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Homélie de la messe du 30ème dimanche du Temps Ordinaire du Père Julien PALCOUX

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30ème Dimanche du Temps Ordinaire

Frères et sœurs,

 

Au premier abord, il semble que le principal dans cet Evangile réside dans la guérison de l’aveugle Bartimée. On retrouve la thématique de la guérison et de la foi qui permet la guérison et donne accès à une vie nouvelle. Mais, je voudrais attirer votre attention sur une autre réalité présente dans cette page d’évangile qui réside, non dans la cécité de Bartimée, mais dans la surdité de la foule qui suit Jésus. La foule est sourde. Elle n’entend pas et ne veut pas entendre le cri de Bartimée qui appelle Jésus. Bien plus, elle intime le silence à Bartimée. Il dérange et doit se taire. En fait, si l’on peut se réjouir qu’une foule nombreuse suive Jésus, on doit s’interroger sur sa surdité. Pourquoi n’entend-t-elle pas Bartimée ? Elle est certainement concentrée sur Jésus dans une logique très personnelle, dans une logique de consommation : Jésus est à moi, voilà ce qu’il m’apporte. La logique de la foule est essentiellement égocentrée : elle est tournée vers elle, mais n’a aucun souci des autres. Or, le propre de la foi chrétienne n’est pas d’être tourné vers soi, mais d’être tourné et attentif aux autres. Un chrétien ne peut pas ne pas se soucier du salut des autres, et encore moins ne pas entendre ceux qui appellent Jésus ! Le problème aujourd’hui est que, contaminés par la mentalité d’individualisme et de relativisme, nous n’avons plus le souci du salut des autres contrairement à d’autres époques. La perspective du Salut, quand elle est présente, est essentiellement personnelle.

La première Bonne Nouvelle de cet Evangile est d’abord que Jésus entend tous ceux qui l’appellent, tous ceux que l’on cherche à étouffer. Nul n’est trop loin, ou trop en marge pour ne pas être entendu par Jésus.

La deuxième Bonne Nouvelle de cet Evangile est que Jésus convertit la foule qui fait obstacle, qui fait écran. Il la convertit en la mettant au service de l’appel de Dieu. Il la rend participante.

Demandons-nous ce matin si nous-mêmes nous ne sommes pas parfois un obstacle pour d’autres à la rencontre de Dieu ; demandons-nous si nous permettons et favorisons la rencontre avec Jésus. Sommes-nous capables d’être appelants ? et de dire à d’autres : « Confiance ; lève-toi. Il t’appelle. » Là réside le véritable signe de l’authenticité de  notre vie chrétienne.

 

« Devenir serviteurs de la rencontre avec le Christ », voilà la véritable mission du chrétien. Si notre mission dans la paroisse ne consiste qu’à accomplir des tâches qui doivent être faites ; si notre mission de parents ne consiste qu’à éduquer nos enfants, si dans notre travail, nous ne cherchons qu’à accomplir ce que nous avons à faire, nous passons à côté de ce que l’on attend d’un chrétien. Bien sûr, il faut bien faire ce que nous avons à faire, en paroisse, en famille, dans notre travail. Mais la question à nous poser est celle-ci : est-ce que, là où je suis, là où je vis, j’ai permis à d’autres, à mes enfants, de rencontrer Jésus ? Cette question peut paraître simple, mais regardez bien dans les faits…Trop souvent, on réduit l’acte religieux à un acte social. Les chrétiens doivent aider à construire le bien ; à donner à manger à celui qui a faim, à vêtir celui qui est nu. Oui, c’est évangélique. Mais demandons-nous aussi : est-ce que, au-delà du service, j’aide à rencontrer Jésus ? La force du catholicisme social, des mouvements d’action catholique d’après-guerre est qu’ils étaient des mouvements réellement catholiques, permettant de conduire à Dieu et de faire découvrir Dieu…Mais, trop souvent, la dimension religieuse, chrétienne, a été combattue, s’est effacée, pour ne laisser place qu’à des mouvements de type sociaux, certes d’inspiration chrétienne, mais plus forcément chrétiens au sens où ils n’ont plus pour objectif de conduire à Dieu. Pour beaucoup, ces mouvements ont perdu leur identité, leur spécificité chrétienne. La foule qui suit Jésus dans l’Evangile est aussi l’image de l’Eglise, qui parfois peut être un obstacle, mais qui est aussi l’intermédiaire par qui Jésus passe pour faire entendre son appel : « Appelez-le ! » dit Jésus à la foule. Jésus passe par l’Eglise. Les mouvements chrétiens d’inspiration sociale sont par nature intimement  liés à l’Eglise et ne peuvent être des organismes contestataires et sans arrêt critiques de l’Eglise.

Au-delà du service rendu, l’objectif est de permettre à la personne qui appelle Jésus de le rencontrer pour que Jésus puisse lui dire : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » C’est le plus beau service à rendre à celui qui appelle Jésus. Car c’est d’abord Lui qui agit. La rencontre authentique avec le Christ implique à  un moment donné de se retirer pour laisser le Christ agir. Dans l’Evangile, nous voyons bien qu’il y a deux temps : tout d’abord la rencontre avec Jésus ; puis dans un deuxième temps la guérison.  Ce qui nous appartient c’est de mettre en relation avec Dieu ; ce qui appartient à Dieu, c’est de répondre à la prière et aux demandes.

 

La rencontre avec Jésus se termine par la guérison de Bartimée et par cette parole de Jésus : « Va, ta foi t’a sauvé. » Je voudrais m’arrêter un peu avec vous sur cette parole de Jésus : « Va, toi foi t’a sauvé. » Jésus nous montre que le ressort principal qui doit jouer dans notre vie chrétienne, dans notre vie de prière est la foi. Plus nous engageons notre foi, plus nous permettons à Dieu d’agir. Moins nous l’engageons, moins Dieu peut agir en nous. On entend trop souvent aujourd’hui dire parmi les chrétiens : « Je n’ai plus la foi » ; ou encore « J’ai des doutes dans ma vie de foi ; des questions. » Oui, enfin tout cela est normal. La foi n’est pas ce qui empêche toute question, toute interrogation, tout doute. Au contraire ; la foi les permet. Il est en fait bien plus difficile d’avoir la foi que de ne pas l’avoir. Ceux qui ont rejeté la foi parce qu’elle ne correspondait pas à ce qu’ils vivaient dans leur vie se sont en fait simplifié la vie en enlevant la tension propre à la foi. En revanche, ce que l’on a oublié, c’est l’importance de poser dans ma vie des actes de foi. Un acte de foi est un acte que je pose, dans une situation humaine particulière, où je fais le choix de croire que Dieu est avec moi, qu’Il connaît ma situation, et qu’Il va intervenir. L’acte de foi présuppose une situation humaine délicate et il assume toujours un certain risque. En dehors de ces conditions humaines (incertitude et risque) il ne peut y avoir de véritables actes de foi. Or, chers frères et sœurs, la foi grandit par des actes de foi que je pose. Plus j’en pose, plus je permets à ma foi de grandir. C’est comme la forme physique. Pour être en forme, il faut entretenir sa condition physique. Et c’est cela qui entretiendra votre forme physique. Il en va exactement de même pour la foi. Arrêtons de nous morfondre sur notre foi ; entretenons-la, nourrissons-la (par la prière, par les sacrements) et posons des actes de foi. Et là, nous ferons l’expérience, comme Bartimée, que notre foi nous a sauvés. Gardons dans notre cœur que, par un acte de foi, nous permettons à Dieu d’agir ; sans acte de foi, nous ne lui permettons pas d’agir.

A la fin de la rencontre entre Bartimée et Jésus, Bartimée retrouve la vue et il suit Jésus. Bien sûr, il y a guérison physique ; il y a miracle. Mais il y a aussi pour Bartimée une toute nouvelle vision de la vie, et des réalités qui l’entourent parce que maintenant, il vit avec la foi et par la foi. Il voit tout différemment. Il a la certitude que Dieu existe, qu’Il intervient et qu’Il agit pour le bien dans sa vie. Il entre dans une vie nouvelle.

Que cette rencontre entre Jésus et Bartimée renouvelle notre propre foi ; qu’elle nous rende attentifs à permettre ce beau cadeau à ceux qui ne sont pas chrétiens ou qui sont des chrétiens de culture, ce beau cadeau qui est de rencontrer personnellement Jésus et à permettre à ces personnes d’entendre cette parole de Jésus : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » La nouvelle évangélisation passe par notre conversion : devenons les intermédiaires, des serviteurs de la rencontre avec Dieu comme St Jean-Baptiste l’ a été pour ses contemporains, sachant aussi se retirer à un moment donné, pour ne pas faire écran à la rencontre avec Dieu. Amen !

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