolé d’insister un peu lourdement dessus, mais l’expérience montre que c’est une conversion que nous avons tous à vivre et qu’elle est difficile parce que, au sein même des équipes de la paroisse, le réflexe inverse est toujours premier : toujours chercher parmi nous qui peut faire quoi.

 

            Il y a ensuite, la réponse à l’appel de Jésus. « Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent. » Il faut regarder de plus près ce que sont les filets. C’est tout d’abord l’instrument de travail des pêcheurs. Ils quittent donc leur métier, leur activité professionnelle.

Cette image nous invite à réfléchir sur nos activités professionnelles, activités de loisirs, toutes nos activités en somme, qui peuvent nous empêcher de suivre Jésus et de répondre librement à son invitation à Le suivre. La vie chrétienne comporte et implique des choix. Suivre Jésus implique de pouvoir dire non à ce qui n’est pas conforme aux exigences de la vie chrétienne. Tout n’est pas conciliable. Le « oui » que nous disons à Dieu est à la mesure des « non » que  nous devons dire à ce qui s’oppose à Dieu.

Nous retrouvons la question des ruptures à vivre dans la vie chrétienne si nous regardons maintenant les filets comme ce qui nous retient, ce qui nous bloque, ce qui nous empêche d’avancer. Quand on est pris dans un filet, on est bloqué ; on a perdu sa liberté. Alors, que peuvent être ces filets ? En premier lieu, le péché. Le péché nous paralyse, nous sclérose, et insidieusement, nous abîme et nous détruit. « Laisser ses filets », c’est aussi abandonner le péché, renoncer au péché. Alors cela peut être couteux, difficile, surtout si nous nous sommes habitués à tel ou tel péché avec lequel finalement nous cohabitons bien. Mais, c’est à terme gagner en liberté. On peut avoir du mal à voir le bien qu’il y a à gagner, mais lorsque nous avons « quitté » nos filets, alors nous nous rendons compte du bien que nous gagnons ou que nous avons gagné. Les filets ce sont aussi nos complicités, nos compromissions avec telle ou telle personne qui m’incite à critiquer, à médire ou à faire le mal. Cela peut être aussi des déviations du comportement comme se servir des autres pour chercher  à savoir ce qui ne me regarde pas, ce que je n’ai pas à savoir.  Les filets peuvent être, ne l’oublions pas, des relations.

Les « filets » cela peut encore être les activités qui, sans être fondamentalement mauvaises, nous occupent tout notre temps et entravent notre liberté pour être disponibles aux appels de Dieu.

Quelle que soit la manière dont nous comprenons l’image « les filets », l’Evangile nous redit que nous avons des ruptures à vivre, des « non » à dire pour suivre le Christ. Cela vaut pour la vie de tous les jours ; cela vaut pour les vocations que sont la vocation religieuse, qui est la vocation la plus radicale et en particulier la vocation monastique, que sont la vocation sacerdotale avec l’appel à renoncer à un métier, à fonder une propre famille ; mais aussi pour la vocation au mariage. Lorsqu’un homme et une femme se disent « oui » pour la vie, cela implique d’abord qu’ils disent « non » à un autre homme ou à une autre femme, et cela implique des renoncements et des concessions.

 

Venons-en maintenant au but de l’appel de Jésus. Jésus appelle à sa suite des disciples pour, avec Lui, appeler à la conversion, annoncer la proximité du Royaume de Dieu. C’est la mission de l’Eglise : appeler à la conversion. Je le disais tout à l’heure : l’adhésion au Christ Jésus implique une certaine manière de vivre. Il y a des attitudes, des comportements qui sont incompatibles avec la foi chrétienne. L’Eglise est là, non pas pour juger comme on la caricature souvent, mais pour accompagner ces conversions. Dans cette logique-là, St Paul, lui, est radical : « Que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme ». En fait, St Paul, comme tous les premiers chrétiens pense que la fin des temps est proche après la Résurrection de Jésus. Et, dans cette optique, il redit que le terme de notre vie, c’est la vie en Dieu au Ciel où Dieu sera tout en tous. Donc, nous n’aurons plus lieu d’être mariés, puisque nos relations seront toutes transformées. En enlevant le côté radical des  propos de St Paul, retenons que la conversion de notre mode de vie se justifie par rapport au fait que nous sommes faits pour la vie éternelle et pas seulement pour la vie terrestre. Nos modes de vie doivent donc s’ordonner à cette perspective.

Annoncer la conversion, cela n’est possible que si nous-mêmes nous commençons par nous convertir. La conversion commence d’abord toujours en soi avant de commencer chez les autres. Cette exigence de conversion est double : personnelle (c’est à moi de convertir ma vie, de rejeter le péché) et communautaire (l’Eglise doit aussi se convertir).

Frères et sœurs, dans les situations difficiles que l’Eglise a vécues (moins de vocations, plus grande pauvreté dans nos moyens humains ; difficulté à assumer la mission dans tel ou tel endroit…), le sursaut a toujours été dans un approfondissement de notre conversion personnelle. Ce sont dans les périodes difficiles que sont apparus beaucoup de saints. Tous, nous pouvons aider l’Eglise dans sa mission, par l’approfondissement de notre propre conversion. C’est ce à quoi Jésus nous appelle en ce moment. Prions aussi pour tous ceux qui sont pris dans les filets et qui ont du mal à être libres pour répondre à l’appel de Jésus. Amen !

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