Paroisse Sainte Marie du Pays de Verneuil » Blog et Site Internet

Homélie de la messe du 11ème Dimanche du temps Ordinaire du Père Julien PALCOUX

+

11ème Dimanche du temps Ordinaire

Frères et sœurs,

 

L’Evangile que nous venons d’entendre nous redit la différence qui existe entre les réalités humaines dans lesquelles nous vivons et les réalités divines que nous appréhenderons au terme de notre « exil » comme dit St Paul. C’est pourquoi Jésus utilise les paraboles pour parler de ces réalités divines ; Il nous montre que ces réalités dont il est question sont toujours différentes et qu’on ne peut en parler que par analogie, par comparaison : « Il en est du règne de Dieu comme… » ou alors « A quoi pouvons-nous comparer le règne de Dieu ? » Cela nous rappelle qu’il  est toujours difficile de parler des choses de Dieu à partir de nos catégories humaines, à partir de nos mots, de notre vocabulaire. L’homme a toujours le réflexe de plaquer sur Dieu ses propres visions. Ainsi, par exemple, le Dieu dépeint dans l’Ancien Testament est souvent un Dieu guerrier, qui se venge, puis qui revient sur ses sentiments et ré-ouvre ses bras…Mais, il n’en est rien ! Cela, c’est la vision que l’homme a de Dieu et qu’il applique sur Dieu. Il est cependant légitime que chacun ait sa propre vision de Dieu, parce que Dieu ne se révèle pas de la même manière aux uns et aux autres. Fondamentalement, il faut toujours dépasser, convertir sa propre vision de Dieu, pour accepter de recevoir Dieu tel qu’Il se révèle à nous. Il faut mourir à la primauté de son « moi » pour accueillir en premier le « moi » de Dieu. Ce que je dis de Dieu est pareil pour l’Eglise. Les personnes qui ont tendance à plaquer leur propre vision de Dieu sur Dieu sont les mêmes qui plaquent leur propre vision de l’Eglise sur l’Eglise ; ce qui peut être légitime si ce n’est absolutisé ; car si c’est absolutisé, on risque de  se façonner une Eglise à son image, selon ses propres convenances, mais qui n’est pas forcément l’Eglise que Dieu façonne aujourd’hui.

            Ceci étant rappelé, il est intéressant de relever les caractéristiques du « règne » de Dieu dont Jésus parle. J’en retiens 2 principales.

La première consiste dans le fait que la semence de Dieu, l’œuvre de Dieu, contient une force intrinsèque, c’est-à-dire une force qui fait qu’elle grandit, se développe par elle-même. Elle tire sa force de croissance d’elle-même ; elle n’a pas besoin de l’action de l’homme. Dit autrement, l’œuvre de Dieu échappe à la maitrise de l’homme. Dieu n’a pas besoin de l’homme. Il rend l’homme coopérateur de son action.  Il nous fait la grâce de coopérer à son action. Vous voyez, c’est différent. C’est Dieu qui est premier en tout et l’homme qui s’ajuste à l’initiative de Dieu. Ceci est important à comprendre pour être de bons coopérateurs de Dieu et non pour gêner, même avec de bonnes intentions, l’œuvre de Dieu.  Pour retrouver une croissance pastorale, une croissance de l’Eglise, il faut d’abord regarder, repérer, dans quel sens Dieu oriente les choses. Lorsque l’homme, lorsque l’Eglise, se met à faire des plans d’évangélisations bien ficelés, trop ficelés, Dieu est souvent mis dehors…et alors, après épuiser les gens à force de réunions, de construction de structure, on vide les églises…

La deuxième caractéristique réside dans le fait que l’œuvre de Dieu s’inscrit dans le temps ; qu’elle a besoin du temps. Il y a une maturation qui est nécessaire. C’est ce que signifient les deux images qu’emprunte Jésus. La première, c’est celle de la semence qui germe, grandit, qui produit l’herbe, puis l’épi, puis le blé. Et après, on moissonne. La deuxième image, c’est la graine de moutarde qui, de graine qu’elle était, devient un arbre. Ces transformations se font dans le temps. L’œuvre de Dieu a besoin de maturation. Mais, dans ce processus de maturation, il y a une étape que l’on ne retrouve pas évoquée dans cette version de l’Evangile, mais que l’on retrouve dans d’autres versions : c’est l’étape des racines. Avant de commencer à grandir, la graine, la semence doit faire ses racines. Au risque de ne pas tenir dans le temps. L’œuvre de Dieu nécessite un enracinement ; tout comme l’Incarnation du Fils de Dieu a nécessité un enracinement dans une histoire, une culture. Il n’y pas de croissance possible s’il n’y pas d’enracinement. Je dis les choses autrement : si l’on se coupe des racines, la plante meurt et dépérit…Regardez l’Eglise quand elle se positionne en rupture de tradition…Regardez, dans un autre domaine l’Europe actuelle…L’enracinement permet de se développer, non pas de se replier sur soi…

Mais, si je reviens à l’œuvre de Dieu, lorsqu’elle commence à faire ses racines, vous remarquerez une chose : c’est que cela ne se voit pas. Ce qui se verra, c’est lorsque ça grandira…L’œuvre de Dieu dans un cœur, dans une personne, une paroisse, commence toujours de manière invisible, discrète…et une fois qu’elle est enracinée, elle donne ses fruits. Nos amis catéchumènes pourraient le dire mieux que moi eux qui l’ont vécu dans leur propre existence.

 

            J’en viens alors à mon dernier point. La caractéristique de l’œuvre de Dieu réside dans sa fécondité. Une fécondité qui est au service des autres ; non de soi -même. La semence de blé donne du blé plein l’épi. La graine de moutarde devient un arbre qui permet de faire vivre les oiseaux. Il se peut que nous rencontrions dans notre vie des personnes qui semblent être remplis de la fécondité divine ; des personnes qui ont des dons, des charismes. Attention ! Demandons-nous toujours quelle utilisation est faite de ces dons ? de ces charismes ? A qui servent-ils ? Sont-ils « utilisés » gratuitement ? Les dons de Dieu ne sont jamais payants…Il y a là bon nombre de critères nous permettant de voir si ces dons viennent de Dieu ou non.

Autre critère pouvant nous aider dans ce discernement : ces dons servent-ils à faire grandir les autres ou sont-ils orientés dans une mise ne valeur orgueilleuse de la personne qui les a ?

L’image de la graine de moutarde qui devient un arbre permettant aux oiseaux de faire leur nid n’est pas sans rappeler l’Arbre de Vie, l’Arbre qui permet la Vie, qui n’est autre que la Croix. Cela veut dire que toute œuvre de Dieu est marquée par la Croix. La Croix permet à l’œuvre de Dieu d’être source de vie divine. Il n’y a pas de fécondité sans la croix. Aujourd’hui beaucoup de personnes vivent d’une certaine manière certains aspects de la croix du Christ, mais sans être chrétiens, sans connaître Jésus. Prions pour que ces personnes découvrent la puissance de vie, de fécondité divine qui vit au fond d’elle-même ; prions pour qu’elles apprennent à mettre au service des autres cette fécondité que Dieu leur donne et que Dieu leur permet.

 

            Dans cet exil que nous vivons, pour reprendre l’expression de St Paul, nous avons besoin de la foi pour avancer. Nous avons besoin de la foi pour croire en ou pour percevoir l’œuvre de Dieu qui n’est peut-être pas encore visible à l’œil humain. C’est alors la foi qui vient à notre secours ; la foi qui nous redit que Dieu ne nous abandonne pas et qu’Il est au milieu de nous. Amen !

(lire plus)
⇪ en haut ⇪ contact envoyer à un ami

Votre mail n'est jamais publié ou partagé ! Les champs marqués * sont requis *

*

*

*

T e x t e s   d u   j o u r