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Homélie de la messe du 31ème Dimanche du Temps Ordinaire du Père Julien PALCOUX

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31ème Dimanche du Temps Ordinaire

Frères et sœurs,

Je voudrais m’arrêter sur une des critiques que Jésus adresse à l’encontre des Pharisiens, parce que le travers évoqué peut tous nous guetter, qui que nous soyons, et aussi parce qu’il prête le flanc à des contre-témoignages qui sont dangereux pour la crédibilité de l’Evangile et de la foi des chrétiens. Jésus dit au sujet des scribes et des Pharisiens : « Pratiquez donc et observez tout ce qu’ils peuvent vous dire. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas. » Ce n’est pas leur enseignement qui est en cause, car leur enseignement est bon ; mais c’est le fait qu’ils ne l’intègrent pas dans leur vie alors qu’ils exigent des autres qu’ils l’intègrent dans leur propre vie. Nous savons tous combien un enseignement proclamé, lorsqu’il n’est pas intégré dans la vie de celui qui le proclame, constitue un contre-témoignage, voire même un scandale. Les hautes exigences de l’évangélisation actuelle appellent non pas de belles paroles d’un côté ou de beaux témoignages de vie de l’autre, mais elles appellent une belle cohérence entre les discours et les témoignages de vie. C’est cela que les gens extérieurs regardent.

L’adéquation entre ce que nous professons, les valeurs que nous défendons, et notre manière de vivre, est l’enjeu de ce que nous appelons la conversion. Se convertir, c’est laisser nos principes, nos valeurs transformer sans arrêt notre manière de vivre. Alors, aujourd’hui, demandons-nous quelle est la vérité de notre vie ? Quelle vérité avons-nous par rapport à nous-mêmes ? quelle vérité par rapport aux autres ? Que l’on ne puisse jamais dire de nous : « Ils disent, mais ne font pas. »

Nous sommes le premier lieu de notre évangélisation. Bien souvent, nous voyons que dans le monde, chez un tel ou un tel, telle ou telle chose ne va pas ; il est plus facile de voir la paille dans l’œil de son voisin que de voir la poutre dans son propre œil, nous dit Jésus. Eh bien, pour changer le monde, ou bien son voisin, il faut d’abord commencer par soi. Je voudrais ici laisser la parole à une grande sainte qui a reçu de nombreuses lumières sur toutes ces questions de conversion, de correction fraternelle, lorsqu’il s’agit d’aller trouver telle ou telle personne pour aller lui parler. Il s’agit de Sainte Catherine de Sienne dont je vous invite à aller lire Le Dialogue. Au sujet des écarts, des péchés que l’on peut voir chez un frère ou une sœur, le Seigneur lui dit : « Ce que je veux, et ce que vous devez vouloir, toi et mes autres serviteurs, c’est que vous vous connaissiez parfaitement vous-mêmes, afin de mieux connaître ma Bonté en vous. Laissez-moi juger les autres : c’est mon affaire et non la vôtre. Remettez-vous en à moi du jugement qui m’appartient et ne retirez du péché d’autrui que la compassion pour le prochain. Avec un ardent désir, prêchez la vertu, et reprenez le vice en vous et aussi dans les autres. » (Chapitre VI) Nous sommes le premier lieu de notre conversion, de notre évangélisation.

Maintenant, abordons la question délicate d’aller trouver un frère ou une sœur pour lui dire que quelque chose ne va pas chez lui. Je laisse la parole encore à Ste Catherine de Sienne. Le Seigneur la met tout d’abord en garde contre un danger plus répandu qu’on ne le croie. Il lui dit : « Le démon pourrait, sous le manteau de l’amour du prochain, nourrir en ton âme la racine de la présomption, pour te faire tomber dans de faux jugements que je t’ai défendus. Tu croirais juger vrai et tu jugerais de travers, en suivant ton propre avis, et souvent le démon te ferait voir beaucoup de vérités, pour t’induire dans le mensonge. (…) De cela, je te l’ai dit, Moi seul, suis juge. » (Chapitre V Eclaircissement sur le don de discernement).

Une fois cette précision initiale apportée, le Seigneur lui donne plusieurs critères pour entreprendre une démarche de correction fraternelle : « Ne porte jamais un jugement, sans garder une mesure, et la mesure que je t’impose est celle-ci : à moins que je ne t’aie manifesté expressément, et non pas seulement une fois ou deux, mais plusieurs fois le défaut du prochain, tu ne dois jamais en reprendre particulièrement celui en qui il te semble voir ce défaut. Tu dois te contenter de corriger en général les vices de celui qui vient te visiter, et de l’exhorter à la vertu, avec charité et douceur. (…) Te semble-t-il que j’aie manifesté souvent les défaits d’autrui ? Alors, ne parle pas d’un défaut particulier. Tiens-toi au parti le plus sûr, pour éviter la tromperie et la malice du démon. Il pourrait t’amener souvent à juger le prochain, contrairement à ce qui serait la vérité. » (Chapitre V Eclaircissement sur le don de discernement). Premier critère : ne jamais reprendre un défaut en particulier, mais si besoin reprendre de manière générale.

Deuxième critère : s’attribuer à soi-même ce que l’on va reprocher à l’autre. Je laisse la parole à Ste Catherine : « S’il est un vice que tu crois connaître dans le prochain, attribue-le à toi-même en même temps qu’à lui, par une constante et véritable humilité. Et si réellement, il se trouve en cette personne, elle s’en corrigera mieux, en se voyant comprise si doucement. (…) Tu te trouveras ainsi en parfaite sécurité, et tu auras coupé la route au démon qui ne pourra plus t’induire en erreur ni entraîner la défection de ton âme. » (Chapitre V Eclaircissement sur le don de discernement).

Voici, frères et sœurs, quelques pistes pour nous aider à progresser efficacement dans notre propre conversion et dans la conversion de nos frères et sœurs. Voilà comment progresser dans la vérité de notre vie, dans notre adéquation entre l’Evangile et notre manière de vivre, entre nos paroles et nos actes. Puissions-nous ne pas donner prise à de contre-témoignages. Notre témoignage évangélique n’en sera que plus fort et plus fécond. Vous connaissez bien cette parole du psalmiste : « Amour et Vérité se rencontrent. » Nous avons ici dans cette parole deux pistes décisives pour la crédibilité de la nouvelle Evangélisation que l’Eglise appelle de ses vœux : la qualité de l’amour que nous avons les uns pour les autres, la qualité de notre communion : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on verra que vous êtes mes disciples » nous dit Jésus ; et la qualité de vérité de notre vie, la cohérence de notre vie. L’Amour vrai appelle une attitude de vérité ; et la vérité est une exigence de l’amour en même temps qu’elle permet l’Amour. Puissent notre Eglise, notre paroisse, nos communautés grandir dans l’Amour et dans la Vérité. Amen !

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