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Homélie du 15ème Dimanche du Temps Ordinaire du Père Julien PALCOUX

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15ème Dimanche du Temps Ordinaire

Frères et sœurs,

Il ne faut pas se tromper de perspective en entendant cet Evangile. Jésus n’est pas d’abord en train de faire un sermon sur la fécondité de la Parole de Dieu ; Il est en train d’essayer d’ouvrir le cœur de ses disciples à son enseignement, alors que le contexte se tend. Jésus affronte en effet en ce moment les premiers départs de ses disciples en raison de son enseignement trop exigent ; les déceptions pour ceux qui attendent un Roi Tout-Puissant s’accentuent, et enfin, les Pharisiens et les docteurs de la Loi renforcent leurs attaques contre Jésus. Le contexte est donc un contexte difficile et Jésus tente d’ouvrir, comme Il le dit, le cœur, les yeux et les oreilles de ceux qui l’écoutent.

Ceci dit, la thématique des textes que nous entendons aujourd’hui porte, elle, sur la fécondité de la Parole Dieu. C’est dans cette perspective que je souhaiterais reprendre quelques éléments de réflexion. Et pour ce faire, je voudrais juste rappeler quelques caractéristiques propres à la Parole de Dieu. Deux éléments sont importants. Tout d’abord, la Parole de Dieu est comme un fruit qui a une écorce, une enveloppe, et qui contient en son intérieur une substance de Vie. Lire, méditer, se nourrir de la Parole de Dieu, c’est accéder à cet Intérieur divin intime, ce qui implique de dépasser la simple apparence extérieure de la Parole. On ne lit pas la Parole de Dieu comme un journal ou comme un roman, ou alors, on n’accèdera pas à sa substance intérieure, celle qui donne la Vie. Puis, la Parole de Dieu est efficace, elle est performante, c’est-à-dire qu’elle réalise ce qu’elle dit. Quand Dieu dit quelque chose, cela s’accomplit. On touche ici une caractéristique de la nature divine : sa perfection repose dans la Puissance de sa Parole qui est performante et efficace. La nature humaine n’a pas, elle, cette puissance ; notre parole n’est pas efficace.

Ceci étant posé, l’image que prend Jésus du Semeur qui sème le grain a d’intéressant que cette image suppose deux réalités : il y a la semence qui est distribuée, généreusement, partout, quels que soient les terrains : ça, c’est l’œuvre de Dieu. Et il y a le terrain qui reçoit la semence : ça c’est nous. La question qu’il faut nous poser n’est donc pas d’abord celle de la semence, ce qui appartient à Dieu, mais celle de la terre que nous offrons à la semence. Jésus évoque 4 sortes de terrains : le bord du chemin, le sol pierreux, les ronces et la bonne terre. Vous remarquerez que la bonne terre ne représente qu’un quart des terrains évoqués ! On retiendra de ces terrains difficiles qu’ils ont tous des éléments particuliers qui entravent l’enracinement de la Parole de Dieu. J’en retiens trois importants : le soleil qui brûle la semence, le manque de terre pour permettre l’enracinement, les ronces qui étouffent. Pour que la semence puisse s’enraciner, il faut qu’elle fasse ses racines. Avec des racines solides, la semence pourra grandir et affronter les éléments hostiles qui menacent sa vie : le soleil, les ronces, le terrain pierreux. La clé de cette parabole du Semeur est dans la question de l’enracinement. L’œuvre de Dieu commence toujours par une croissance des racines dans le cœur de la personne ; ce qui implique que l’œuvre de Dieu n’est, au début, jamais visible. Elle est toujours secrète dans le cœur d’une personne, discrète, tout comme l’arrivée de Dieu dans le cours du temps : Dieu vient humblement, discrètement, parmi les pauvres, ceux qui sont dehors, sous les apparences de la fragilité et de la dépendance.

Cette parabole est très actuelle car aujourd’hui, l’Eglise souffre, en tout cas en Occident, dans ses fidèles d’un manque d’enracinement. Pendant plus de quarante ans, l’Eglise a offert à des générations d’enfants une catéchèse médiocre, débile (au vrai sens du terme c’est-à-dire déficiente, faible) ne permettant pas l’accès à une vie de foi mature et adulte, à une relation vraie avec Jésus. En fait, avec cette catéchèse nulle et la liturgie qui allait avec, on a entretenu les enfants confiés à l’Eglise dans une immaturité de la foi. Et on s’étonne qu’ils n’aient pas continué à pratiquer…pour reprendre les termes de l’Evangile, on récolte ce qu’on a semé ! Cette faiblesse de l’enracinement de la foi est aussi visible dans le manque de solidité intérieure des chrétiens par rapport à toutes les questions sociétales que nous rencontrons. Dans le monde actuel, beaucoup d’éléments sont contraires à l’Evangile. Mais, en raison d’une foi faible, beaucoup de baptisés se laissent conduire par le sens du vent, par ceux qui parlent le plus fort ou les derniers. La nouvelle Evangélisation que notre Eglise occidentale appelle de ses vœux passera nécessairement par un enracinement solide et profond dans le cœur des baptisés.

La fécondité de la Parole divine tient par conséquent à la nature divine de la Parole ainsi qu’à la terre que nous offrons à cette Parole. La fécondité est le fruit d’une collaboration entre Dieu et nous. Et cette fécondité, nous pouvons la vivre sur terre comme au ciel. Sur terre, en accédant au cœur nucléaire de cette Parole, en accédant à sa substance de Vie. Ce implique de lire, de méditer la Parole avec son cœur et non pas, comme trop de groupes prétendument bibliques en ont la prétention, en faisant de l’intellectualisme. En fait, beaucoup confondent l’intelligence avec l’intellectualisme. Et cette fécondité, nous pouvons la vivre au Ciel, j’entends par là, au terme de notre Vie, lorsque nous serons devant le Verbe de Dieu, mais aussi nous pouvons la goûter par l’intercession de ceux qui sont au Ciel. Les Saints, que l’Eglise nous donne en exemple, sont ceux qui ont accueilli dans leur terre la semence divine et ceux en qui cette semence a pu porter du fruit. Ils sont donc pour nous une aide précieuse pour cet accueil de la semence divine dans nos vies. Parmi ces saints, une place particulière revient à la sainte Vierge, qui par la grâce de son Immaculée Conception, a accueilli d’une manière parfaite et extra-ordinaire la semence divine, puisqu’elle offre tout son être (corps et âme) à l’Esprit-Saint pour féconder le Fils de Dieu.

Que Notre-Dame nous aide à préparer la terre de notre cœur à accueillir la Parole divine, qu’elle nous aide à l’enraciner profondément en nous pour lui offrir la plus grande fécondité possible. Amen !

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