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Homélie du 23ème Dimanche du Temps Ordinaire du Père Julien PALCOUX

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23ème Dimanche du Temps Ordinaire

Frères et Sœurs,

Nous entendons une parole de Jésus bien dure, mais aussi bien édulcorée : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » Je dis édulcorée car le texte latin comme le texte grec disent littéralement : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère etc… » Il est clair que Jésus cherche à marquer les esprits en employant ce terme. Et il est évident que Jésus ne nous demande pas d’haïr ou de ne pas aimer son père, sa mère, son frère, sa sœur. Ce serait contraire à l’Evangile, rassurez-vous ! Mais, que veut nous dire Jésus en disant les choses de cette façon ? La traduction française entre déjà dans l’interprétation en nous disant « préférer ».

Je crois que Jésus nous redit deux choses importantes. La première : Il nous demande de l’aimer en premier, avant les autres. Pourquoi ? Parce qu’Il est la source de tout amour et que c’est Lui qui nous apprend à aimer. Il nous invite à aimer comme Dieu. Regardons un peu dans nos vies : les personnes que nous aimons bien ; celles que nous avons plus de mal à aimer. Même par rapport aux personnes que nous aimons bien, nous ne les aimons pas forcément comme Dieu. Il arrive bien souvent que l’être humain aime à sa manière, mais pas toujours selon Dieu. Dieu, Lui, fait toujours progresser dans l’Amour ; à la condition de le suivre évidemment.

La deuxième chose : Il nous demande de ne pas le mettre de côté ; bien plus, Il nous demande de le choisir en premier et de le placer en premier. Très concrètement, Jésus nous invite à faire des choix dans lesquels Dieu passe en premier. On peut être chrétien, disciple de Jésus sans Le faire passer en premier, sans Le choisir. Or, Jésus s’adresse à ceux qui le suivent, donc à ceux qui sont ses disciples. Et c’est à eux qu’Il demande de le faire passer en premier. Frères et sœurs, à l’occasion de la rentrée scolaire, de la reprise des rythmes de vie, de la rentrée paroissiale, regardons quel temps, quelle place nous offrons à Dieu. N’attendons pas l’Avent ou le Carême pour nous pencher sur cette question. Profitons de la recomposition de nos rythmes de vie pour placer Dieu en premier. A ce sujet, je rappelle aux personnes habitant Verneuil qu’il y a tous les matins à l’église Notre-Dame du mardi au samedi une demi-heure d’oraison suivie de l’office des Laudes. De manière plus générale, regardons aussi lorsque nous avons des choix à faire, quelle disponibilité nous offrons à Dieu pour l’écouter.

« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » Cette parole de Jésus se trouve éclairée par une autre qui suit : « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens, ne peut pas être mon disciple. » Détachement des personnes ; détachement des biens : Jésus nous invite à des renoncements. C’est le sens des petites paraboles que nous avons entendues : celle de la construction de la tour et celle de l’homme qui part en guerre. Par ces deux exemples, Jésus nous fait remarquer que nous avons du bon sens dans notre vie. Nous faisons preuve de réalisme, nous ordonnons nos moyens à la fin que nous recherchons. Nous calculons pour savoir si nous avons les moyens de mener un projet à son terme, et, si ce n’est pas le cas, nous sommes capables de changer notre fusil d’épaule et de nous raviser. Il y a un appel à utiliser notre intelligence, notre lucidité, notre bon sens pour les choses de la foi ; mais, je crois que la pointe est surtout qu’il faut être lucide sur les renoncements à faire pour être disciple de Jésus. Cela peut paraître exigent, surtout dans un contexte de concessions et de compromis tel que nous le connaissons dans la société actuelle, parce que nous ne reconnaissons pas notre fondement commun. Mais, c’est surtout du bon sens ! Quand un homme se marie et dit « oui » à une femme, cela implique qu’il dit « non » aux autres. Enfin, c’est comme ça dans le mariage chrétien, dans le mariage français. Nos « oui » sont à la mesure de nos « non ». Et lorsque l’on est chrétien, il y a des choses que l’on ne peut pas accepter ; ce n’est pas de l’intransigeance, c’est de la cohérence. Mais nous sommes dans un monde qui détruit sa cohérence.

Pour autant, frères et sœurs, il faut se réjouir de la jeunesse chrétienne qui arrive. Elle est vraiment signe d’espérance. Les enfants qui sont catéchisés, les jeunes étudiants, qui sont réellement chrétiens, personnellement, sont par nature obligés de s’affirmer dans une société où les identités sont diluées. Un jeune chrétien aujourd’hui qui ne s’affirme pas ne tiendra pas. Et cette génération, ceux qui tiennent, qui sont fidèles, prennent davantage la mesure des renoncements à intégrer dans leur vie en cohérence avec leur foi. Alors, ils ne sont pas toujours bien compris par les générations qui les précèdent. Ils sont rétros. En fait, pas du tout ; ils sont des jeunes de leur temps, qui grandissent dans une société difficile, mais ils seront les chrétiens solides de demain. Quel décalage entre cette génération et par exemple les parents venant demander un baptême à l’Eglise. Alors là, on est très loin d’une vision claire sur les renoncements à assumer en cohérence avec sa foi.

En ce dimanche, demandons-nous quels renoncements nous sommes appelés à vivre, dans nos relations, nos biens, nos occupations, pour que notre « oui » soit toujours plus un « oui » à Dieu.

Pour compléter cette réflexion sur les renoncements, il me semble important de préciser ceci. Les renoncements que nous sommes appelés à vivre ne sont pas des renoncements d’auto-mutilation, d’auto-flagellation ou de type masochiste. Ils sont en fait porteurs d’une fécondité divine. Là se situe la différence entre des renoncements portés dans et par la foi, qui sont porteurs de vie, et des renoncements égocentrés qui renferment sur soi. Ces renoncements sont féconds parce qu’habités par la puissance de la croix. Il en est ainsi du célibat consacré par exemple. Lorsqu’on parle de la fécondité de nos renoncements, on pense souvent à la croix ; au sens qu’on peut donner ou découvrir dans la souffrance. St Paul évoque dans la deuxième lecture un autre type de fécondité, en lien direct avec les renoncements auxquels Jésus invite : « son père, sa mère, son frère, ses sœurs. » St Paul fait l’expérience d’un autre type de relation humaine et spirituelle entre ceux qui partagent la même foi, au point qu’il écrira au sujet d’Onésime qu’il envoie à Philémon : « Je t’envoie Onésime, mon enfant à qui, en prison, j’ai donné la vie (…) ; c’est vraiment un frère bien-aimé pour moi ; il le sera encore plus pour toi aussi bien humainement que spirituellement. » St Paul fait l’expérience de la fécondité chrétienne des renoncements qu’il vit. Ce type de relation est ce qui constitue, devrait constituer, les relations internes au sein même de l’Eglise.

Frères et sœurs, dépoussiérons les images toutes faites, les caricatures liées aux renoncements chrétiens. Ils sont le gage et la force des « oui » que nous offrons à Dieu. Prions pour ceux qui peinent à dire « oui » à Dieu, pour ceux qui s’enlisent dans des compromissions de toute sorte et qui perdent leur liberté. Amen !

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