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Homélie de la Solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul du Père Julien PALCOUX

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Solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul

Messes patronales de Chéronvilliers et de Mandres

Frères et sœurs,

            Nous nous retrouvons maintenant à quelques jours de la fête de nos chers saints patrons ; c’est pour nous l’occasion de prier pour nos villages, nos habitants ainsi que pour nos défunts.

            Il me parait important de nous arrêter sur la vie des Saints Apôtres Pierre et Paul parce que ces deux saints nous aident à mieux comprendre la nature profonde de l’Eglise. St Pierre et St Paul ont été loin d’être des hommes parfaits. Et pourtant, c’est à St Pierre que Jésus va confier les clés de l’Eglise. Il lui confie son Eglise, avec tous les pouvoirs qui vont avec : « Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux ; tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Et  St Pierre est celui qui reniera par trois fois Jésus après avoir eu de belles envolées : « J’irai avec toi jusqu’au bout. »

            Mais Jésus savait en confiant à Pierre la charge de son Eglise, Jésus savait que Pierre le renierait. D’ailleurs, Il lui avait dit : « Avant que le coq ne chante, tu m’auras renié trois fois. » Justement Jésus confie son Eglise à un homme qui est un homme, à un homme qui a ses faiblesses, qui l’a renié ; mais qui accueille la miséricorde, le pardon de Dieu. Et qui, de ce fait, devient pleinement humain. La sainteté ne se joue pas dans la perfection d’une vie mais dans l’accueil de la miséricorde de Dieu dans son péché. Ainsi aguerri, Pierre peut gouverner et conduire l’Eglise.

            Un épisode de sa vie avait déjà préparé Pierre à sa mission : l’épisode du lavement des pieds. Lorsque Jésus voulut lui laver les pieds, Pierre refusa. « Je n’en suis pas digne ». Jésus l’avait repris : « Si tu n’acceptes pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Autrement dit, si tu n’acceptes pas que je te rachète, si tu n’acceptes pas mon pardon, tu ne pourras pas honorer la mission que je te confie. Jésus l’invitait par là à faire l’expérience de sa pauvreté et de son pardon pour le rendre apte à présider au ministère des « clés » qu’Il lui confie.

            Quant à Paul, Saul, c’est la même chose. Il tuait les chrétiens et en redemandait. Jusqu’au jour où Jésus va le terrasser et mettre à mort en lui sa rage meurtrière pour en faire un des meilleurs missionnaires. Lui aussi a fait l’expérience de sa pauvreté, de son péché et va accueillir le pardon de Dieu qui va transformer radicalement sa vie.

            St Pierre et St Paul sont donc deux exemples d’hommes pécheurs qui se sont laissés habiter par la grâce divine et dont l’existence a été entièrement transformée.

 

            De ce fait, nous retrouvons ces deux mouvements dans l’Eglise, dans la nature même de l’Eglise. Dans le prolongement de l’Incarnation du Fils de Dieu, l’Eglise a aussi deux natures. Une nature divine, et une nature humaine. Sa nature divine, elle la tire de Celui par qui elle reçoit son existence : Jésus, Fils de Dieu. C’est en sens que l’on peut dire que l’Eglise est sainte. Sainte, parce qu’elle est l’épouse du Christ ; elle est fondée par le Christ ; elle est instituée par le Christ. Mais, par sa nature humaine, l’Eglise est composée d’hommes et de femmes pécheurs. Et c’est même la raison d’être de l’Eglise. L’Eglise a toujours refusé d’être une Eglise de gens purs. Alors, frères et sœurs, il faut être honnête et faire attention aux critiques que l’on entend trop souvent ; du style : « Moi, je ne vais pas à l’église ; et quand je vois Mme Machin qui y va, et puis comment elle vit, et ce qu’elle dit et ce qu’elle fait, etc… » Cet argument est profondément malhonnête. Parce que non seulement, Mme Machin a raison d’aller à la messe justement en raison de ce qu’elle dit ou de ce qu’elle fait ; ceci dit, il faut faire attention à ne pas donner un contre-témoignage ; mais encore parce que bien souvent les personnes qui raisonnent comme cela se servent de ce genre d’arguments pour justifier leur non pratique ou leur distance avec l’Eglise…

            Nous retrouvons la mention de ces deux natures dans la réponse de Jésus à Pierre : « Heureux es-tu Simon, fils de Yonas car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui aux Cieux. » « Ce ne sont pas la chair et le sang », cela veut dire : « Tu ne le sais pas par ton humanité, par toi-même. » « Mais mon Père qui est aux Cieux » cela signifie : C’est Dieu qui t’inspire. On retrouve dans cette parole tout le mystère de l’Eglise. C’est Dieu qui conduit son Eglise à travers les méandres de l’humanité. C’est Dieu qui conduit son Eglise à travers les ministres qu’il choisit (Pape, évêques, prêtres), à travers leurs qualités et leurs défauts…Et c’est un des grands mystères de l’Eglise ; c’est qu’à travers ces réalités pas toujours belles, l’œuvre de Dieu avance et se fait ! Ce que nous pouvons expérimenter dans notre propre vie est ce qui se fait dans l’Eglise à l’échelle d’une paroisse, d’un diocèse, de l’Eglise universelle. Et si par hasard, nous étions quelque peu bouleversés, inquiets de ce que nous voyons dans l’Eglise, adoptons une attitude de foi : Dieu n’a jamais abandonné l‘Eglise et ne l’abandonnera jamais.

 

            Pour terminer, je voudrais réfléchir rapidement avec vous sur le pouvoir de l’Eglise. Il ne vous échappera pas qu’il y a un « pouvoir » dans l’Eglise. « Je te donnerai les clés du Royaume des Cieux ; tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux ; tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » dira Jésus à Pierre. Quelle est la nature de ce pouvoir ?

            Le pouvoir dont il est question n’est pas d’abord un pouvoir autoritaire de gouvernement. Ce pouvoir réside dans les « clés ». Les clés, c’est ce qui ouvre ou qui ferme. Il s’agit ici de la question de la rémission des péchés. L’Eglise, et Pierre en particulier, reçoit la capacité de lier ou de lier des péchés. Avant d’être un pouvoir temporel, le pouvoir de l’Eglise est d’abord un pouvoir spirituel. Par suite, l’Eglise a aussi effectivement un certain pouvoir temporel par le fait d’ordonner les réalités terrestres aux réalités célestes ; par le fait que l’Evangile rejoint les réalités terrestres pour les transformer. Mais, ce pouvoir temporel que l’Eglise a est distinct dans son essence même des réalités temporelles de notre monde, contrairement à dans l’Islam où les deux ordres (spirituel et temporel) se mélangent et se confondent.

 

Frères et sœurs, en ce jour où nous honorons les deux plus grands saints de l’Eglise catholique morts martyrs, prions pour que, par leur intercession, notre foi se réveille et redevienne missionnaire chez nous, dans nos familles, dans nos villages. Prions aussi s’il  vous plaît pour tous nos frères et sœurs chrétiens martyrisés au Moyen-Orient dans la plus grande indifférence des médias et des hommes politiques de notre Europe déchristianisée. Que le sacrifice de leur vie devienne semence de foi dans ces terres autrefois chrétiennes. Amen !

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