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Homélie de la Solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul du Père Julien PALCOUX

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Solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul

Messe du Jour

« Heureux es-tu Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux Cieux. »

Frères et Sœurs,

Cette parole de Jésus à Pierre révèle l’inspiration divine de la réponse de Pierre à Jésus : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Mais, il y a une autre chose : Jésus évoque « la chair et le sang », autrement dit, l’humanité. Dans cette seule phrase de Jésus apparaît déjà la double nature de l’Eglise : à la fois humaine et à la fois divine. Théologiquement, la double nature de l’Eglise est assez simple à comprendre. On appelle l’Eglise le Corps du Christ. Or Jésus est Dieu qui s’est fait homme. Jésus porte en lui deux natures : la nature divine et la nature humaine. Si l’Eglise est le Corps du Christ, ou encore l’Epouse du Christ comme le dit une autre image, il est logique qu’elle ait une nature divine et une nature humaine.

Divine, l’Eglise l’est par sa naissance, sa conception : c’est Jésus qui la fonde. Divine, l’Eglise l’est aussi par vocation : elle nous prépare à rencontrer Dieu ; elle nous donne la vie divine, elle nous conduit à Dieu.

Humaine, l’Eglise l’est par ses membres qui sont des hommes pécheurs. Si l’Eglise n’avait pas une nature humaine, elle ne pourrait accomplir sa mission.

A partir des natures divines et humaines, on peut dire les choses autrement : l’Eglise est sainte et pécheresse. Sainte par son origine, par sa vocation et pécheresse par les membres qui la composent, appelés à la sainteté. Cette double nature de l’Eglise peut être facile à comprendre intellectuellement ; l’expérience montre qu’elle est plus difficile à vivre, parce que l’existence du péché au sein même de l’Eglise, de ses membres, est souvent scandaleuse…et pourtant l’Eglise est pour les pécheurs !

A ce sujet, quels beaux exemples que Saint Pierre et Saint Paul ! Saint Pierre, le premier des 12, celui qui reçoit la mission de l’unité du troupeau, celui qui reçoit le pouvoir de lier ou de délier sur la terre et même dans les Cieux ! Saint Pierre, celui qui fanfaronne, qui ne compte que sur ses forces et qui va renier Jésus, qui va avoir honte !

Saint Paul, un grand terroriste ! Combien de chrétiens a-t-il emprisonnés, tués ! Et l’Eglise les vénère comme les deux plus grands saints, après la Vierge Marie bien sûr ! il est curieux de penser que Jésus a voulu l’Eglise, qu’Il savait qu’elle serait comme cela. Et il est encore plus curieux de regarder que Jésus s’abandonne, se confie à l’Eglise ; Il se remet entre les mains des pécheurs, Lui qui est saint ! Eh bien, nous sommes au cœur du mystère de l’Eglise. Si nous n’acceptons pas cette double nature de l’Eglise, son visage de sainteté et son visage de péché, c’est l’œuvre du salut qui ne pourra s’accomplir. Mais nous savons qui gagnera : « et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle. » dit Jésus à Pierre. La sainteté de Dieu l’emportera sur le mal, sur la mort ; la mort n’engloutira pas l’Eglise.

La réalité du péché au sein même de l’Eglise est toujours objet de scandale. On peut se révolter contre le péché de Pierre, on pourrait dire que St Jean était certainement moins pécheur et qu’il aurait été mieux à la première place ! On peut se révolter contre le péché des ministres du Seigneur, comme on peut se révolter contre le péché des membres de l’Eglise. D’ailleurs, on l’entend souvent : « Ah, quand on voit Mme Machin qui va à la messe, et puis quand on sait comment elle vit, ce qu’elle fait etc…, mieux vaut ne pas aller à l’église. » Que ces réflexions sont stupides ! Justement, l’Eglise est faite pour les pécheurs ! Mais il est normal que le péché nous scandalise, nous révolte. Face à l’existence du péché au sein même de l’Eglise, deux tentations existent : il y a la tentation du protestantisme ou celle du catharisme.

Le protestantisme : puisque l’institution Eglise est habitée par des hommes pécheurs, puisque l’Institution est marquée par le péché, alors je la conteste et je me passe de l’Eglise. C’est la solution de facilité ! Et c’est surtout une attitude d’orgueil. Cette attitude fait l’impasse sur deux vérités : la première, c’est que l’Eglise est aussi divine, sainte par nature et par vocation ; la deuxième c’est que Jésus l’a voulue ainsi. Il l’a « créée » ainsi. Regardez le reniement de Pierre, l’attitude de Saul. Regardez dans le collège des 12, l’attitude de Jacques et de Jean qui demandent ouvertement à Jésus les meilleures places dans le Royaume des Cieux ; regardez les disciples qui, tout en marchant à côté de Jésus, se disputent pour savoir qui est le plus grand, qui a la plus grande importance. Les appétits de pouvoir, d’orgueil, les égos ne sont pas nouveaux dans l’Eglise…

La deuxième tentation est celle du catharisme : je veux une Eglise pure, sans péché. De ce fait, j’exclus ceux qui sont pécheurs ! C’est l’hérésie cathare qui a sévi aux XIIème-XIIIème siècle dans le sud de notre pays ainsi qu’en Espagne et un peu au Portugal. L’Eglise a toujours fermement condamné ces dérives tout simplement parce qu’elles sont contraires à la raison d’être de l’Eglise.

Alors, me direz-vous, quelle attitude avoir face au péché qui existe dans l’Eglise, dans ses ministres, dans le peuple des baptisés ? L’attitude, Jésus nous la montre dans l’Evangile en lavant les pieds de ses disciples. C’est la raison pour laquelle Il lave les pieds de Pierre, qui dans un premier temps refuse ! Attitude d’orgueil ! « Non, toi me laver les pieds, jamais ! » Et Jésus le reprend : « Si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi ! » Cela veut dire : ‘si je ne te lave pas les pieds, ton péché ne sera pas pardonné, et tu ne pourras pas présider au ministère de la réconciliation dans mon Eglise. Tu n’es pas meilleur que les autres. Pour que tu puisses remettre les péchés des autres, tu dois accepter que je te remette tes péchés !’ Devant le scandale du péché dans l’Eglise, devant l’écoeurement ou devant le dégoût même parfois qui peuvent surgir face à des attitudes intéressées, pas pures, face à des appétits de pouvoir, face à des égos boursoufflés, reconnaissons-nous pécheurs nous aussi. Acceptons que Jésus nous lave les pieds. Il est toujours plus facile de voir la paille dans l’œil de l’autre que de voir la poutre dans son propre œil. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres. En acceptant que Jésus nous lave les pieds, en acceptant qu’Il nous pardonne, nous avons toute notre place dans l’Eglise. C’est ce que St Pierre et St Paul ont compris et vécu. Ils ont accepté d’être sauvés. Ce salut que Jésus leur offre est double : il s’agit bien sûr du salut final, au terme de leur vie ; mais il s’agit aussi du salut au sens du secours de Dieu dans leur vie. Les lectures entendues aujourd’hui nous le redisent : dans la première lecture, Pierre est délivré de sa prison par un ange de Dieu. Le Seigneur vient le libérer. Dans la deuxième lecture, Paul dit lui-même : « J’ai été arraché à la gueule du lion ; le Seigneur m’arrachera encore à tout ce qu’on fait pour me nuire. » « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » dit l’Ecriture. Lorsque nous nous reconnaissons pécheurs en vérité, lorsque nous acceptons d’être sauvés par Jésus, lorsque nous sommes dans l’Eglise, Dieu s’occupe de tout dans notre vie.

Frères et sœurs, prions pour que l’Eglise, ses ministres (le Pape, les évêques, les prêtres, les diacres), ses fidèles, se convertisse toujours plus en reconnaissant son propre péché et en acceptant d’en être sauvé, libéré par Jésus. Que chaque personne qui se scandalise du péché qu’il voit chez les autres, dans l’Eglise, s’examine en vérité et en profondeur. La sainteté et la purification commencent toujours par soi dans une attitude d’humilité! Amen !

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