Après neuf siècles de présence quasi ininterrompue, l’abbaye de la Trappe (Orne) pourrait voir ses moines partir d’ici 2028, confrontée à la crise des vocations et au poids du patrimoine. Ce possible départ, symptôme d’un déclin généralisé des communautés trappistes en France, marque une page d’histoire qui se tourne, tout en ouvrant une réflexion sur l’avenir spirituel du lieu.
L’abbaye de la Trappe (Orne), va-t-elle se vider de ses moines ? Dans un communiqué publié le 6 mars 2026, la communauté a annoncé « envisager un départ à l’horizon 2028 ». Cette décision fait suite à « un long discernement », peut-on lire. Les moines évoquent à la fois « la rareté des vocations et la charge de plus en plus lourde du patrimoine foncier », qui rendent de plus en plus difficile leur maintien dans les lieux.
Pour ce qui est de l’avenir de l’abbaye, les frères indiquent qu’une réflexion est en cours, avec d’autres communautés, « pour trouver des solutions plus adaptées, plus pertinentes économiquement et spirituellement ». L’objectif serait donc d’y maintenir une vie spirituelle et consacrée. « Le contexte est dur, depuis plusieurs décennies déjà, et bien d’autres abbayes ont déjà changé de mains », fait remarquer le communiqué, qui ajoute que « si ce n’est pas une catastrophe, c’est évidemment une page d’histoire qui s’apprête à se tourner. »
900 ans d’histoire
Et pour cause. Ce départ mettrait fin à neuf siècles de présence des moines trappistes. Cette abbaye normande a été fondée en 1140 dans le village de Soligny-La-Trappe et a vu naître l’ordre cistercien de la Stricte Observance avec l’arrivée au monastère d’Armand de Rancé en 1663. Guerre de Cent ans, Révolution française, suppression de tous les couvents trappistes sous Napoléon en 1811, Première puis Seconde guerre mondiale… L’abbaye a résisté, au fil des siècles, à bien des épreuves. Les trappistes y ont suivi la règle de saint Benoît – Ora et Labora (Prie et travaille) -, menant une vie contemplative partagée entre la prière et le travail de leurs mains. Au XIXe et XXe siècles, les frères avaient développé un véritable savoir-faire agricole, maintenu jusqu’en 2026, bien que moins important. Le départ s’annonce d’autant plus douloureux que la communauté « a noué des liens étroits avec son entourage : les voisins, le village, le diocèse », écrivent encore les moines, qui demandent « compréhension » et « soutien dans cette étape importante de leur cheminement ».
Plusieurs abbayes françaises connaissent actuellement le départ de leurs moines ou la fermeture de leurs portes, principalement à cause du manque de vocations. En Mayenne, l’abbaye Notre‑Dame du Port‑du‑Salut a annoncé le départ de ses moines en 2025, la communauté ne comptant plus que six membres, tous âgés. Dans le Maine‑et‑Loire, l’abbaye Notre‑Dame de Bellefontaine a également fermé en 2025, illustrant le déclin progressif des communautés trappistes en France. Toutefois, une nouvelle communauté de douze moines bénédictins, venus de l’abbaye Sainte‑Madeleine du Barroux (Vaucluse), doit s’installer à Bellefontaine au printemps ou à l’été 2026 pour y relancer la vie monastique traditionnelle.
En juin 2024, les trappistes de l’abbaye Notre‑Dame d’Oelenberg ont aussi quitté les lieux, mettant fin à la vie monastique dans cette communauté historique. Si la messe continue d’y être célébrée, il n’y a désormais plus de communauté monastique sur place.
ALETEIA