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Homélie de la messe de la Sainte Famille du Père Julien PALCOUX

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Fête de la Sainte Famille

Frères et Sœurs,

Aujourd’hui nous prolongeons la Fête de la Nativité du Fils de Dieu en contemplant la famille dans laquelle Dieu a voulu naître. Je dis bien, « dans laquelle Dieu a voulu naître » et non « dans laquelle Dieu est né ». Car la naissance de Jésus dans une famille d’Israël est voulue par Dieu. Dieu, qui est tout-puissant, aurait pu procéder différemment. Mais il n’en a pas été ainsi. Il en va comme pour l’Institution de l’Eucharistie par Jésus. L’Institution de l’Eucharistie aurait pu ne pas avoir lieu au soir du Jeudi Saint, cela ne changeait rien au mystère pascal. Mais, il n’en a pas été ainsi. Donc, à travers ces faits, ces actes, Dieu nous dit quelque chose. Que nous dit-Il ?

Le premier enseignement que l’on peut en tirer est que Dieu sanctifie la famille et en fait un modèle. Il nous révèle ainsi que la meilleure cellule, la meilleure structure, pour aimer et pour accueillir la vie est la famille composée d’un homme et d’une femme. C’est dans cette structure que Dieu a voulu naître. Nous pouvons même aller plus loin. Les Ecritures ne disent pas grand-chose de Joseph, si ce n’est qu’il est le protecteur de la Sainte Famille ; on ne sait pas par conséquent à partir de quand il disparait ; mais on sait que Jésus va connaître un certain temps une famille éprouvée par le deuil (avec la mort de Joseph), ou dit autrement, Jésus va connaître un certain temps ce qu’est une famille monoparentale. Ma réflexion n’a pas pour but d’exclure les familles monoparentales ni les familles décomposées-recomposées, mais elle a pour but d’éveiller le sens politique des baptisés au fait qu’il ne faut pas seulement accompagner d’autres visages de famille (ce que nos politiques font depuis plusieurs décennies), mais il faut aussi travailler à la solidification de la structure familiale naturelle qui, elle aussi connaît des difficultés, des épreuves, et qui peut avoir l’impression de devenir minoritaire et d’être délaissée dans notre monde actuel.

En quoi la Sainte Famille est-elle pour nous un exemple ? Eh bien, je dirais, parce que chacun se reçoit de Dieu. Vous savez, on entend souvent cette phrase : «  Ses amis, on les choisit ; sa famille pas. » D’ailleurs bien souvent, derrière cette maxime se cache l’idée qu’on subit sa famille. Dans la Sainte Famille, c’est encore différent. On ne peut pas dire qu’on ne choisit pas sa famille. On la reçoit de Dieu. Chacun est un don de Dieu pour l’autre et pour les autres. Marie est donnée en mariage à Joseph. Joseph est donné à Marie. Jésus est donné par Dieu aux parents, et à travers eux à Israël et aux nations. Dans la Sainte Famille, personne ne s’approprie l’autre ; personne ne met la main sur l’autre ; tous se reçoivent de Dieu. Alors, regardons un peu dans nos familles. Est-ce que nous considérons les autres comme un don de Dieu ? Vous les couples croyants ici présents, comment vous regardez-vous ? Regardez-vous l’autre comme celui que vous aimez, que vous avez choisi ? ou bien comme celui ou celle que Dieu vous a donné ? Parfois, de reprendre conscience que nous sommes les uns les autres des dons de Dieu aux autres permet de dégonfler bien des problèmes. Il en va de même pour les enfants. Comment regardez-vous vos enfants ? Comme le produit de votre amour ? ou comme un don de Dieu ? Cette perspective a bien des incidences sur le devenir des enfants. Par exemple, est-ce que j’accepte qu’ils prennent telle ou telle orientation plutôt que celle que je pensais être le mieux pour lui ou pour elle ? Est-ce que j’accepte qu’il ou elle rencontre une femme ou un homme qui ne correspond pas forcément à ce que j’aurais pensé ? L’Evangile nous rapporte l’épisode de la présentation de Jésus au Temple avec les prophéties du vieillard Syméon et de la prophétesse Anne. Ces prophéties, en même temps qu’elles révèlent la mission de Jésus, ouvrent le cœur de Joseph et de Marie à un avenir qui ne leur appartient pas, et ouvrent ainsi un espace et un consentement dans leur cœur à l’avenir divin de Jésus. C’est ce que préfigure aussi le sacrifice d’Isaac évoqué en deuxième lecture : l’avenir d’Isaac appartient à Dieu et non à Abraham.

Dans cette perspective, il me parait très important et même fondamental de redire haut et fort que l’enfant est un don de Dieu, que l’on reçoit de Dieu, et non un objet que l’on réclame ou que l’on exige. A nouveau de sombres nuages pèsent non seulement sur l’institution familiale, mais surtout sur l’enfant et sa liberté fondamentale. Un enfant se reçoit ; il ne se commande pas. Un enfant est appelé à exister pour lui-même et non pour ses parents ou pour ses acheteurs ! Cette dernière idéologie est contraire non seulement à l’ordre naturel des choses, mais aussi à ce que Dieu a réalisé : qui, mieux que Jésus, peut nous dire que l’Enfant est un don de Dieu ?

Je terminerai cette petite méditation sur une autre caractéristique de la Sainte Famille : c’est que, accueillant Dieu en elle-même, elle grandit aussi selon la fécondité divine. Cette dimension est annoncée à travers l’obéissance et la foi d’Abraham en la promesse de Dieu de lui donner une descendance. Descendance humaines certes, mais aussi descendance spirituelle. Lorsqu’une famille se reçoit de Dieu, lorsqu’elle laisse toute sa place à Dieu, alors elle s’ouvre aussi à une fécondité surnaturelle, à une fécondité spirituelle, qui dépasse la simple fécondité biologique. C’est le Trésor qu’apporte Dieu à toutes les familles, mais qu’assez peu de familles finalement exploitent. La fécondité surnaturelle de la famille de Joseph et de Marie s’ouvre naturellement sur l’Eglise. Enfin, Jésus va ouvrir ses parents à cette fécondité qui dépasse les liens du sang. La fécondité surnaturelle des familles chrétiennes s’ouvrent naturellement aussi sur l’Eglise, enfin normalement. C’est le signe qu’il s’agit justement d’une fécondité surnaturelle.

Prions frères et sœurs en ce dimanche pour toutes les familles qui essayent de vivre le mieux possible l’idéal chrétien, quelles que soient leur structure. Prions pour que les familles chrétiennes approfondissent leur origine en Dieu, pour qu’elles apprennent à laisser davantage de place à Dieu en leur sein, et pour qu’elles s’ouvrent à une véritable fécondité divine. Amen !

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