Paroisse Sainte Marie du Pays de Verneuil » Blog et Site Internet

24 janvier – saint François de Sales : docteur de l’Eglise et fondateur de l’Ordre de la Visitation, 21 août 1567 – 28 décembre 1622.

Saint François de Sales : docteur de l’Eglise et fondateur de l’Ordre de la Visitation, 21 août 1567 – 28 décembre 1622.

« Si les mondains vous demandent pourquoi vous communiez si souvent, répondez-leur que deux sortes de gens doivent souvent communier : les parfaits, parce qu’étant bien disposés, ils auraient grand tort de ne point s’approcher de la source et fon­taine de perfection ; et les imparfaits, afin de pouvoir justement prétendre à la perfection ; les forts, afin qu’ils ne deviennent pas faibles ; et les faibles, afin qu’ils deviennent forts ; les malades, afin d’être guéris, et les sains, afin qu’ils ne tombent pas en maladie ; et que vous, comme imparfait, faible et malade, vous avez besoin de souvent communier avec votre perfection, votre force et voire médecin. Dites-leur que ceux qui n’ont pas beaucoup d’affaires mondaines doivent souvent communier, parce qu’ils en ont souvent la commodité, et ceux qui ont beaucoup d’affaires mondaines, parce qu’ils en ont la nécessité. Et que celui qui travaille beaucoup doit aussi manger des viandes solides et souventes fois. Dites-leur que vous recevez le saint Sacrement pour apprendre à le bien recevoir, parce qu’on ne fait guère bien une action à laquelle on ne s’exerce pas souvent. »

Saint François de Sales, « Introduction à la Vie dévote» (chapitre vingt-et-unième de la seconde partie).

Né de François de Boisy et de Françoise de Sionnaz, François reçut à sa naissance le nom de Sales, du lieu de sa naissance au château de Sales, en Savoie, le 21 août 1567, (près de Thorens-Glières, ville du duché de Savoie et aujourd’hui commune du département de Haute-Savoie). Ses parents l’initièrent de bonne heure aux élé­ments du christianisme et le fruit de cette éducation fut chez François l’horreur du vice et du mensonge. Il fit sa première communion à dix ans, et reçut la confirmation le même jour.

Etudes à Paris et en Italie

Après ses humanités il fut envoyé à Paris pour y étudier la rhétori­que et la philosophie chez les jésuites du Collège de Clermont. C’est là qu’à la fin de 1586 il traversa une terrible tentation de désespoir, due à l’incertitude au sujet de sa prédestination ; il en sortit par un acte de total abandon à Dieu qu’il fit devant Notre Dame de Bonne Délivrance à Paris. Pendant les six ans qu’il séjourna à Paris, les égli­ses et les maisons religieuses furent les seuls lieux qu’il fréquenta. Ses multiples études ne lui firent rien retrancher de ses exercices de piété.

Désireux de lui faire embrasser la magistrature, son père l’envoya ensuite à Padoue, pour y suivre les cours de l’Université. François s’y livra avec ardeur à l’étude de la jurisprudence et de la théologie. Sa vertu y fut mise plusieurs fois à l’épreuve ; mais il en sortit victorieux. En septembre 1591, après de brillants examens, il reçut la couronne et le bonnet de docteur, et rentra dans sa famille.

Le marquis de Sales, son père, voulut qu’il allât à Chambéry pour s’y faire recevoir avocat au Sénat de cette ville. François, qui, déjà était résolu à se consacrer à Dieu, refusa la dignité séculière de sénateur que lui offrit le duc de Savoie ; par contre, il accepta le titre de Prévôt, ce qui le constituait dans l’état ecclésiastique et en faisait le second personnage du clergé de Genève, circonstance qui contribua à obtenir le consente­ment du marquis. Le 13 mai 1593, il revêtit l’habit ecclésiastique pré­paré de longue main par sa pieuse mère ; le 18 septembre suivant il re­cevait le diaconat, et un mois après, il était ordonné prêtre.

Vie sacerdotale, mission et conversion du Chablais

Une partie du diocèse de Genève, le Chablais, avait été ravagée par le protestantisme durant les soixante années d’occupation par les Calvi­nistes (Genève était la « Rome » des calvinistes). Après le retour de ce canton à la Savoie, le duc résolut de ramener la population au catholicisme ; dans ce but, il pria l’évêque de Genève, alors réfugié à Annecy, d’y envoyer des missionnaires doués d’un cou­rage à toute épreuve. François s’offrit à remplir cette mission délicate et périlleuse ; et, malgré l’opposition de son père, il partit résolument.

Un an s’écoula sans voir poindre le moindre espoir de succès. Ne pouvant se faire entendre de gens qui ne venaient pas à ses sermons, François composa des brochures où il réfutait les attaques des ministres protestants. Ces écrits, joints à la vie apostolique menée par le zélé missionnaire, ouvrirent les yeux à plusieurs. Bientôt l’élan fut donné, les conversions se multiplièrent ; et de toutes parts la religion catholique reprit la place que l’hérésie lui avait ravie.

Le père et la mère de François en tressaillirent de joie. Le duc de Savoie, présentant le Prévôt au cardinal de Médicis, le fit en ces termes : « Voici l’apôtre du Chablais ; c’est un homme de Dieu que le ciel nous a envoyé. J’ai bien secondé de mon épée une si sainte entreprise ; mais toute la gloire de cette bonne œuvre est due au zélé missionnaire. » Il fit plus : il le fit nommer Coadjuteur de l’évêque de Genève.

Profitant des hostilités ouvertes entre la France et la Savoie, les pro­testants de Genève, espérant reprendre leurs avantages dans le Chablais, offrirent leurs services à Henri IV. Celui-ci accepta leurs offres, mais refusa d’autoriser le libre exercice du culte protestant dans les territoi­res nouvellement conquis ; bien plus il ordonna au gouverneur de main­tenir intact tout ce qui avait été si heureusement réalisé par François de Sales dans le Chablais. En 1602, les Genevois demandèrent à Henri IV de confirmer leur usurpation sur plusieurs enclaves du pays de Gex ! L’évêque de Genève envoya son coadjuteur à Paris défendre la cause des villages catholiques. Henri IV reçut très favorablement le Coadjuteur, et le renvoya à son ministre Villeroi. Au bout de six mois il vit ses négocia­tions aboutir à un insuccès.

A son retour de Paris, François apprit la mort de Granier, son évê­que. Jusqu’alors, bien que Coadjuteur il avait toujours refusé la consé­cration épiscopale, par mo4destie. Quand on le pressait, il répondait : « Tant que Dieu nous laissera Monseigneur notre Evêque, je ne change­rai ni mon rang dans l’Eglise, ni la couleur de mon habit. »

Il fut sacré le 8 décembre 1603, dans l’église de Thorens, où il avait été baptisé. A partir de ce jour François eu le souci d’engager les réformes demandées par le Concile de Trente (1545-1563)

Même après son sacre, François voulut que la plus grande simplicité présidât à sa maison, et ne voulut jamais consentir à acheter un palais épiscopal. « J’ai du bonheur, disait-il, à penser que je n’ai point de de­meure à moi et que le maître de mon hôtel peut me mettre dehors quand il le voudra; c’est un’ trait de conformité avec Jésus-Christ, mon maître, qui n’avait pas où reposer sa tête. Je veux mourir avec la gloire de n’avoir rien à moi. »

Il dut interrompre ses courses apostoliques pour venir au secours du pays de Gex qui, tout en faisant partie de son diocèse, appartenait à la France, et où les protestants prêchaient la haine du catholicisme. Les autorités françaises, auxquelles eut recours le prélat accordèrent tout ce qui était en leur pouvoir. Cette victoire faillit coûter la vie à l’évêque de Genève : les protestants le firent empoisonner. Réduit à l’extrémité, il fut sauvé par un vœu qu’il fit à Notre-Dame de Thonon.

Henri IV estimait beaucoup François de Sales, et disait : « Monsieur de Genève est vraiment le phénix des prélats. Il y a presque toujours chez les autres quelque côté faible : dans l’un c’est la science, dans un autre la piété ; dans d’autres la naissance ; au lieu que Monsieur de Genève réunit tout au plus haut degré, et naissance illustre, et science rare, et piété éminente. » Il chercha à l’attirer en France, afin de lui donner une position plus en rapport avec son mérite. Mais François remercia le roi de sa bienveillance. Il refusa de même la dignité de Coad­juteur de l’évêque de Paris, que lui offrait le cardinal de Retz : « Le dio­cèse de Genève, disait-il, est la portion de la vigne que Dieu m’a appelé à cultiver ; je ne peux y renoncer sans exposer mon salut. On ne se donne pas à l’Eglise pour faire une grande fortune, mais pour défricher le champ assigné par le père de famille. »

Œuvre de la Visitation

Ce fut en exerçant son ministère en France, en prêchant le Carême à Dijon (1603), qu’il rencontra la baronne de Chantal, avec l’aide de laquelle il allait fonder l’œuvre de la Visitation, pour mettre la vie religieuse à la portée des femmes de faible santé. Une des plus belles créa­tions de l’évêque de Genève. A ses premières religieuses il dira : « Nous commencerons avec la pauvreté, parce que notre Congrégation ne pré­tendra s’enrichir que de bonnes œuvres … Les filles de la Visitation par­ieront toujours très humblement de leur petite Congrégation, et lui préféreront toutes les autres quant à l’honneur et l’estime. Néanmoins elles la préféreront aussi à toute autre quant à l’amour, témoignant vo­lontiers, lorsque l’occasion s’en présentera, combien elles vivent agréable­ment en cet état. Ainsi chacun préfère son pays en amour, non en es­time ; ainsi chaque pilote chérit plus le vaisseau dans lequel il vogue que les autres quoique plus riches. » Les Visitandines joignent la clôture à l’enseignement de la jeunesse.

François de Sales est un de nos grands écrivains du « grand siècle ».

Tout le monde connaît le livre intitulé : « Introduction à la Vie dévote » ; cet ouvrage fit en son temps une sensation prodigieuse, et a été traduit dans toutes les langues. Après plus de quatre siècles, ce chef d’œuvre n’a rien perdu de son intérêt, ni de sa vogue. On peut en dire autant de tous les écrits de ce saint évêque, et particulièrement de son « Traité de l’amour de Dieu » ; moins lu aujourd’hui parce que l’éducation est moins sérieuse, ce dernier écrit est peut-être le plus beau livre de philosophie religieuse que le XVIIe siècle nous ait laissé.

Ses écrits sont destinés aux laïcs, et veulent montrer que la sainteté et la perfection chrétienne ne sont pas réservées aux prêtres ou aux religieux ; tout chrétien est appelé par Dieu à la sainteté. « C’est une erreur, bien plus, une hérésie, de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, du ménage des gens mariés. Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite. Et en quoi consiste cette vie parfaite ? Pour parler le langage de notre saint : qu’est-ce donc « être dévot » ? «  C’est tout sim­plement vouloir faire la volonté de Dieu et, de plus, la faire gaîment. »

Saint François de Sales mourut à Lyon le 28 décembre 1622. Selon ses recommandations, ses restes furent transportés en Savoie et furent solennellement ensevelis à Annecy le 29 janvier 1623.

Il est le saint patron de tous les journalistes et des villes savoyardes d’Annecy et de Chambéry.

Béatification et canonisation

Conformément au décret d’Urbain VIII  selon lequel aucun Serviteur de Dieu ne pouvait bénéficier d’un culte tant que le Saint-Siège ne s’était pas prononcé solennellement, en attendant cinquante ans entre le décès et l’introduction d’une cause en béatification, la cause de M. de Genève avait dû attendre ce délai, qui prenait fin en 1662 exactement. Néanmoins, le Clergé de France n’avait pas attendu pour demander l’exaltation de l’évêque savoyard, puisque l’assemblée du Clergé de France écrivit au pape, le 19 août 1625 (trois ans après la mort de l’intéressé) : 

« Accordez donc, Très-Saint-Père, aux prières de notre assemblée et aux vœux unanimes de tous les peuples, l’effet de nos demandes, et puisque Votre juridiction s’étend jusqu’au ciel, ne tardez pas à déclarer la béatification de notre très-cher et très-respectable confrère, afin que ce qui n’a été jusqu’ici l’objet que d’une opinion humaine, mais universelle, et qui paraît bien fondée, acquière par Votre décret le degré de certitude nécessaire pour autoriser notre culte et pour affermir notre confiance ».

À peine nommé sur le siège d’Évreux, Mgr de Maupas fut choisi par les évêques de France et envoyé par le Roi à Rome pour presser le procès de Mgr François de Sales. Il reçut les consignes du roi à Fontainebleau en septembre 1661 et arriva à la Ville éternelle début décembre, accompagné par Mgr Simon Legras, évêque de Soissons. Henri-Marie Boudon, archidiacre et vicaire général d’Evreux, est alors investi par son évêque de la plénitude de son autorité pour gouverner le diocèse durant son séjour à Rome.

Le décret de béatification fut signé le 28 décembre 1661, son dies natalis, trente-neuf ans auparavant, et le 8 janvier 1662 avait enfin lieu la béatification tant attendue de Mgr de Sales. Le Pape voulut que Mgr de Maupas, en qualité de député du clergé de France, célébrât pontificalement la Messe en cette solennité, sur l’autel même de la Confession de la basilique Saint-Pierre, grâce insigne rarement accordée, cet autel étant réservé au Souverain Pontife. Il s’agissait de la première béatification de l’histoire de l’Église.

A son retour triomphale, Mgr de Maupas installa un autel dédié à S. François de Sales en sa cathédrale d’Evreux, il faisait face à la porte de la grande sacristie (aujourd’hui remplacé par l’oratoire à Notre-Dame de Lourdes). Le prélat rapporta de Rome comme relique une chasuble en satin vert et une mule de saint François de Sales. Il en fit don au Séminaire où la chasuble ne servait qu’à la fête de l’évêque de Genève. Trois années après cet évènement, Mgr de Maupas fut également choisi par les évêques de France pour le procès de canonisation.

Bref, ouverture du procès en béatification par le Saint-Siège en 1626, béatifié le 8 janvier 1662 (première béatification de l’histoire de l’Église), canonisé le 19 avril 1665 par Alexandre VII, déclaré Docteur de l’Église en 1877 comme “ Docteur de l’amour

Patronages

N’épargnant rien pour annoncer l’Evangile : ni visites dans son diocèse, ni catéchèses des petits enfants, ni visites aux condamnés, ni voyages apostoliques… [C’est l’époque où l’Église romaine, face au protestantisme et à la doctrine de la prédestination, reprend courage et se lance dans le grand mouvement de la Contre-Réforme], il entreprend d’écrire des lettres personnelles aux gens qu’il ne peut atteindre. Puis il fait appel à l’imprimerie pour éditer des textes qu’il placarde dans les endroits publics et distribue sous les portes. Ces publications périodiques imprimées sont considérées comme le premier « journal » catholique du monde, et c’est pourquoi François de Sales est le patron des journalistes depuis 1923. Furent ainsi publiés les « Méditations », les « Épîtres à Messieurs de Thonon » et les « Controverses ». Et pour toucher les illettrés, il se met à prêcher sur les places, au milieu des marchés.

Il est également le saint patron des sourds-muets parce qu’il a pris sous sa protection pendant 17 ans (jusqu’à sa mort) le sourd-muet Martin, et l’a lui-même patiemment enseigné et catéchisé.

François de Sales a réellement modelé la piété catholique à partir du premier tiers du XVIIe siècle par ses écrits mais aussi en fondant ou encourageant les confréries : 

« Il leur est nécessaire de s’allier les uns aux autres par une sainte et sacré amitié ; car par le moyen de celle-ci ils se motivent, ils s’aident, ils s’invitent mutuellement au bien. »

* * *

Florilège

– Soyez, disait-il, le plus doux que vous pourrez, et souvenez-vous que l’on prend plus de mouches avec une cuillerée de miel qu’avec cent barils de vinaigre. S’il faut donner en quelque excès, que ce soit du côté de la douceur.

– Il faut fleurir là où on est semé.

– Un saint triste est un triste saint.

Qui a Jésus dans son cœur, ne tardera pas à l’avoir en toutes ses actions extérieures…. Qui de l’homme gagne le cœur, gagne l’homme tout entier.

– L’on peut arriver à un chemin de sainteté non seulement dans un monastère, en clôture ou dans la vie religieuse, mais dans tout état de vie, selon le mode propre à cet état de vie.

– On a beau dire, mais le cœur parle au cœur, la langue ne parle qu’aux oreilles.

– Très douce Vierge, donnez-moi toutes vos vertus, surtout l’humilité.

Rendez-vous fort familière avec les anges ; voyez-les souvent invisiblement présents à votre vie, et surtout aimez et révérez celui du diocèse dont vous êtes, ceux des personnes avec lesquelles vous vivez, et spécialement le vôtre ; suppliez-les souvent, louez-les ordinairement, et employez leur aide et secours en toutes vos affaires, soit spirituelles soit temporelles, afin qu’ils coopèrent à vos intentions. Saint François de Sales, « Introduction à la Vie dévote »

Ephéméride du 24 janvier :

En 1861, entrée à l’Académie française du père Henri Lacordaire, religieux qui restaura en 1839, en France, l’ordre des Dominicains, supprimé en 1790. Elu au fauteuil 18, le 2 février 1860, il prononce son discours de réception le 24 janvier suivant, faisant l’éloge d’Alexis-Henri-Charles Clérel, vicomte de Tocqueville à qui il succède.

Il termine : « Quand vos suffrages m’ont appelé à l’improviste parmi vous, je n’ai pas cru entendre la simple voix d’un corps littéraire, mais la voix même de mon pays m’appelant à prendre place entre ceux qui sont comme le sénat de sa pensée et la représentation prophétique de son avenir… Je ne pouvais recevoir sur la Terre une plus haute récompense que de succéder à un tel homme pour l’avancement d’une telle cause. »

T e x t e s   d u   j o u r