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Homélie de la messe du 1er Dimanche de Carême du Père Julien PALCOUX

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1er Dimanche de Carême

Frères et Sœurs,

Le premier dimanche de Carême nous emmène toujours au désert. Il s’agit pour nous d’aller à l’essentiel, de mettre à mort en nous tout ce qui est superflu, tout ce qui n’est pas essentiel, et surtout, il s’agit de renaître à la relation avec Dieu. Dans la Bible, le désert est le lieu où l’homme fait l’expérience de sa finitude, de ses limites, mais aussi le lieu où l’homme redécouvre Dieu. C’est aussi le lieu où l’homme se révolte contre Dieu, trahit Dieu, mais fait également l’expérience du pardon et du salut. Le désert est ambivalent : c’est un lieu de mort qui nous ouvre à la vie.

Alors, regardons dans un premier temps le désert, comme le lieu du renouvellement de l’Alliance entre Dieu et nous. La première lecture nous donne à voir le premier degré de la première alliance : Dieu sauve l’humanité du déluge et le signe de cette alliance est l’arc en ciel. Cette première alliance que Dieu accomplit avec Noé et ses descendants a pour but de sauver l’homme de la mort. C’est une alliance qui surgit au-dessus des flots de la mort. Elle est l’annonce d’une Alliance complète, totale et parfaite accomplie en Jésus, Alliance dans laquelle nous entrons par le sacrement du baptême.
En ce début de Carême, entrons nous-aussi dans le désert. Reconnaissons notre finitude, nos limites, notre péché, notre orgueil qui écrase les autres et nous empêche de nous reconnaître pécheurs. Reconnaissons nos ruptures d’alliance avec Dieu, avec l’Eglise, avec les autres. Et menons ce travail de vérité à son terme. Il ne s’agit pas seulement de reconnaître tout cela, mais aussi de l’assumer et de s’en libérer en allant se confesser.

Si le désert est un lieu de combat, notre alliance est aussi le lieu d’un combat, et notre baptême est un terrain de combat. St Marc évoque très rapidement cette réalité. Il dit : « Et dans le désert, Jésus resta quarante jours tenté par Satan. » Les autres évangélistes sont plus loquaces sur la nature des tentations qu’endura Jésus. Mais ces tentations nous redisent en tout premier lieu que la vie chrétienne implique un combat contre le mal, contre le démon, pas seulement en dehors de soi, c’est-à-dire dans le monde, mais d’abord en soi. Il est toujours plus facile en effet de voir le mal chez les autres, dans le monde, plutôt qu’en nous. Alors, entrons dans ce que l’on appelle pudiquement le combat spirituel.
Il y a un présupposé à tout ce que je vais dire : c’est que le diable existe. Je le dis, car certains courants dans l’Eglise, parfois certains pasteurs, ont nié jusqu’à son existence ou ont tourné en dérision ce que l’Eglise dit du démon. Ces considérations sont hérétiques, non conformes à la foi de l’Eglise. Malheureusement le démon existe et il sait se rappeler à nous pour nous embêter. Alors voici son mode d’action ordinaire : en fait il oscille entre deux extrêmes : ou bien il fait croire qu’il n’existe pas et est en ce sens totalement libre pour agir ; ou bien il fait croire qu’il est tout-puissant, ce qu’il n’est évidemment pas, et nous fait ainsi peur et nous déstabilise. Pour entrer pleinement dans le combat spirituel, il faut savoir comment agit notre adversaire, et, dès lors, les choses deviennent plus facilement intelligibles. Généralement, le démon nous attaque de trois manières : il nous attaque dans nos fragilités, dans nos vulnérabilités ; il attaque l’œuvre de Dieu en nous, dans les autres, surtout quand celle-ci est belle et dit quelque chose de Dieu. Et il attaque notre relation à Dieu.
Les évangélistes St Matthieu et St Luc nous apprennent que le démon attaque Jésus quand il se trouve en situation de faiblesse, de fragilité, quand Il a faim, après quarante jours et quarante nuits de jeûne. On appelle souvent le démon « le Malin ». Le Malin parce qu’il est intelligent. Le démon est un esprit, donc il est non corporel ; il a donc des facultés que nous n’avons pas. Il sait des choses ; il nous connaît, pas aussi profondément et parfaitement que Dieu, mais il nous connaît. Il sait où sont nos fragilités, nos blessures. Et c’est souvent là qu’il nous attaque, parce que nous sommes plus vulnérables. Comment alors nous défendre ? Il faut en fait présenter à Dieu nos blessures, nos fragilités, nos pauvretés afin qu’Il les guérisse, qu’Il les purifie. Le meilleur médicament est le sacrement de la confession dans lequel la grâce de Dieu agit efficacement pour nous guérir en profondeur. Dieu nous apprend non pas à fuir nos fragilités, ou à les masquer ou à compenser, mais au contraire, Il nous apprend à les assumer pour qu’Il puisse, Lui, les guérir. La guérison est dans l’assomption. Aucun homme ne sera jamais sans fragilités ; mais Jésus nous invite à les Lui présenter, et alors, le démon n’aura plus de prise sur elles.
Autre angle d’attaque : le démon attaque l’œuvre de Dieu. St Léon le Grand dit dans un de ses Sermons de Carême : « Comprenons bien que, plus nous apporterons de soin à notre salut, plus violentes seront les attaques de l’ennemi. » (Sermon XXXIX 3 sur le Carême). Voilà une deuxième règle pour comprendre en profondeur le combat spirituel : le démon n’a, ordinairement, aucun moyen d’action sur la réalité même des choses. Mais il se débrouille pour que nous-mêmes nous abîmions les choses, les réalités divines, l’œuvre de Dieu. Plus l’œuvre de Dieu est belle, plus elle est à l’image de Dieu, que cela soit dans une personne, dans une relation humaine, dans un projet, plus le démon va chercher à la salir, à la pourrir. Pas tellement en faisant que le cœur même de l’objet soit mauvais ; je vous le redis, il n’a pas un grand pouvoir là-dessus ; mais en incitant, en suggérant un regard mauvais sur la réalité en question, en jetant le discrédit, en excitant la jalousie, la susceptibilité de tel ou tel. Pourquoi croyez-vous que les pires attaques contre l’Eglise viennent du dedans ? Parce que c’est là que le démon fait le plus de mal! Mais le démon est fin et subtil. Il avance et agit de manière masquée, sous couvert de bonnes intentions…. Alors, tout ceci nous amène à exercer un discernement assez fin et serré. Retenons la règle générale de ce mode opératoire : plus les choses sont belles et dignes de Dieu, plus elles disent quelque chose de Dieu, plus le démon va chercher à les pourrir.
Troisième angle d’attaque de Satan : il vient attaquer notre relation à Dieu et ce, avec nos armes, sur notre terrain. St Marc nous dit : « Jésus venait d’être baptisé ; aussitôt l’Esprit le pousse au désert. » Il est très intéressant de noter que le mot hébreu midbar signifie à la fois le désert et la Parole. Ces deux sens sont équivalents, parce que le désert permet d’entendre la Parole. Donc, lorsque Jésus part au désert, Il part aussi au contact de la Parole de Dieu. Et les autres évangélistes nous rapportent que le démon attaque Jésus en citant la Parole de Dieu. Il attaque Jésus dans sa relation essentielle, dans son être divin, Lui qui est la Parole divine. Il l’attaque en pervertissant la Parole de Dieu. Pour nous aussi, le contact avec la Parole de Dieu est le lieu d’un combat. Combat pour trouver du temps pour prier, pour lire la Parole de Dieu, pour l’écouter, pour lui obéir. Mais combat aussi pour utiliser correctement la Parole de Dieu : non pas l’utiliser dans le sens de ce que je voudrais lui donner, mais dans le sens de ce que Dieu a à me donner. Nombreux sont ceux qui se plaignent de distractions dans la prière, le chapelet, l’oraison. Oui, la prière est le lieu d’un combat parce qu’elle est le lieu qui nourrit à partir de Dieu mon être profond. Lorsque les gens ne prient plus, le démon fait ce qu’il veut.

Frères et sœurs, profitons de ce temps de Carême pour soigner notre prière, pour purifier et rechoisir notre alliance avec Dieu. Que ce temps de désert soit aussi pour nous l’occasion d’une plus grande écoute et disponibilité à la Parole de Dieu. Amen !

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