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Homélie de la Solennité de l’Epiphanie du Père Julien PALCOUX

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Solennité de l’Epiphanie 2018

Frères et Sœurs,

La belle fête de l’Epiphanie que nous vivons aujourd’hui se situe chez nous, dans l’Eglise Romaine, à la frontière entre le temps de Noël qui s’achève et le temps ordinaire qui va reprendre son cours.

Je voudrais vous donner quelques aspects historiques de cette solennité parce qu’ils nous permettront de goûter plus en profondeur tout ce que contient cette belle fête. Le premier élément que je vous souhaite vous donner c’est que l’Epiphanie est certainement la date où l’on fêtait à l’origine Noël. D’ailleurs, l’Eglise Orthodoxe a conservé la date de l’Epiphanie comme fête de la naissance de Jésus. Au IVème siècle, l’Eglise Romaine décale de quelques jours la fête de Noël pour la faire coïncider avec le solstice d’hiver, le 25 décembre, fête païenne appelée en latin la fête du Natalis invicti, la renaissance de Soleil. Par ce transfert, l’Eglise entend montrer que le Vrai Soleil, la Véritable Lumière est le Christ Jésus.

Deuxième élément que je souhaite vous donner, c’est que l’Epiphanie, dont le sens signifie manifestation, révélation, consiste en la manifestation du Fils de Dieu au monde. Mais, à l’origine, l’Epiphanie, contient trois manifestations que l’Eglise a choisi de distinguer afin de mieux les honorer et de mieux s’en nourrir. En Occident, on ne retient principalement que la manifestation aux Mages, ce que notre liturgie actuelle a d’ailleurs conservé. Mais ces 3 Epiphanies du Fils de Dieu sont contenues dans l’Antienne des Secondes Vêpres de cette Solennité, que je vous lis : « Nous célébrons trois mystères en ce jour : aujourd’hui l’étoile a conduit les Mages vers la crèche ; aujourd’hui l’eau fut changée en vin aux Noces de Cana ; aujourd’hui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver Alleluia. » Il y a donc 3 Epiphanies : de Jésus aux Mages, de Jésus au peuple d’Israël et à ses disciples avec les Noces de Cana qui marque l’inauguration de son ministère public avec le premier miracle qu’il accomplit, et enfin de Jésus à Jean-Baptiste lors de son baptême. On comprend bien que la fête de l’Epiphanie clôt le cycle de Noël et nous fait entrer dans la Nouvelle Alliance et dans le ministère public de Jésus.

L’Eglise a choisi de distinguer ces 3 Epiphanies. Elle conserve la venue et l’adoration des Mages pour la fête du jour ; dissocie le baptême de Jésus qu’elle renvoie ou au lendemain ou au dimanche suivant (après ce sont des questions de calendrier que feront que…) et place le récit du premier miracle de Jésus, les Noces de Cana, le dimanche suivant dans la liturgie traditionnelle et le dimanche suivant en année C dans la liturgie actuelle.

Alors ces quelques éléments historiques nous aident à saisir la profondeur de la fête que l’Eglise vit aujourd’hui. Maintenant, nous allons surtout porter notre attention sur la démarche des Mages. Le sens en est très simple : il s’agit de dire que le salut apporté par Jésus est universel, pour tous. Pas que pour le peuple Juif. Les Mages, nous dit St Matthieu, viennent de l’Orient. Des païens sont donc associés, dès le début de l’existence humaine de Jésus, au Salut. La démarche des Mages nous montre aussi que la science conduit, lorsqu’elle n’est pas pervertie par l’orgueil, à Dieu. A ce sujet, je souhaiterais m’adresser plus particulièrement aux parents ou grands-parents ici présents. Ecoutez bien ceci. Il ne se passe pas une année de catéchisme sans que les enfants, quels que soient leur année (première, deuxième, etc…ou même aumônerie) nous disent être très mal à l’aise, voire déstabilisés, entre ce que nous leur enseignons au catéchisme sur la Création et le beau discours bien laïc que tiennent des professeurs. Alors, ça commence à bien faire, et c’est cela que je voudrais vous dire pour vous rassurer, vous les parents. Ce que les si bons professeurs ne disent pas, c’est que la plupart des scientifiques, des professeurs, des chercheurs en science, en médecine, quand ils découvrent la complexité, la beauté, voire la perfection de ce qu’ils étudient, se rendent compte et croient qu’il y a une intelligence supérieure qui a pensé et permis tout cela. Je ne suis pas en train de vous dire qu’ils sont tous chrétiens, je vous dis qu’ils sont la plupart tous croyants en Dieu. Et là, c’est une imposture de prendre appui sur leur qualité de professeur pour continuer à opposer la Révélation chrétienne à la Science. On voit les dégâts de l’idéologie sur le savoir… Heureusement tous les professeurs ne sont pas comme cela…

Mais cet exemple assez fréquent nous ramène à la démarche des Mages. Les Mages sont des scientifiques, des gens qui étudient les astres, mais leur intelligence est ouverte à Dieu. Ils ne s’arrêtent pas à l’astre : ils vont à Celui qui est derrière, au Créateur, à Dieu. Se pose alors à nous une première question : à l’image des Mages d’Orient, notre puissance, notre science, nos richesses nous conduisent-elles vers Dieu? Ou sont-elles au contraire un obstacle sur le chemin ? Le propre de la vie chrétienne est d’ordonner à Dieu les dons de Dieu (l’intelligence, la liberté, l’amour, les forces) et de ne pas devenir complice malgré soi du démon qui travaille à désordonner les dons que Dieu nous faits, à les utiliser contre Lui.

Alors que la science perce un tout petit peu les secrets de l’univers, de la nature, l’illusion du savoir aveugle souvent les intelligences au point que les hommes ne rapportent plus l’ordre de l’univers à son Créateur. Pour les humbles, l’étoile de la science est une voie vers la crèche.

La démarche des Mages nous révèle encore une autre caractéristique importante : ils sont humbles, au vrai sens du terme. Certes, leur intelligence est ouverte à Dieu, mais ils sont humbles au sens étymologique du terme humus en latin la terre. C’est-à-dire qu’ils sont capables de s’humilier, de se mettre à terre devant Dieu : «  et tombant à genoux, ils se prosternèrent devant Lui » nous rapporte St Matthieu. Alors se pose à nous une deuxième question : sommes-nous humbles ? Sommes-nous capables de nous mettre à terre devant Dieu ? Est-ce que nous nous regardons en vérité ? C’est cela la véritable humilité : se regarder justement, être capable de se remettre en cause, en question. Ne pas croire que c’est toujours moi qui ai raison, qui ai les bonnes interprétations. Le Seigneur aveugle ceux qui sont sûrs d’eux.

Frères et sœurs, alors que s’achèvent les mystères de la Nativité, centrés autour de la crèche, la question se pose pour nous de savoir si nous avons pu entrer dans l’étable. Ressemblons-nous donc aux bergers et aux Mages ? Avons-nous humilié notre puissance, notre science, nos certitudes, notre richesse devant l’enfant de la crèche ? Si nous trouvons que nous ne l’avons pas suffisamment fait, nous en avons encore le temps puisque le temps de Noël s’achèvera complètement le 2 février avec la Présentation de Jésus au Temple. Puisse la démarche des Mages nous ouvrir plus profondément au mystère de la présence de Jésus dans nos vies. Amen !

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