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Homélie de la messe du Jeudi Saint du Père Julien PALCOUX

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Ar Yaou Gamb-Lid 2016

Chers frères et sœurs,

 

Nous entrons ce soir, comme Jésus avec ses disciples il y a 2000 ans, dans les préparatifs de la fête de Pâques. Monté à Jérusalem pour fêter Pâque et pour vivre sa Pâque, Jésus anticipe le repas pascal, commémoration de la libération de la servitude d’Egypte ; Il l’anticipe pour en faire le lieu où Il va se donner lui-même, sous les apparences sacramentelles, avant qu’Il ne se donne lui-même humainement le lendemain.

            Nous sommes habitués à considérer la Sainte Cène comme une anticipation sacramentelle des mystères de la Passion et de la Résurrection qui se dérouleront le lendemain. Et ceci est vrai. Mais, il y a de petites différences qui ont leur importance.

La première réside dans le fait que le lendemain, Jésus se livrera, se donnera de manière sanglante, de manière humaine. Il donne sa vie, son corps et son sang. Dans la Cène, Jésus se donne, non sous les espèces humaines, mais sous les espèces sacramentelles.

Il y a une autre petite différence. Dans les deux cas, Jésus se donne lui-même. Sur la croix, Jésus se donne à tous. Son sacrifice est pour tous. Tout le monde peut entrer en communion avec le mystère de la Passion de Jésus. Mais à la Cène, Jésus se donne totalement à l’Eglise, qui, en même temps, nait du don du Corps de Jésus. Jésus se donne à l’Eglise pour que celle-ci Le donne au monde. C’est ce que le prêtre redit lors de chaque messe, notamment en prononçant les paroles de Jésus  sur le pain et sur le vin : « Ceci est mon Corps livré pour vous. » et «  Ceci est la coupe de mon Sang, le Sang de l’Alliance Nouvelle et Eternelle qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. »

Ces petites différences dans les deux dons de Jésus, tant dans le mode (sanglant/sacramentel) que dans les destinataires (tous / l’Eglise) ont deux conséquences :

  • La première, c’est que Jésus habite pleinement par son don, par sa présence, l’Eglise. Depuis la Cène célébrée avec ses Apôtres, Jésus est réellement présent dans l’Eglise. Une présence, non symbolique, non spirituelle (« Lorsque deux ou trois sont réunis en mon Nom »), mais une présence corporelle ; c’est-à-dire une présence complète, entière, totale, supérieure à une présence spirituelle.
  • La deuxième, c’est qu’en se donnant à son Eglise par le ministère des Apôtres, en leur demandant de perpétuer son sacrifice sous la forme sacramentelle (« Vous ferez cela en mémoire de moi »), Jésus non seulement institue le sacrement de l’Ordre, mais en plus, ordonne ce sacrement au Service de l’Eucharistie.

 

Ce soir, donc, nous commémorons la Cène de Jésus, mais nous fêtons aussi l’institution des sacrements de l’Eucharistie et du Sacerdoce, indissociablement liés l’un à l’autre, constitutifs indissociablement de l’Eglise.

      Ce soir, à la lumière des tristes évènements récents ayant entachés l’image du Sacerdoce, je souhaiterais réfléchir avec vous à l’institution de ce Sacrement essentiel à l’Eglise. Je laisse de côté la malhonnêteté de ceux qui profitent des scandales pour entacher volontairement l’Eglise et les prêtres ; je laisse de côté ceux qui se font les chantres de la présomption d’innocence et qui sont les premiers à ne pas l’appliquer ; je laisse encore de côté ceux qui attaquent l’Eglise, mais qui ne balayent pas devant leur porte. Je m’arrête sur un argument fallacieux, faussé, qui malheureusement gagne de temps en temps certaines personnes chrétiennes. C’est la mise en cause ou la critique du célibat sacerdotal, comme si le célibat était la cause de tous les problèmes. Nous avons le devoir de ne pas laisser dire n’importe quoi. Car si le célibat est la cause de tous les problèmes, alors mettons tous les célibataires en prison pour protéger la société! Nous voyons bien que le problème n’est pas dans le célibat. D’ailleurs, notre société ne voit aucun problème dans le célibat ; mais le célibat consacré gêne. Là est le vrai problème. Il gêne parce qu’il est le signe d’une autre réalité qui est Dieu lui-même. C’est tellement plus simple lorsqu’il n’y a plus de signes de Dieu !

Alors, par pitié, arrêtons les stupidités du style : « Il y aurait plus de vocations si les prêtres pouvaient se marier ! » C’est faux ! Les pasteurs protestants qui peuvent  se marier ont de moins en moins de pasteurs ! Il est vrai que dans les premiers temps de l’Eglise, les prêtres pouvaient être mariés. Simplement, et il faut revenir au lien intrinsèque entre le sacrement de l’Eucharistie et celui du Sacerdoce, lorsque les prêtres s’acquittaient du Service de l’Eucharistie, ils observaient la continence volontaire. On touche ici la raison principale du choix du célibat des prêtres dans l’Eglise latine.

On entend souvent : « S’ils ne sont pas mariés, les prêtres sont en effet plus disponibles ». Ceci peut être vrai dans les faits, mais cela peut aussi être faux. Vous connaissez tous des personnes très occupées qui trouveront toujours à faire des choses en plus ; et des personnes qui ne font pas grand-chose et qui se noient dans un verre d’eau.

La véritable raison tient dans la plus grande convenance qu’il y a entre le ministère des prêtres et l’état de vie qu’avait Jésus ! Jésus n’est pas venu épouser une femme et fonder une famille. Il s’est donné lui-même. A sa suite, les prêtres sont ordonnés pour se donner au peuple de Dieu qui leur est confié. Et ce don se vit dans le Sacrement de l’Eucharistie. On ne peut comprendre le célibat sacerdotal en dehors du lien avec l’Eucharistie. Si l’on aborde la question du célibat sacerdotal  sous l’angle d’une plus grande disponibilité ou sous l’angle d’une fonction dont il faut s’acquitter, on se trompe, et on passe à côté du sens profond du célibat sacerdotal. Le sens profond réside dans le fait de se donner, ce qui est le propre de l’amour, que cela soit ou de manière conjugale ou de manière « eucharistique » à travers la célébration de la messe. Du reste, St Jean le dit lui-même au début de l’Evangile que nous venons d’entendre : « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. » La question fondamentale est une question d’amour et de don.

Il faut plutôt veiller au lien qui existe entre le Sacerdoce et l’Eucharistie plutôt que de répéter bêtement ce que les radios, les médias, certains groupuscules disent et avancent. Il faut aussi regarder de quelle manière nous soutenons, nous entourons les prêtres plutôt que de les critiquer ou de les dénigrer.

      Ce soir, au cours de cette messe, je vous invite à rendre grâce au Seigneur pour les prêtres que vous avez connus, pour ceux qui servent fidèlement l’Eglise ; mais prions aussi pour ceux qui tombent et qui font du mal et des dégâts. Prions pour que des jeunes aient le courage de répondre « oui » à l’appel de Jésus. Et prions pour l’Eglise qui nait aussi en quelque sorte ce soir de ces deux sacrements que Jésus institue. Bien sûr, nous aurons l’occasion de présenter au Seigneur toutes ces intentions et celles que nous portons au cours de la Nuit d’Adoration qui suivra cette Messe. Amen !

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