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Homélie du 10ème Dimanche du temps ordinaire du Père Julien PALCOUX

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10ème Dimanche du temps ordinaire

Frères et sœurs,

Les textes que nous entendons en ce jour nous amènent à réfléchir sur le péché, sur la nature du péché et sur ses conséquences. A l’origine, le péché tire son existence de l’orgueil. On pourrait dire que l’orgueil est le terreau dans lequel naît tout péché. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique dit au sujet de la nature du péché (387) : « Le péché est un abus de la liberté que Dieu donne aux personnes créées pour qu’elles puissent L’aimer et s’aimer mutuellement. »

En regardant les textes du jour, nous pouvons distinguer trois sortes de péchés.

La première lecture évoque le péché comme la désobéissance à Dieu. « Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger ? » demande Dieu à Adam. Cette désobéissance originelle entraine une perturbation de la relation entre l’homme et Dieu ainsi qu’une rupture de l’harmonie existant entre les êtres humains entre eux et avec la nature. Le récit nous apprend que l’homme désormais se cache de Dieu, qu’il a peur de Dieu et qu’il rejette la faute sur Eve, qui, elle, la rejette sur le serpent. Tout l’ordre harmonieux de la création se défait et on entre dans le désordre. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique dit : « Tout péché, par la suite, sera une désobéissance à Dieu et un manque de confiance en sa bonté. » (397)

Ce péché de désobéissance que nous l’appelons péché originel a été commis par nos premiers parents. Si la désobéissance à Dieu est la cause de l’entrée du péché dans le monde, le remède est dans l’obéissance à Dieu que nous apporte Jésus. Par son obéissance inconditionnelle, et surtout au cours de sa Passion, Jésus répare la transgression initiale et permet que le salut entre dans le monde. Bien sûr, le Salut nous vient par Jésus-Christ, mais, tous, qui que nous soyons, quoi que nous fassions, nous pouvons aussi participer au mystère de la Rédemption et du Salut du monde par notre propre obéissance. L’obéissance appelle de notre part une attitude d’humilité, de soumission, antidote à l’attitude d’orgueil dans laquelle s’enracine le péché.

L’Evangile, quant à lui, évoque 3 formes de péché dont les 3 ont en commun la tentation, la tentative, la prétention de mettre la main sur Dieu. Encore une fois, le Catéchisme de l’Eglise Catholique dit : « L’homme a voulu être comme Dieu, mais sans Dieu et avant Dieu, et non pas selon Dieu. » (398) Alors, regardons ces 3 mainmises sur Dieu. Les Juifs essayaient de se préserver du péché qui consistait à mettre la main sur Dieu en donnant à Dieu un nom imprononçable que l’on traduit par YAHVE.

La première vient des gens de l’entourage de Jésus, « les gens de chez Lui », dit l’Evangile. On imagine, des voisins, la parenté. Ils viennent « se saisir » de Lui car « il a perdu la tête. » On voit bien le péché qui est derrière. Ce que dit Jésus, ce que fait Jésus ne correspond pas à l’homme que l’on connaît. Donc, Il est fou. Le péché est là : on absolutise son propre point de vue sur Jésus pour en faire la norme ; et la personne sera « lue », « interprétée » à la lumière de mon propre point de vue. Mon point de vue est fondamental et détermine mon rapport à la personne. Eh bien, nous sommes ici dans une attitude fondamentalement intégriste. L’intégrisme, ce n’est pas aimer, défendre ou promouvoir la tradition, c’est l’absolutisation de son propre point de vue en norme et qui, de fait, exclut tous ceux qui ne pensent pas comme la norme. Il y a beaucoup plus d’intégristes qu’on ne le croit ; mais ils ne sont pas forcément là où on les croit…L’antidote est ici la vie en Eglise. Vivre en Eglise, dans une église composée de gens différents, de sociologie différente, est le remède à de telles dérives. L’existence de l’autre, d’autres points de vue, nous conduira toujours à relativiser les nôtres.

La deuxième est dans l’attitude des scribes qui accusent Jésus d’opérer ses guérisons par l’œuvre du diable. Là aussi, nous retrouvons à l’origine l’absolutisation d’un point de vue qui est forcément juste, qui ne se remet pas en cause, jamais, qui est sûr d’avoir raison. On entre alors dans le déni de la réalité, dans le mensonge, la perversion de la réalité que l’on tord pour la faire entrer dans mon propre point de vue. Les scribes perdent de vue que les gens sont guéris, que l’action de Jésus est réellement un Bien. La manœuvre du diable est à son comble : attribuer à Béelzéboul ce qui revient à Dieu tout en déniant l’œuvre de Dieu. Ici, l’antidote est l’usage de la raison. C’est le raisonnement logique qu’adopte Jésus face aux scribes. Souvenons-nous que l’exercice de la raison est toujours du côté de Dieu puisque Dieu est le  initial, la raison créatrice. Quand on se rend compte que la raison ne fonctionne pas ou plus, il y a toujours une manipulation du démon derrière.

La troisième est dans l’attitude de la famille de Jésus : « Voici que ta mère et tes frères sont là dehors : ils te cherchent. » Tentation de mettre la main sur Jésus : Il nous appartient, Il est à nous. Réponse de Jésus : « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu est pour moi un frère, une sœur, une mère. » Jésus dépasse les liens du sang pour ouvrir la famille à tous ceux qui accomplissent la volonté de Dieu. Une nouvelle fois, l’antidote contre ce péché réside dans la vie en Eglise, en paroisse, qui nous conduit à ouvrir nos relations et à ouvrir les familles à l’Eglise.

Alors, il reste la question du péché contre l’Esprit-Saint dont Jésus dit qu’il ne peut être pardonné. Y a-t-il une limite au pardon de Dieu ? En fait, tout s’éclaire dès que l’on précise ce que l’on entend par « péché contre l’Esprit-Saint ». Certains Pères de l’Eglise (Athanase, Hilaire, Ambroise, Jérôme, Chrysostome) disent qu’il y a péché contre l’Esprit-Saint dès l’instant que l’on blasphème contre l’Esprit-Saint, l’Esprit-Saint désignant ou bien Dieu ou bien la personne de la Trinité appelée l’Esprit-saint. St Augustin, et St Thomas d’Aquin à sa suite, expliquent le péché contre l’Esprit-Saint comme l’impénitence finale, c’est-à-dire, comme le fait de persévérer dans le péché et dans le refus de demander pardon et de se convertir. En fait, il s’agit du refus du salut. Dès lors, il est logique que ce péché ne puisse être pardonné, parce qu’il consiste justement dans le refus du pardon. Du reste le Catéchisme de l’Eglise Catholique confirme cette interprétation : « Il n’y a pas de limites à la miséricorde de Dieu, mais qui refuse délibérément d’accueillir la miséricorde de Dieu par le repentir, rejette le pardon de ses péchés et le salut offert par l’Esprit-Saint. Un tel endurcissement peut conduire à l’impénitence finale et à la perte éternelle. » (1864) et d’autre part : « Il n’y a aucune faute, aussi grave soit-elle, que la Sainte Eglise ne puisse remettre. ‘Il n’est personne, si méchant et si coupable qu’il soit qui ne doive espérer avec assurance son pardon, pourvu que son repentir soit sincère.’ Le Christ qui est mort pour tous les hommes, veut que, dans son Eglise, les portes du pardon soient toujours ouvertes à quiconque revient du péché. » (982)

Alors, que retenir au terme de cette méditation sur le péché ? Que beaucoup d’antidotes se trouvent dans la pratique de l’obéissance, de l’exercice de la raison et dans la qualité de la vie en Eglise. Demandons la grâce au Seigneur de mieux L’approcher, de mieux Le connaître, par tout ce que nos frères et sœurs nous apportent de Lui. Amen !

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