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14 février, saints Cyrille, moine et Méthode archevêque [né il y a 1200 ans en 815], co-patron de l’Europe, IXe s.

Saints Cyrille, moine et Méthode archevêque [né il y a 1200 ans en 815], co-patron de l’Europe, IXe s.

Puisqu’ils étaient frères et que les circonstances les avaient amenés à entreprendre la même tâche – l’évangélisation des pays slaves – les biographies de saint Cyrille et de saint Méthode ne peuvent être dissociés.

Un peu d’histoire

Les Francs, s’étant rendus maîtres des territoires Croates et Slavons, après que Charlemagne eut soumis les Avars (vers 790), atteignirent ceux des Bulgares. C’est à l’évêque de Salzbourg que Charlemagne confia la juridiction sur les pays slaves auxquels il imposa le latin.

Le prince Rastislav qui régnait sur la Moravie, accrut sa puissance de telle façon que ses voisins Francs et Bulgares, Louis le Germanique et le prince Boris, s’allièrent contre lui et les Bulgares reçurent des missionnaires francs.

[Le premier pays slave gagné au Christ fut la Moravie qui, au début du IXè siècle était en plein épanouissement. En 846, Louis le Germanique plaça Ratislas sur le trône en pensant contrôler par ce moyen le nouvel état, mais, le jeune prince entendait se libérer de la tutelle allemande. Après avoir demandé des missionnaires italiens à Rome, il se tourna vers Byzance qui saisit l’occasion de faire entrer la Moravie dans la mouvance de l’Empire.]

Menacé par l’empire d’Occident, Rastislav s’allia avec l’empereur byzantin, Michel III, et lui demanda des missionnaires sachant la langue slave de leur pays (le peuple de Moravie ne connaissait pas le grec) où le christianisme faisait de très lents progrès : Notre pays est baptisé et nous n’avons pas de maître pour nous prêcher, nous instruire et nous expliquer les livres saints. Nous ne comprenons ni la langue grecque, ni la langue latine : les uns nous instruisent d’une façon et les autres d’une autre ; aussi ne comprenons-nous pas le sens des livres sacrés et leur énergie. Envoyez-nous dons des maîtres qui soient capables de nous expliquer la lettre des livres sacrés et leur esprit. Nous autres Slaves, nous sommes un peuple simple et nous n’avons personne pour nous enseigner la vérité. Désigne-nous donc, généreux monarque, un homme capable de nous parler selon la raison : car c’est de chez vous que part la foi saine, pour se répandre dans l’univers entier.

Sur la recommandation du saint patriarche Ignace, l’empereur Michel III choisit Constantin (Cyrille) pour son éloquence et sa facilité à apprendre les langues et son frère Méthode, qui avaient fait leurs études à Constantinople, et les envoya en Moravie.

D’une famille distinguée de Thessalonique, Constantin né à Salonique en 827, qui prit avant sa mort le nom de Cyrille, se signala surtout par sa connaissance des langues : outre le slavon avec lequel on était familiarisé à Thessalonique, il connaissait parfaitement le grec, l’arménien et d’autres langues encore ; on lui donna le surnom de philosophe, c’est à dire de savant, tant il enseignait avec talent. Il fut ordonné prêtre à Constantinople où il s’opposa avec force aux doctrines pernicieuses et à l’ambition de Photius, qui commençait à se dévoiler.

[Photius, patriarche de Constantinople de 810 à 895, en rupture avec les papes Nicolas 1e, Adrien II et Jean VIII qui le réconcilia définitivement en 879. Photius est traditionnellement considéré comme le porte-parole des griefs byzantins contre Rome. Peu après, les Slaves de Moravie, alliés aux Byzantins, entrent en guerre contre les Bulgares, alliés aux Francs. Les Bulgares sont vite battus par les Byzantins et doivent renoncer à l’alliance franque, mais Louis le Germanique impose sa suzeraineté à la Moravie.]

Méthode, l’aîné, né en 815, semble avoir d’abord embrassé la carrière militaire puis adminis­trative ; fut administrateur d’une province slave de l’Empire, peut­ être la Thessalie. Toutefois, au bout de plusieurs années, il réalisa qu’il ne convient pas de perdre son temps en se souciant de choses « qui n’ont pas de valeur éternelle », et démissionna. entra un peu plus tard dans la vie monastique au Mont Olympe en Bithynie.

Début de la mission

C’est en 862 que Cyrille partit chez les Moraves, accompagné de son frère Méthode. Ils firent d’abord un séjour chez les Chazares (les Khasars de la Mer d’Azov) de Khorsoum, peuplade barbare qui habitait au-delà de la Chersonèse, où il découvrirent le corps de saint Clément 1e de Rome. De passage chez les Bulgares, Cyrille accommoda l’alphabet grec en l’augmentant de signes nouveaux pour écrire la langue slavone et inventa l’écriture cyrillique (alphabet de 38 lettres), depuis lors adoptée par les Slaves, qu’il utilisa pour traduire l’Ecriture et les textes liturgiques.

Cyrille et Méthode, en territoire slave, à la demande d’un prince slave, prêchant, officiant et écrivant en slavon, sont cependant isolés au milieu de l’Empire franc qui n’admettait que la liturgie latine. Leur présence eut pour effet de remplir leurs églises et de vider celles de leurs confrères allemands. Ceux-ci les traitèrent alors d’hérétiques.

La Moravie et la Pannonie où le christianisme tentait de s’implanter depuis plus d’un siècle, dépendaient du siège métropolitain de Salzbourg, mais les Allemands n’y étaient guère vus d’un bon oeil, aussi, les nouveaux missionnaires, venus d’ailleurs et soucieux de respecter l’identité slave furent bien accueillis et purent, en quelques années, organiser une église florissante ; le succès fut tel que le pape Nicolas le invita les deux missionnaires à venir à Rome (867), pour justifier leur méthode d’évangélisation et en rapportant les reliques du saint pape et martyr Clément qu’ils avaient découvertes en Crimée. A leur arrivée à Rome, Nicolas le étant mort, ce fut son successeur, Adrien II, qui les reçut avec distinction émerveillés des succès de leur apostolat, les approuva et confirma leur usage.

Le pape ordonna Méthode prêtre et allait consacrer Constantin évêque, lorsque ce dernier épuisé par les travaux et la maladie, mourut dans un monastère de Rome. Constantin, sentant venir la mort, il revêtit le costume monacal et se donna le nom de Cyrille ; il resta cinquante jours ainsi vêtu, il s’endormit dans le Seigneur, âgé de quarante-deux ans le 14 février 869 sans avoir pu rejoindre sa mission, non sans avoir demandé que son frère continuât leur apostolat. Il fut enterré solennellement dans l’église Saint Clément où l’on montre encore son tombeau. [Cyrille est un prénom d’origine grecque ; il provient de Kyrillos, qui signifie « seigneur».]

Le pape consacra alors Méthode évêque de Moravie.

[On rapporte que, passant à Venise, Cyrille est pris à partie par des gens qui prétendent que Dieu ne peut être loué qu’en hébreu, en grec ou en latin ; il leur rétorque que depuis longtemps les Arméniens, les Éthiopiens, les Égyptiens, les Persans, les Syriens et bien d’autres encore emploient leur langue nationale tant pour la liturgie que pour la traduction des livres saints.]

Méthode repart pour la Moravie puis en Pannonie, sur les confins de la Bavière et sera nommé archevêque de Sirmium, où les rivalités entre les Slaves et les Allemands sont très fortes, puis légat pontifical. A peine est-il arrivé dans son diocèse qu’il est arrêté par des troupes bavaroises ; à cause de quelques usages alors inconnus dans la liturgie il est accusé d’hérésie et d’imposture il comparaît devant un tribunal présidé par l’archevêque de Salzbourg où il est condamné à la captivité dans un monastère bavarois. Lorsque, deux ans et demi plus tard, le nouveau pape, Jean VlII, apprend l’incarcération de Méthode, il envoie un évêque et exige en termes violents que Méthode soit libéré (873). Provisoirement, jusqu’à être plus amplement informé, suspend l’emploi du slavon dans la liturgie, mais, deux ans plus tard, il écrit (880) : Ce n’est pas contraire à la foi, ni à la doctrine, de chanter la messe en langue slavonne ou de lire le saint Évangile, les leçons divines du Nouveau et de l’Ancien Testament ou encore de chanter les diverses parties de la liturgie en langue slavonne. Jean VIII lui rendit justice, le confirma dans sa dignité archiépiscopale et écrivit une lettre aux Moraves pour les inviter à respecter leur digne pasteur : Que les paroles de l’Ecriture sainte s’accomplissent ; que toutes les langues louent Dieu. (873).

Sans cesse opposé au clergé germano-latin, Méthode dut de nouveau plaider sa cause devant Jean VIII (880). Il fit un voyage à Constantinople, où l’Empereur Basile 1e et le Patriarche lui firent un accueil triomphal, pour rendre compte de sa juridiction spirituelle sur la Bulgarie et la Serbie qui dépendent alors de Byzance.

Après avoir prêché l’Évangile en Pannonie, en Bulgarie, en Dalmatie, en Carinthie en Bohême, il porta la lumière de l’Evangile en Pologne, [ayant établi à Léopol un siège épiscopal, il pénétra dans la Moscovie proprement dite où il fonda le trône pontifical de Kiew], il revint en Moravie, désigne son successeur Gorazd, puis, le 6 avril 885, meurt, probablement à Velehrad, (Tchécoslovaquie).

Epilogue

De nos jours, l’alphabet dit cyrillique, en hommage au génie des deux frères, est utilisé par plus de 250 millions de personnes réparties entre le groupe oriental (russe et ukrainien) et le groupe méridional (bulgare et serbe) ; le groupe occidental (tchèque et polonais) emploie les caractères latins avec cependant quelques lettres modifiées par des signes destinés à préciser la prononciation.

La vie de ces deux apôtres des Slaves, dont les entreprises furent tant de fois contrariées, nous offre un modèle de persévérance dans l’œuvre de Dieu.

le Souverain Pontife Léon XIII, en 1880, ordonna qu’une fête soit célébrée tous les ans dans l’Eglise universelle, avec un Office et une Messe propres.


Géographie des langues Slaves.

HYMNES

En inscrivant la solennité des saints Cyrille et Méthodius au calendrier universel, le Souverain Pontife Léon XIII a voulu donner lui-même leur expression aux hommages et prières de l’Eglise, dans l’Hymne de la fête :

 » Chantez, fidèles, les deux athlètes reçus dans les brillantes demeures des cieux ; chantez du peuple Slave la double force et la gloire.

Un même amour a réuni ces frères, une même piété les arrache au désert : ils brûlent de porter à plusieurs les gages de la vie bienheureuse.

Par eux la lumière qui brille dans les temples d’en haut, remplit Bulgares, Moraves et Bohémiens, farouches multitudes, que bientôt ils amènent à Pierre en bataillons pressés.

Ceignant la couronne méritée, oh ! continuez pourtant d’être propices aux prières et aux larmes : il est besoin que vous gardiez aux Slaves vos présents d’autrefois.

Que la généreuse terre qui crie vers vous, conserve la pureté de la foi éternelle ; comme elle fit au commencement, Rome elle-même toujours lui donnera le salut.

Auteur de la race humaine et son Rédempteur, dont la bonté nous vaut tous les biens, à vous action de grâces, à vous soit gloire dans tous les siècles. Amen. »

Le corps de saint Cyrille fut rapatrié à Salonique en 1976, en signe de la volonté de communion entre l’Église latine et les Églises orientales.

En 1981, le Pape Jean-Paul II a déclaré Cyrille et Méthode co-patrons de l’Europe. Avec saint Benoît (par Paul VI en 1964), sainte Catherine de Sienne, sainte Brigitte de Suède et sœur Thérèse Bénédicte de la Croix : sainte Edith Stein.

T e x t e s   d u   j o u r