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Homélie de la messe du 3ème dimanche de Carême du Père Julien PALCOUX

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3ème dimanche de Carême Année A

Frères et sœurs, 

            L’Evangile que nous venons d’entendre est très, très riche. Je voudrais le méditer avec vous dans la perspective du temps de Carême que nous vivons, mais aussi dans la perspective de la préparation au baptême de deux catéchumènes de la paroisse qui seront baptisés dans la nuit de Pâques avec plusieurs enfants, et le lire en tenant compte de la réflexion de notre paroisse sur la démarche synodale et plus particulièrement sur la question de la mission et de la nouvelle évangélisation.

            Partons tout d’abord de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine. Jésus a soif et demande à la Samaritaine de lui donner à boire. La Samaritaine aussi a soif puisqu’elle vient puiser de l’eau. Evidemment, on comprend que la Samaritaine a soif et physiquement et spirituellement. Elle a eu 5 maris  et elle vit avec un autre homme ; elle sait bien que sa vie est décousue. Sa vie actuelle ne la satisfait pas, ne la satisfait plus. Elle a soif d’autre chose : « Seigneur donne-la-moi, cette eau : que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » Elle se situe sur les deux registres : la soif naturelle et la soif surnaturelle.

            D’emblée, cet échange nous fait réfléchir sur nos propres soifs. En ce temps de Carême, en ce temps de désert, nous devons nous demander de quoi avons-nous soif. Une de choses que nous apprend le dialogue avec la Samaritaine, c’est que derrière nos soifs humaines, nos soifs naturelles, se cache la soif de Dieu. Et c’est précisément ce que Jésus réussit à faire ressortir chez cette femme : Il vient mettre à jour sa soif de Dieu, son désir de Dieu. Désir de Dieu, enfoui sous la sensualité, sous cette quête d’amour :  5 maris et son compagnon actuel, soif de Dieu, enfouie sous l’amour humain !

            Derrière toutes nos soifs, qu’elles soient naturelles, excessives, déviées, gît la soif de Dieu. Regardez la première lecture. Le peuple Hébreu dans le désert a soif. Soif d’eau, oui, mais aussi soif de Dieu. Il vient de perdre toutes ses sécurités humaines qui résidaient dans l’aliénation égyptienne (nourriture, travail), et doit maintenant marcher par lui-même sous le regard de Dieu qui semble absent.

            Frères et sœurs, aujourd’hui comme hier, l’homme a toujours soif de Dieu. Mais simplement, on essaye de le masquer. On tente, en étanchant les soifs de notre humanité, (soif de bonheur que l’on recherche par une vie égocentrée dont le principe est de satisfaire ses propres désirs, ses propres instincts, son propres ego), on tente d’étouffer la soif de Dieu. Il en va de même dans la société actuelle : on tente de répondre aux différentes soifs de l’homme, mais en effaçant Dieu à chaque fois. Il en va comme cela à l’école, dans le domaine des soins, dans le domaine politique, dans le domaine social, domaines autrefois initiés et assumés par l’Eglise. Aujourd’hui, on étouffe la soif de Dieu.

            Or la soif de Dieu, c’est Dieu seul qui peut y répondre et qui peut l’étancher. Toutes les autres soifs entretiennent une dépendance ; seul Dieu peut étancher et satisfaire la soif de l’être humain. 

            C’est là, frères et sœurs, qu’à l’heure où nous réfléchissons sur la nouvelle évangélisation, sur la mission, Jésus vient nous éclairer. Jésus fait ressortir à travers son échange avec la Samaritaine la soif de Dieu qui sourd au fond de son cœur. Bien sûr, il y a le désir d’étancher la soif naturelle ; mais, Jésus fait naître ou renaître la soif de la vie éternelle : « Mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que le lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. » En fait, Jésus fait resurgir le désir de Dieu du fond de son cœur en parlant de Dieu. Et clairement. Il est homme de Dieu, qui parle de Dieu et qui annonce Dieu.

Voilà, frères et sœurs des pistes concrètes pour évangéliser dans nos familles, dans nos quartiers, dans nos relations, dans notre travail : est-ce que nous parlons de Dieu ? Est-ce que nous sommes capables de dire ce qu’Il nous apporte ? Est-ce que nous savons, ou est-ce que nous essayons de faire surgir le désir ou la nostalgie de Dieu chez nos interlocuteurs ? Jésus ne s’embarrasse pas de parler à une Samaritaine, à une femme. Il se place au-dessus des clivages. Le principal, c’est de faire surgir le désir de Dieu, le désir de vie nouvelle chez cette femme ! Ce n’est pas de savoir si un Juif peut parler ou non à une Samaritaine. Voyez-vous, il y a ici un appel à dépasser tous les clivages internes à l’église, aux paroisses. Trop souvent nos paroisses se fourvoient dans des querelles internes (querelles liturgiques, querelles de pouvoir, querelles de point de vue…)La nouvelle évangélisation doit laisser de côté ces querelles d’un autre temps !

            L’Evangile nous apprend une autre chose importante. C’est que, lorsque l’on travaille à faire surgir le désir de Dieu, alors il y a du travail pour tout le monde sans que l’on se marche sur les pieds. Il y a du travail pour ceux qui vont semer ; il y a du travail pour ceux qui vont récolter ! C’est Jésus lui-même qui le dit : « Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire ; il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit avec le moissonneur. Il est bien vrai le proverbe : ‘L’un sème, l’autre moissonne.’ » L’épisode de la Samaritaine nous apprend en outre que, lorsque le désir de Dieu existe, alors la rencontre avec Dieu se produit, et elle est contagieuse. La Samaritaine retourne dans son village et invite Jésus à y rester en même temps qu’elle amène plein de monde à Jésus.

             Alors, j’ai parlé jusqu’ici de la soif de la Samaritaine. Mais Jésus aussi a soif. Jésus a soif physiquement ; mais Jésus a soif aussi d’accomplir la mission de son Père comme Il le dit lui-même : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. » Sur la croix aussi Jésus aura soif : « J’ai soif » dura-t-il, juste avant de mourir. En fait, l’épisode de la croix vient éclairer la nature de la soif de Jésus. Jésus assume toutes les soifs de l’homme; sur la croix, Il présente à son Père toutes ces soifs qui souvent s’égarent, ne se dirigent pas vers la source qu’est Dieu…et en même temps, Il répond à la soif de l’homme en se donnant lui-même. Il est à la fois celui qui présente, celui qui offre, et celui qui répond et qui se donne. Il donne à notre humanité la possibilité d’étancher sa soif. Du reste, au moment de sa crucifixion, s’écouleront de son côté de l’eau et du sang : signes tous deux des sacrements du baptême et de l’Eucharistie. Cette eau qui désaltère, qui abreuve, qui donne la vie éternelle, c’est l’eau du baptême ! Le don du baptême coule du côté de Jésus crucifié et vient répondre au désir de Dieu au plus profond du cœur de l’homme.

Samedi soir et Dimanche matin :

Frères et sœurs, demandons au Seigneur qu’Il fasse renaître en nous le désir de Dieu au travers de toutes ces multiples soifs qui peuvent habiter notre cœur, et parfois l’envahir. Amen !

Dimanche, messe des scrutins :

Frères et sœurs, c’est pour préparer leur âme, leur corps et leur esprit à ce don du baptême que nos deux amies catéchumènes vont maintenant se laisser regarder par Dieu qui va venir fortifier leurs dispositions intérieures, purifier leur être de toutes ces soifs qui égarent et dispersent, ainsi que les affermir contre les manœuvres du démon qui s’agite dès qu’un cœur choisit de marcher vers Dieu.

Puisse l’Esprit-Saint venir fortifier en elles et en nous le désir de Dieu. Amen !

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