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Homélie de la messe du Jeudi Saint du Père Julien PALCOUX

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Jeudi Saint 2014

Frères et sœurs,

 

            Combien est-il bon d’entendre cet Evangile si particulier, qu’on ne lit qu’une fois dans l’année, et qui raconte d’une toute autre manière ce que nous sommes assez habitués à vivre, finalement, c’est-à-dire la messe. Mais l’habitude est parfois un  piège…On risque alors de vivre la messe comme quelque chose de routinier, de régulier, et parfois de ne plus entrer profondément dans le mystère qui est célébré.

            La première chose qu’il faut nous redire ce soir, c’est que Jésus institue l’Eucharistie et le Sacrement de l’Ordre au pire moment. Pas quand tout va bien ! Au contraire quand tout va mal ! Quel est le contexte immédiat ? La mort approche ! La méchanceté, la cruauté, l’injustice des hommes va triompher ! Ses amis vont l’abandonner, Pierre, institué le Premier, va le renier, Judas, le trahir ! Et en plus, Il leur a dit, Il les a prévenus…et ils ne veulent pas l’entendre…Dans quelques heures, Jésus mourra ; dans quelques heures, l’esprit, la cohésion, l’unité de ce qu’Il a construit volera en éclat. Tout sera dispersé. Et Jésus anticipe son offrande, son sacrifice, en se donnant déjà sous les espèces du pain et du vin !

            Ce contexte éclaire et met en lumière un des effets de l’Eucharistie qui apparaît comme le sacrement de la Communion, comme le sacrement de l’unité au moment où tout va voler en éclat ! C’est une triste réalité toujours actuelle que les plus grosses divisions, les plus grosses épreuves attaquant l’Eglise viennent du dedans de l’Eglise et non de l’extérieur. C’est du sein du peuple juif que l’on cherche à tuer Jésus. C’est au sein des 12 que le démon inspire à l’un d’entre eux, Judas, de livrer Jésus. La division vient toujours de l’intérieur, parce qu’elle présuppose une adhésion que l’on vient attaquer, tandis que si elle venait de l’extérieur, elle ne serait qu’une attaque, mais pas une division, puisqu’il n’y a pas d’adhésion préalable.

            Ce soir, donc, le sacrement de l’Eucharistie nous apparaît comme le remède, le médicament contre les divisions internes, dans l’Eglise, dans les paroisses, dans les familles. Parce que l’Eucharistie nous met en Communion avec Dieu, elle nous met, elle permet et construit la Communion entre nous. Si malheureusement des dissensions, des divisions apparaissent, elles révèlent malheureusement un rapport faussé dans notre relation à Dieu. Rapport qui sera à purifier et à guérir. Et le médicament, c’est l’Eucharistie. Mais le don même de Jésus est attaqué, lorsque la manière de prier, d’Adorer, est abîmée par la critique ou de la liturgie, ou du célébrant ou des célébrations.

 

            Maintenant, venons-en au geste même qu’accomplit Jésus. Jésus s’abaisse, il quitte ses vêtements, se met aux pieds de ses disciples et leur lave les pieds. Ce geste nous redit toute l’humilité de Dieu. Dieu n’a rien gardé pour Lui. Il ne recule devant rien. Se mettre aux pieds de ses disciples, Il le fera ! S’abaisser pour se donner dans une hostie consacrée, Il le fera ! S’abaisser pour rejoindre ceux qui sont le plus loin, Il le fera.

            Ce geste nous dit l’humilité de Dieu. Mais ce geste prend aussi une toute autre signification lorsque nous regardons la réaction de Pierre « Tu ne me laveras pas les pieds, non jamais ! » Pierre s’offusque que Jésus se mette à ses pieds. Et Jésus lui répond : « Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi ! » Qu’est-ce que signifie « Tu n’auras point de part avec moi. » ? Pour une part, cela signifie : tu n’entreras pas dans le Salut ; tu resteras en dehors parce que tu n’acceptes pas que je te lave de ton péché ! Avoir une part avec Jésus, c’est se reconnaître pécheur, c’est accueillir la miséricorde de Dieu qui ne vient pas juger, ni condamner, mais relever et guérir. Mais cela peut signifier aussi : puisque tu es le Premier, que tu vas devenir ministre de mes sacrements, tu dois toi-même aussi accepter de les vivre en toi. Tu n’es pas meilleur que les autres ; donc pour remettre les péchés aux autres, il faut que toi aussi tu acceptes qu’on te les remette…

Geste d’humilité, geste d’entrée dans le mystère du Salut, mais encore geste de pardon des abus de pouvoir qui auront lieu. Dans la Bible, les pieds sont le symbole du pouvoir, de l’autorité. Laver les pieds de ses disciples, c’est laver aussi par avance toutes les dérives qui pourront avoir lieu dans l’exercice du pouvoir, de l’autorité, liée à la mission que Jésus confie à ses 12 Apôtres. Telle est la richesse de ce signe que Jésus accomplit.

            L’Eucharistie apparait donc aussi comme le sacrement de l’humilité : humilité de Dieu qui se donne ; humilité de celui qui le reçoit et qui accepte de se reconnaître pécheur. Humilité de celui qui reconnaît avoir besoin de Dieu pour nourrir et faire grandir le don qu’il fait de lui-même aux autres. Ce geste qu’accomplit Jésus, nous redit la mission qui est la nôtre de nous donner aux autres par Amour et, en nous donnant aux autres, de donner Dieu ! L’Eucharistie nourrit notre don de nous-mêmes aux autres. Certes, nous trouverons dans notre monde des gens qui se donnent aux autres par Amour et qui ne sont pas chrétiens ; mais ce que nous, chrétiens, nous apportons à notre monde, c’est Dieu lui-même. 

            Ce soir, frères et sœurs au cours de cette nuit où Jésus a été trahi, livré, abandonné, nous allons lui rendre grâce pour l’institution de l’Eucharistie, pour l’institution du Sacerdoce grâce à qui Dieu continue à se donner au monde. Nous n’oublions pas tous ceux qui ont reçu la foi et qui s’éloignent de la pratique et qui, à leur tour d’une certaine manière, abandonnent Jésus. Nous rendons grâce au Seigneur pour les jeunes qui répondent à son Appel en les soutenant de notre prière. Nous rendons grâce pour les prêtres qui ont répondu « oui » à l’appel de Dieu et qui ont donné leur vie. Nous le prions d’envoyer des ouvriers à sa moisson et surtout de permettre aux jeunes qui entendent un appel à le suivre dans la vie consacrée de trouver sur leur route des personnes qui les soutiendront et leur permettront d’avancer avec confiance et joie sur le chemin du sacerdoce. L’Eglise repose sur le sacrement de l’ordre ; elle ne peut vivre sans prêtres ! Et tous les baptisés, aussi engagés soient-ils, ne remplaceront jamais un prêtre. Implorons ce soir, au cours de cette messe et de l’Adoration cette nuit, implorons auprès du Seigneur le don du Sacerdoce pour notre pays, pour notre Eglise, pour notre paroisse. Amen !

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