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Les cendres

La cendre, dont la signification originelle est fort discutée, bien que son usage soit répandu dans la plupart des religions antiques, est souvent asso­ciée à la poussière (les Septante traduisent plus d’une fois « poussière» par « cendre ») et symbo­lise à la fois le péché et la fragilité de l’homme.

 

La cendre (eper en hébreux et spodosen grec) est, dans la Bible, l’image de tout ce qui menace ruine, qui touche à sa fin et qui est caduc : vos sentences sont des maximes de cendre, répond Job aux médecins du néant, badigeonneurs de mensonge (Livre de Job XIII 12).

 

 

Le cœur du pécheur, d’abord, est semblable à la cendre : Isaïe appelle l’idolâtre un « amateur de cendres », (Isaïe 44, 20. C’est pourquoi le salaire du péché ne peut être que cendre : les orgueilleux se verront «réduits en cendre sur la terre » (Ez 28.18), et les méchants seront piétinés comme cendre par les justes (Malachie III, 21). 

 

D’ailleurs le pécheur qui, au lieu de s’endurcir dans son orgueil (Si 10, 9), prend conscience de sa faute, con­fesse précisément qu’il n’est que poussière et cendre. Les cendres désignent les choses sans valeur, ainsi, lorsque le patriarche Abraham intercède pour Sodome, humble devant le Seigneur, il se dit n’être que poussière et cendre (Genèse XVIII, 27). Pour reprendre le livre de la Sagesse nous dirons du pécheur : « Cendres que son cœur ! Plus misérable que la poussière, sa vie »  (Livre de la Sagesse XV 10).

 

On comprend alors que celui qui entrait en repentance ou qui était en deuil, c’est-à-dire celui qui, face à la réalité de la vérité, rejetait les vanités illusoires des choses du monde en faisant acte de contrition et d’humilité devant Dieu, se couvrait la tête de cendres (Judith IV 11-15, Ézéchiel XXVII 30) ou s’asseyait dans la cendre (Job XLII 6, Jonas li 6, Matthieu XI 21). Quand le frappe un deuil il expé­rimente son néant, et il l’exprime alors en se cou­vrant de poussière et de cendre :  Fille de Sion, revêts le sac, roule-toi dans la cendre, fais un deuil. (Jr VI, 26).

Mais ce même symbole de pénitence qui exprime la tristesse de l’homme anéanti par le malheur, suppose un lien entre le malheur et le péché. Thamar méprisée (2 Sm XIII,19) se couvre de cendre ; de même les Juifs menacés de mort (Est IV, I-4). L’homme veut ainsi montrer l’état auquel il a été réduit (Ob XXX,19) et va même jusqu’à se nourrir de cendre (Ps 102 ; Lm III,16).

 

Ajoutons, et ça n’est pas sans importance à l’entrée du Carême, que la cendre de pénitence était souvent celle dont on avait recouvert la pâte déposée sur des pierres chauffées pour l’aider à lever en pain.

 

En recevant les cendres, nous dénonçons les vanités des choses du monde et, contrits d’y avoir attaché trop d’importance, nous entrons en pénitence pour être purifiés de nos fautes et bénéficier des grâces de communion au Christ par l’Eucharistie, pain vivant descendu du ciel. Union au Christ, augmentation de la vie de la grâce, affaiblissement de nos mauvais penchants, assurance de la vie éternelle.

Cette terre est un lieu de mérites, et conséquemment un lieu de souffrances. Notre patrie, le séjour que Dieu nous destine pour jouir de l’éternel bonheur, c’est le ciel.

Nous avons peu de temps à passer en ce monde :  mais, si ce temps est court, il est rempli de beaucoup de misères : l’homme, né de la femme, a peu de jours et son soûl de tourments (Livre de Job XIV 1). Il faut souffrir; à cette règle, point d’exceptions : justes ou pécheurs, il faut que nous portions chacun notre croix. Celui qui la porte avec patience se sauve, celui qui la porte en murmurant se damne. Les mêmes misères, dit saint Augustin, conduisent les uns en paradis, les autres en enfer.

L’épreuve de la souffrance, dit le même saint, fait discerner dans l’Eglise de Dieu, le bon grain d’avec la paille: le chrétien qui, dans les tribulations, s’humilie et s’accorde à la volonté de Dieu, c’est le grain destiné au paradis ; celui qui s’enorgueillit, s’irrite et abandonne le Seigneur, c’est la paille destinée à l’enfer.

 

 Se couvrir de cendre, c’est donc réaliser une sorte de confession publique mimée : par le langage de cette matière sans vie qui retourne en poussière, l’homme se reconnaît pécheur et fragile, prévenant par là le jugement de Dieu et attirant sa miséricorde. A celui qui avoue ainsi son néant, se fait entendre la promesse du Messie qui vient triompher du péché et de la mort, « consoler les affligés et leur donner, au lieu de cendre, un diadème. (Is 61,2S).

 

 

Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, et convertissez-vous au Seigneur votre Dieu.

 

« Nous, mes frères, à qui le Combattant invaincu a dédié l’auguste pratique du Carême, repoussons nos désirs charnels et matons notre corps par les jeunes, pour nourrir de vertus nos âmes.

Que jeûne en nous le funeste amour du plaisir, que jeûne toute injustice, que jeûne l’odieux esprit de rivalité, renonçons aux festins, mais renonçons plus encore à nos vices.

Soyons tempérants, abs­tenons-nous de vin, pour éviter de céder à l’ivres­se des plaisirs. Que sert en effet d’observer le jeûne quarante jours durant, et de ne pas respec­ter la loi du jeûne ? Que nous sert de déserter les banquets et de passer tout le jour à des procès ? Que sert-il de ne pas manger le pain qui vous appartient, si vous dérobez la nourriture des pau­vres ?

 

Le jeûne du chrétien qui s’impose des pri­vations doit être une nourriture spirituelle. Le jeûne du chrétien doit alimenter la paix, et non pas les querelles. A quoi bon ne pas manger de viande si de ta bouche sortent des injures pires que tous les aliments ? A quoi bon sanctifier ton estomac par le jeûne si les mensonges souillent ta bouche ? Tu n’auras vraiment le droit de fré­quenter l’Eglise, ô mon frère, que si l’usure ra­pace n’a pas égaré et emmêlé tes pas dans ses mortels filets, tu n’auras le droit de prier ton Sei­gneur que si tes prières ne rencontrent pas l’en­vie dans ton cœur, tu n’auras le droit de te frap­per la poitrine que si tu en as chassé toutes les volontés mauvaises. Tu ne donneras un denier au pauvre en toute justice que s’il ne vient pas d’un autre pauvre.

 

C’est là, mes très chers frères, la faim vraiment religieuse, c’est là la nourriture des âmes fidèles à Dieu ; de celles où la chasteté sanctifie le jeûne, où la charité le rend joyeux, où la patience l’em­bellit ; où la bonté le réchauffe, où l’humilité lui donne tout son prix. Autant que nous le pouvons, imitons le Carême du Christ par la pratique de ses vertus, afin d’attirer toujours sur nous, par ces deux jeûnes jumeaux du corps et de l’esprit, la grâce divine. » Saint Maxime de Turin.

T e x t e s   d u   j o u r
H o r a i r e s   d e s   m e s s e s
I N F O