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26 mai, Philippe Néri, prêtre, fondateur de l’Oratoire, 22 juillet 1515 à Florence – 26 mai 1595 à Rome.

Philippe Néri, prêtre, fondateur de l’Oratoire, 22 juillet 1515 à Florence – 26 mai 1595 à Rome.

 

Philippe de Néri, né à Florence de parents pieux et honorables, donna dès son jeune âge de clairs indices de sa future sainteté. Encore adolescent, il renonça à une succession importante qui lui venait d’un oncle, et vint se retirer à Rome, où s’étant instruit dans la philosophie et les saintes lettres, il se donna tout à Jésus-Christ. Adonné aux veilles, assidu à l’oraison, Philippe visitait fréquemment les sept basiliques de la Ville, et prit l’habitude de passer la nuit au cimetière de Calixte dans la contemplation des choses célestes.

Il visitait les hôpitaux, soignait les malades, assistait et instruisait les pauvres. Partout et à toute occasion, il cherchait à gagner des âmes à Dieu. Il aimait surtout les jeunes gens ; il les attendait à la sortie des écoles, se mêlait à leurs rangs et conversait avec eux ; il les abordait sur les places publiques, les cherchait jusque dans les ateliers et les magasins, en confessait une multitude, en retirait un grand nombre du vice : « Amusez-vous bien, leur disait-il souvent ; mais n’offensez pas le bon Dieu ! » Aussi saint Philippe exerçait-il sur l’enfance et la jeunesse un ascendant irrésistible, et nul mieux que lui ne mérite d’être regardé comme le Patron de ces Œuvres de jeunesse si utiles et si répandues de nos jours. Devenu prêtre par obéissance, il s’employa tout entier procurer le salut des âmes persévérant jusqu’à son dernier jour à entendre les confessions il engendra à Jésus-Christ un nombre presque incalculable d’enfants ; mû par le vif désir de leur assurer l’aliment quotidien de la parole de Dieu, la fréquentation des sacrements, l’assiduité à la prière, et d’autres exercices de piété, il institua la congrégation de l’Oratoire.

Toujours aimable et joyeux il fut l’un des apôtres de Rome, est une des plus belles figures de saint du XVIe siècle. L’amour de Dieu, un amour brûlant qui se communiquait, à leur insu, à ceux qui l’approchaient, forme le trait caractéristique de sa vie.

 

« Que la joie dans le Seigneur augmente toujours. Que la joie selon le monde diminue toujours jusqu’à ce qu’elle disparaisse. Je ne dis pas cela parce que, vivant en ce monde, nous ne devrions jamais nous réjouir. Mais afin que, même vivant en ce monde, nous soyons joyeux dans le Seigneur. »

 

« Concentrons-nous si complètement dans le divin amour, entrons si avant dans la vivante source de la sagesse, cachons-nous si bien dans le côté blessé de notre divin Sauveur que nous puissions nous oublier nous-mêmes et notre amour propre et devenir incapables de trouver notre route hors de cette blessure sacrée. » (Maximes)

 

 

Histoire d’une vie extraordinaire

 

Voici sans doute l’un des plus grands Saints de l’Église, l’une des vies les plus extraordinaires, tant par les vertus que par les miracles. Philippe naquit à Florence le 22 juillet 1515, fils d’un notaire miné par l’alchimie.

Léon X étant pape, Maximilien Ier empereur et François Ier roi de France.

Dès son enfance, on l’appelait le bon petit Philippe, tant il était bon, doux, aimable et joyeux.

 

Orphelin de mère, il fut élevé par sa belle-mère qui lui donna une réelle affection. Pieux et doué d’une imagination fertile, il eut une enfance joyeuse, libre et pure. Il fit sans doute des études de lettres puisque, plus tard, il conversera avec les esprits les plus distingués et orientera vers les travaux de l’esprit ceux de ses disciples qu’il en jugera capables. Adolescent, il goûte la poésie des cieux italiens, des courses nocturnes à travers la campagne romaine et aux catacombes, mêlant à ses fan­taisies truculentes et joyeuses l’amour passionné de la musique, et à son enthousiasme de la nature le désir d’une vie de renonce­ment dévouée au salut des âmes et au soulagement des pauvres.

 

Il fréquenta assidûment les dominicains du couvent de Saint­-Marc où étaient pieusement conservées les reliques de Jérôme Savonarole, virulent prédicateur et tribun de la liberté politique ; les conflits entre les Florentins et les Médicis, les maux de la cité, et son soulèvement pour reconquérir sa liberté, assurer l’indépendance de la patrie et établir le règne du Christ proclamé « Roi perpétuel de Florence », achevèrent de donner à Philippe l’amour de la liberté en général et l’horreur du pouvoir absolu.

 

En 1532 ou 1533, sans but précis, Philippe, sur le conseil intéressé de son père, partit pour San Germano, au pied du Cassin, où un parent, qu’on disait riche, faisait du négoce. Mais il s’avéra plus apte dans le commerce avec Dieu par la prière et la méditation silencieuse, plus attiré par la vénérable abbaye du Mont-Cassin que par le comptoir de son oncle. Un document de 1640, écrit par un abbé du Mont-Cassin, rapporte que « Philippe jeta les fondements d’une haute perfection à San Germano et au Mont-Cassin », et que « c’est de ces lieux que pendant trois années consécutives il puisa l’esprit de piété et de hautes vertus, principalement grâce aux conseils et aux leçons du très vertueux moine cassinois, Eusèbe d’Evoli, patricien napolitain. » En dépit des objections et des reproches affectueux de « cousin Romolo », Philippe partit mener à Rome une vie d’ermite laïque, vers 1536.

 

Apôtre laïc de Rome

 

Petit rappel : en 1527, les armées de l’empereur Charles Quint commandées par le Connétable de Bourbon ont pris Rome et saccagé la Ville d’une manière ignoble, au scandale de toute l’Europe. Bien vite, on comprendra ce Sac comme un châtiment divin pour la paganisation de la Ville et l’abandon de la foi chrétienne dans la deuxième moitié du XVème siècle et au début du XVIème.

 

A Rome, hébergé pendant quatorze ans par un compatriote, Ga­leotto Caccia, directeur de la douane pontificale, dont il éduque les deux fils, il se livre au jeûne et à la prière. Il étudie la phi­losophie il l’université de la Sapience, et la théologie chez les au­gustins. Sa grande facilité, sous des dehors simplistes, à aborder les plus difficiles problèmes de scolastique, lui mérite cette ap­préciation : « J’avais tenu jusqu’à présent Philippe pour un hom­me de peu d’esprit, je découvre que sa science égale sa piété. »

Voué il l’apostolat, il délaisse la controverse pour combattre le mal par l’action personnelle sur les âmes, rappelant sans cesse que « c’est l’habitude de se vaincre dans les petites occasions qui permet de triompher dans les grandes. »

 

Dès 1538, il se mêle aux nombreux prédicateurs ambulants de Rome, mais plutôt que leurs lamentations et avertissements terrifiants, il préfère l’abord facile de l’humour, quitte à passer ensuite aux propos plus sérieux qui ouvrent les cœurs et mènent à repentance. Spontané, naturel, et vif, le « plus italien de tous les saints » devient « l’Apôtre de Rome. » Son dévouement inlassable aux humbles, aux artisans et boutiquiers des quartiers populeux, à la jeunesse de la rue.

 

Paroissien nocturne et assidu des sept basiliques* et des cata­combes de Saint-Sébastien, son « asile d’ombre et de mystère », Philippe est favorisé d’extases qui le font s’écrier : « Assez, Sei­gneur, assez ! Retenez, je vous en supplie, les flots de votre grâ­ce », et encore : « Retirez-vous, Seigneur, retirez-vous ! je ne suis qu’un mortel, je ne puis supporter le fardeau de telles joies céles­tes. »

Aussi, répétait-il souvent que « pour qui aime vraiment Dieu, rien de plus lourd, de plus difficile, de plus pénible, que de rester en vie. » Sa plus célèbre vision est celle de la Pentecôte 1544, aux catacombes de Saint-Sébastien, où, brûlant d’amour, il voit un globe de feu entrer par sa bouche et descendre jusqu’à son cœur. Alors se produit ce phénomène, apparent de son vivant et constaté par les médecins lors de l’autopsie qui suivit immédiate­ment sa mort : deux côtes s’écartent en se recourbant comme pour libérer le cœur. L’excès de sa ferveur lui occasionne des troubles physiques « qu’il savait mais n’oser maîtriser, confiait-il à son ami Frédéric Borromée, afin de n’être pas distrait de l’oraison par un acte de volonté. » Parmi d’autres traumatismes spirituels, notons le tremblement qui accompagne ses émotions et secoue même son entourage immédiat. Partagé entre l’attrait de la solitude et celui de la charité apostolique, une vision intérieure lui trace son programme par ces mots : « La volonté de Dieu est que tu marches dans le siècle, mais comme dans un désert. »

 

Au moment où l’apostolat de Philippe prend plus d’envergure et accepte des voies plus régulières, la situation de l’Eglise est mau­vaise. Philippe, persuadé avec le vénérable Gilles de Viterbe qu’il « est possible de restaurer les institutions humaines par la sain­teté, mais non la sainteté par les institutions humaines », est un apôtre de la réforme, Profondément bouleversé par l’extrême misère du menu peuple, il adhère à la petite association fondée par son confesseur, Persiano Rosa, qui sera bientôt constituée en association canonique sous le nom de Santa Trinita de’ Pellegreni et s’adonnera au soin des pauvres et des pèlerins nécessiteux.

 

Lors des réunions de piété de la confrérie, dans l’église de Saint-Sauveur au Champ-de-Mars, une fois par mois Philippe parle au peuple et sa chaude parole attire les foules, au point que l’on doit transporter à Saint-Bernard, plus vaste, réunions, exercices réglés, sermons de prêtres ou de laïques, préludes des exercices du futur Oratoire. Le soin des convalescents contraints, faute de place, de quitter l’hôpital avant complète guérison, la visite des prisons, l’aide aux étudiants pauvres, achèvent les activités de Philippe ; plus tard s’ajoutera l’apostolat des Juifs, enfin il aura une participation active, grâce à son crédit auprès du Saint-Siège, à la conversion du roi Henri IV, qui n’oublia jamais, lit-on dans la Vie de Morosini, qu’« il fut par ce saint homme puissamment aidé à recouvrer la grâce dont l’hérésie l’avait tenu éloigné. »

En 1551, pressé par Persiano Rosa, Philippe surmonte ses « terreurs» et, grâce à sa réputation de sainteté qui abrège consi­dérablement le stage de probation, tonsuré en mars, il est ordonné en mai. Il quitte la maison de Caccia et se retire à Saint­-Jérôme-de-la-Charité, centre d’une confrérie charitable, organi­sée en communauté libre par Clément VII. Des cabales se montent contre ce « Fauteur de nouveautés », la messe quoti­dienne des prêtres et la pratique de la communion fréquente pour les fidèles. Un jour que, découragé, il demande à Jésus : « Pourquoi, bon Jésus, alors que si souvent je vous ai demandé le don de patience, tant d’occasions de m’irriter fondent-elles sur moi ? », il lui est répondu : « Pourquoi, Philippe, me demandes tu la patience ? Je te la donnerai, mais je veux que tu t’appliques à l’acquérir toi-même parmi ces assauts. »

 

En 1555, Bonsignore Cassiaguerra est nommé supérieur de la communauté avec autorité sur le choix du personnel ; Bonsigore est un véritable héros de roman qui s’est terminé par une vision de Jésus corde au cou, portant la Croix, et par une conversion il la vie de mendiant volontaire. Cette victoire du parti réformiste marque l’admission de Philippe au nombre des confrères, puis l’autonomie de son groupe, première ébauche de l’Oratoire futur dont il porte déjà le nom. Parmi les membres, on voit François­ Marie Tarugi, sénateur de Rome et futur cardinal-archevêque d’Avignon, arraché à la vie de cour et Baronius, auteur des « Annales ecclé­siastiques » qui naissent dans des conférences faites en 1559 aux membres de l’Oratoire réunis pour les exercices communs : litanies, discipline, méditation, lectures …

 

Aux manies bizarres d’une piété mystique apparemment excessive, Philippe allie un grand amour des âmes pécheresses et une rare perspicacité à déceler les fautes les plus cachées. Si un pénitent se présente, Philippe abandonne volontiers sa contem­plation pour l’entendre, disant que « rien n’est plus doux à qui aime Dieu, que d’abandonner le Christ par amour du Christ. » Il a d’ailleurs l’art du geste et de la réplique qui lui conquiert les cœurs et les ramène à Dieu. Un jeune libertin, mis en présence de Philippe par un camarade et poussé malgré lui à se confesser, raconte n’importe quoi pour sortir plus vite de ce guêpier. Alors le Père lui passe tendrement le bras autour du cou : « Ce n’est pas vrai. Tu as fait une confession de fantaisie ; dis maintenant la vérité et tu seras digne de pardon. » Le mécréant, quelques années plus tard, devenait franciscains. Sa facilité d’accueil, sa bonne humeur et sa fantaisie lui méritent la confiance d’une jeunesse légère mais ardente ; cependant il se montre d’une rigoureuse sévérité quant aux fréquentations. À un jeune garçon qui s’offense de ce que son confesseur lui reproche de jouer avec sa sœur, il demande : « à quelle étude te livres-tu ? – à la Logique ! – Eh bien ! sache que le démon, très bon logicien, te persuadera aisément de voir en elle la femme plutôt que la sœur. » Pour retenir tout ce monde près de lui, il supporte sa turbulence, ses sottises, voire ses insolences, répondant aux plaignants d’occasion : « Ils me casseraient des bâtons sur le dos, j’en serais ravi, pourvu qu’ils ne pèchent point. »

 

Aux cocasseries apparemment déplacées de sa direction on peut opposer ce mot d’un capucin, son ancien disciple : « quand je pris le froc, j’étais très jeune, je ne savais pas bien à quoi je m’engageais. Eh bien ! je le déclare, si je ne m’étais, en me soumettant aux épreuves, parfois extravagantes, que m’imposait Philippe, rompu à l’obéissance et à l’humilité, jamais je n’aurais pu supporter la discipline du cloître. »

 

Ses pieuses initiatives de processions populaires aux sept basiliques, pour détourner le peuple des fêtes licencieuses du carnaval, l’amènent finalement devant le tribunal de l’Inquisition. Philippe comparaît en toute soumission et douceur qui désarme les juges et lui acquiert la singulière bienveillance du pape, le terrible Paul IV, qui exprime même le regret de ne pouvoir prendre part au pèlerinage. Ce procès, par l’approbation du Saint Siège, fortifie l’Oratoire naissant, étend sa réputation, garantit son succès. Philippe a d’ailleurs un puissant allié et protecteur dans son ami Charles Borromée. Ensemble, ils créent l’hospice des Filles repenties et un centre d’accueil pour les sans-logis.

 

A la mort de leur supérieur, les chapelains florentins de l’église Saint-Jean-Baptiste voudraient Philippe pour recteur. Sans attrait pour le ministère paroissial, Philippe, sur l’intervention du pape, accepte seulement la direction générale, mais y délègue plusieurs disciples dont Baronius, Bordini, Tarugi, qui forment une petite communauté sous une règle unique, à laquelle s’adjoignent plu­sieurs pensionnaires de l’extérieur. Cette existence nouvelle est le vrai point de départ de la nouvelle congrégation. Dix ans durant, un va-et-vient s’organise entre Saint-Jérôme et Saint-Jean­-Baptiste où se pressent cardinaux et roturiers. Dans sa règle, Philippe interdit d’« oser sous un prétexte quelconque ! courtiser, accompagner cardinaux ou autres personnages, car on était au service de Dieu seul » ; Jean de Rossi écrit que « l’Oratoire de Saint-Jérôme, malgré son humilité, lui avait paru comme le centre de toute la vie religieuse de Rome. »

 

Pie V, zélé défenseur de la foi et des mœurs mais piètre pédagogue, interdit les « promenades » qu’organise Philippe et fait surveiller sa prédication. L’enquête, durement et patiemment menée, lui acquiert la sympathie sinon l’amitié du Pape, et en 1572, Philippe est à la tête d’une importante réunion de prêtres et de laïques pratiquant le régime de vie libre et communautaire.

 

L’intimité de Philippe avec Grégoire XIII lui garantit l’appui du Saint-Siège. Complètement indépendant de la colonie florentine, il installe son Oratoire à l’église de la Vallicella, à la limite des quartiers riches de Rome, ce qui facilite la fréquentation du grand monde aux réunions quotidiennes. « A l’origine, Philippe n’avait eu d’autre pensée que de soustraire ses jeunes gens au danger de l’oisiveté romaine. Les réunions se développant, il n’avait conçu d’autre projet que de convertir les uns, de favoriser l’avancement de tous dans les voies spirituelles. Enfin l’établissement de prê­tres vivant en communauté à Saint-Jean l’avait obligé à formuler quelques règles. Seule l’extension imprévue de son œuvre expliquait la formation de son Oratoire en un corps auquel désormais ne manquait que la consécration officielle. Celle-ci fut octroyée le 15 juillet 1575, par une bulle qui attribuait la Vallicella et instituait une congrégation de prêtres et de clercs séculiers sous le nom d’Oratoire » (Dominique Fedeli).

 

Borromée, Tarugi, Baronius tentent de surmonter les répu­gnances de Philippe à étendre son action hors de Rome. Ainsi (1585-1586) Tarugi fonde l’Oratoire de Naples, qui sera indépendant de Rome mais lui restera fidèlement attaché par le souvenir.

 

 

La fondation définitive de l’Oratoire et la construction de la Chiesa Nuova.

 

En 1575, St Philippe demande au Pape d’avoir une église pour son oratorio car Saint Jérôme ne suffit plus et la paroisse voisine, St Jean des Florentins, pose beaucoup de difficultés et d’oppositions à Philippe et à ses fils. Le Pape Grégoire XIII lui accorde l’église Ste Marie de la Valicella, à lui Philippe et, dit la Bulle papale, à la congrégation de prêtres et de clercs séculiers nommée de l’Oratoire : en donnant l’église, le Pape fonde la congrégation de l’Oratoire ! St Philippe entreprend alors avec ardeur malgré son âge et sa santé délicate, la reconstruction de l’église trop petite et ruinée : il bâtit la grande église qu’est la Chiesa Nuova, « l’église neuve » comme on appelle encore aujourd’hui, et en 1578, la Vallicella fait place à la Chiesa Nuova.

Philippe habite toujours seul, indépendant, à St Jérôme ! Il faudra un ordre exprès du pape Grégoire XIII pour qu’en 1588 St Philippe vienne habiter avec  les siens dans la maison qui voisine la Chiesa Nuova.

 

Philippe partage ses jours entre son « asile de solitude » de Saint-Jérôme et la Vallicella, ne se proposant que l’édification du clergé par l’exemple de séculiers menant une vie parfaite, et celle du peuple par les vertus du clergé. Charles Borromée, malgré d’amicales dissensions sur l’expansion à donner à l’Oratoire, porte sur Philippe Néri, en 1579, ce jugement : « Cet homme est d’une admirable sincérité et d’une sainteté singulière. »

 

En 1583, sur l’ordre de Grégoire XIII, Philippe abandonne Saint-Jérôme pour la Vallicella où il mène une vie austère et retirée, pour autant que le lui permettent ses lourdes charges de superior generalis. L’accession au trône pontifical de Grégoi­re XIV (1590), un de ses familiers, assure une fois de plus à ses fondations l’appui du Saint-Siège. Cependant, malgré de pressan­tes instances, Philippe refuse le cardinalat. Bientôt les veilles et les jeûnes, joints à de longues stations au confessionnal, l’obli­gent à garder la chambre, ajoutant ainsi la souffrance morale à la douleur physique. On l’entend un jour murmurer : « Vous, Christ, sur la croix, et moi dans un lit, si bien soigné, si bien soulagé, avec tant d’aises, si bien entouré par tant de personnes qui se dévouent pour moi ! » Mais il ne se plaint pas de ses maux, gardant un visage souriant et plaisantant, à son ordinaire.

 

Clément VIII, autre familier de la Vallicella, qui ne réussit pas à lui faire accepter le chapeau cardinalice, lui emprunte de force deux de ses meilleurs sujets : Bordini, désigné pour l’évêché de Cavaillon, et Tarugi, nommé archevêque d’Avignon.

En 1593, Philippe obtient de démissionner. Baronius lui succè­de, à l’unanimité des suffrages mais, créé cardinal, il quitte bien­tôt la congrégation.

 

Au cours de l’année 1595, Philippe Néri re­çoit l’extrême-onction, puis communie de la main de saint Char­les Borromée en disant : « Voici mon amour .. le voilà Celui de qui je me délecte. J’ai reçu mon médecin. » Rétabli, il reprend messe et confessions, jusqu’à sa mort, dans la nuit de la fête du Saint-Sacrement., dans la joie de l’amour divin, à l’âge de quatre-vingts ans, après quarante-quatre ans de prêtrise, le 26 mai 1595.

Clément VIII étant pape, Rodolophe II empereur et Henri IV roi de France.

 

Epilogue

 

Son corps est transféré le 24 mai 1602 dans une chapelle commencée aux frais de Nero de’Neri et de Tarusi. Deux mois après sa mort, Gallonio ouvre l’enquête canonique et Grégoire XV promulgue le décret de canonisation le 14 mai 1622, avec saint Ignace de Loyola, sainte Thérèse d’Avila et saint François Xavier.

 

Philippe partage avec les saints Apôtres les honneurs de Patron dans la ville de saint Pierre et nul Saint n’est resté plus populaire à Rome.. En fondant l’Oratoire sans lier les membres de cette association par les vœux de la religion, Philippe s’accommodait au genre de vocation que ceux-ci avaient reçu du ciel, et leur assurait du moins les avantages d’une règle commune, avec le secours de l’exemple si puissant pour soutenir l’âme dans le service de Dieu et dans la pratique des œuvres du zèle. Mais le saint apôtre était trop attaché à la foi de l’Église pour ne pas estimer la vie religieuse comme l’état de la perfection. Durant toute sa longue carrière, il ne cessa de diriger vers le cloître les âmes qui lui semblèrent appelées à la profession des vœux. Par lui les divers ordres religieux se recrutèrent d’un nombre immense de sujets qu’il avait discernes et éprouvés : en sorte que saint Ignace de Loyola, ami intime de Philippe et son admirateur, le comparaît agréablement à la cloche qui convoque les fidèles à l’Église, bien qu’elle n’y entre pas elle-même.

L’hérésie luthérienne, avec ses erreurs sur la grâce et le libre arbitre, avait tari les sources mêmes de la joie ; saint Philippe, par ses soirées musicales et poétiques qui prirent alors leur nom d’oratorios du lieu où le saint les faisait exécuter ; par ses récréations sur le Janicule, où à l’ombre d’un chêne, il se faisait enfant avec les enfants, sagement ; par ses pèlerinages aux tombeaux des martyrs et aux sept principales églises de la Ville éternelle, restitua à la vie catholique sa vraie tonalité, celle qu’exigeait aussi saint Paul quand il écrivait à ses fidèles : Gaudete in Domino semper ; iterum dico : gaudete.

Le but de cette société de prêtres réunis sans vœux est de développer la piété dans le peuple.

 

Saint Philippe jouait pour ainsi dire avec les miracles, et les résurrections de morts ne coûtaient rien à cet homme extraordinaire. Il se regardait, malgré tout, comme le plus grand des pécheurs, et disait souvent à Dieu : « Seigneur, défiez-Vous de moi, car j’ai peur de Vous trahir ! »

 

Son tombeau se trouve dans l’église des Trinitaires, à Rome.

On le représente en Oratorien, avec un bâton et un chapelet, parfois avec le chapeau de cardinal à ses pieds, parfois avec des enfants autour de lui.

 

 

 

Cardinal de Bérulle et la fondation de l’oratoire en France

 

Pierre de Bérulle, initiateur de l’Ecole Française de spiritualité, est né en 1575, ordonné prêtre en 1599, est confronté à un clergé avide de bénéfices, qui a perdu son âme. Désireux de restaurer le sacerdoce en le sanctifiant, Bérulle fonde le 11 novembre 1611, avec cinq autres prêtres, « une société de prêtres, sans obligation de vœux, où l’on tendra de toutes ses forces à la perfection sacerdotale, pour en exercer toutes les fonctions et pour former à la piété ceux qui y aspirent ». C’est la naissance de l’Oratoire en France. Nouveauté pour l’époque, cette congrégation est « séculière », sans vœux religieux. La même année, elle est reconnue par lettres patentes du Roi (Louis XIII), et le 10 mai 1613 par une lettre d’approbation papale (Paul V).

A la mort de Bérulle en 1629, les oratoriens sont environ quatre cents prêtres répartis en une soixantaine de maisons. Leur église de la rue Saint-Honoré à Paris, achevée seulement en 1750, est devenue la paroisse de la Cour.

Dissous en 1792, l’Oratoire a été restauré en 1852 sous l’égide du Père Joseph Gratry. La direction fut exilée en Suisse en 1903. L’Oratoire français s’est reconstitué en 1920 pendant le généralat du Père Courcoux.

 

A partir de 1969, l’Oratoire se « met à jour » : reviviscence de la tradition bérullienne en ce qui concerne la vie spirituelle, service du sacerdoce en opérant la jonction entre le Mystère chrétien et les cultures d’aujourd’hui, renforcement de la vie communautaire.

L’Oratoire regroupe des prêtres vivant en communauté, sans prononcer de vœux de religion. Il se consacre à des activités apostoliques diverses : éducation de la jeunesse, aumôneries etc. Il regroupe actuellement 42 membres présents en 13 implantations. L’Oratoire de France est une société de vie apostolique de droit pontifical.

 

 

*****

 

« Il y a trois degrés dans la vie spirituelle : le premier peut être appelé la vie animale ; c’est la vie de ceux qui courent après la dévotion sensible que Dieu accorde généralement aux commençants afin de les amener hors du monde par cet attrait de douce piété comme on attire après soi un animal en lui montrant un objet qui lui plaît.

Le second degré peut être appelé la vie humaine ; c’est la vie de ceux qui n’éprouvent aucune douceur sensible mais qui, soutenus par la vertu, combattent leurs passions.

Le troisième degré peut être appelé la vie angélique ; c’est à cette vie que parviennent ceux qui après s’être exercés longtemps à vaincre leurs passions, reçoivent de Dieu une vie paisible, tranquille et presque angélique, même en ce monde, n’éprouvant plus en rien et pour rien ni trouble ni répugnance. Il est bon d’arriver au second de ces trois degrés et d’y persévérer parce que Dieu accordera lui-même le troisième quand il jugera convenable. » (Maximes)

 

 

 

 

*****

ô glorieux Saint Philippe Néri,

favorisé de Dieu pour consoler et aider vos fils spirituels à l’heure de la mort,

soyez mon avocat et mon père, lorsque je me trouverai dans ce moment difficile.

Implorez pour moi la grâce qu’à cette heure le démon ne soit pas vainqueur,

que la tentation ne m’opprime pas, que la peur ne m’avilisse pas

mais fortifié par une foi vive, par une espérance ferme, par une sincère charité,

que je soutienne avec patience et persévérance le dernier combat.

Plein de confiance en la miséricorde du Seigneur,

dans les mérites infinis de Jésus, et dans la protection de la très Sainte Vierge Marie,

que je sois rendu digne de mourir de la mort des justes

et de rejoindre la bienheureuse Patrie du Ciel

pour aimer et chanter Dieu éternellement,

avec vous et avec tous les saints.

Amen.

 

 

* Le Tour des sept églises (en italien la visita delle Sette Chiese) est deveu un pèlerinage urbain traditionnel de la ville de Rome. Entrepris de manière informelle au début des années 1540 par Philippe Néri puis par des disciples de plus en plus nombreux, il prit de l’ampleur lors de l’année jubilaire 1550 et devint une pratique stable et organisée à partir de 1559. À l’origine le pèlerinage durait deux jours (mercredi et jeudi gras) et était spécifiquement conçu comme alternative au carnaval profane.

Saint Ignace de Loyola, un proche ami de Philippe Néri, fit le pèlerinage des sept églises le 22 avril 1541, avec cinq compagnons cofondateurs de la Compagnie de Jésus. Ce jour-là les six premiers jésuites firent leur profession religieuse définitive dans la chapelle du Saint-Sacrement de la basilique Saint-Paul-hors-les-murs.

Ce tour inclut les quatre basiliques majeures de Rome ainsi que trois importantes basiliques mineures qui sont dans l’ordre de préséance :

Les quatre basiliques majeures :

La basilique Saint Jean du Latran cathédrale du diocèse de Rome et du monde ;

la basilique Saint-Pierre, au Vatican, tombeau de saint Pierre ;

la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, sur la voie Ostienne tombeau de saint Paul ;

la basilique Sainte-Marie-Majeure, la plus ancienne église dédiée à Marie.

 

 

Les trois basiliques mineures :

La basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem, qui garde les reliques de la Passion ;

La basilique Saint-Laurent hors-les-murs, tombe de saints Étienne et Laurent ;

La basilique Saint-Sébastien-hors-les-murs, sur la Voie Appienne, au-dessus des catacombes.

Le nombre sept a une valeur biblique symbolique forte de plénitude et d’achèvement. Non seulement les sept jours de la création du monde, mais également les sept miracles de Jésus et les sept paroles de Jésus en croix. Il peut évoquer également le nombre des collines de Rome, les sept merveilles du monde, etc. Il n’y a cependant pas de référence directe aux « sept Églises » du livre de l’Apocalypse.

 

Le parcours mesure en tout 25 km, car il relie des sanctuaires pour la plupart excentrés par rapport au centre antique (Forum) ou médiéval (Champ de Mars) de la ville. En effet, les basiliques édifiées sur des tombes d’apôtres (Pierre, Paul) ou de martyrs (Sébastien, Laurent) étaient par ce fait situées hors des murs de Rome. Le Latran (Saint-Jean) et le Sessorium (Sainte-Croix) étaient d’anciens domaines impériaux touchant au mur d’Aurélien. Quant à Sainte-Marie-Majeure, sur l’Esquilin, son emplacement fut indiqué par un miracle : une chute de neige en plein mois d’août.

En procession ou isolément, nombre de pèlerins suivront le chemin tracé par saint Philippe Néri. En 1575, le pèlerinage aux sept églises deviendra la norme pour obtenir l’indulgence plénière du jubilé. Son parcours sera dès lors accompli tout au long de l’année et non plus seulement le Jeudi gras comme jusqu’alors, comme pré-carême.

Les exigences diminueront lors des jubilés postérieurs à 1575. En l’an 2000, la bulle de proclamation du jubilé mentionne encore ces mêmes sept églises romaines, aux côtés des sanctuaires de Terre sainte, comme lieux dont la visite permet l’obtention de l’indulgence plénière.

T e x t e s   d u   j o u r