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10ème Dimanche du Temps Ordinaire
Frères et Sœurs,
Les textes que nous méditons en ce dimanche nous invitent à être attentifs à la manière dont Dieu se rend présent dans nos vies. Il y a plusieurs manières de comprendre ces textes.
Je commence par la plus simple : à travers ce « retour à la vie » du fils de la veuve de Naïm, Jésus accomplit un miracle, manifestant ainsi sa divinité. La puissance de sa divinité traverse la mort en refaisant jaillir la vie. Jésus prépare ainsi ses contemporains, ses disciples à sa propre Résurrection, comme Il le refera à quelques jours de sa Passion en « ressuscitant » Lazare. La première lecture nous présentait une situation similaire : dans l’ancien Testament, le prophète Elie rendait la vie au fils de la veuve qui l’accueillait.
La pédagogie de Dieu est claire : Il prépare doucement son peuple à croire en l’Evènement inouï qui aura lieu à la plénitude des temps : la Résurrection de son Fils Jésus. Dieu prend le temps et les moyens de nous préparer aux plus grands évènements. Jésus a fait la même chose pour l’Eucharistie : Il a multiplié par deux fois pains et poissons, manifestant ainsi la puissance de sa divinité et ouvrant le cœur et l’intelligence de ses disciples au fait que c’est Lui, Jésus, qui comble la faim de tout homme. Une première lecture de ces textes nous montre que Jésus prépare doucement ses disciples à la foi en sa Résurrection.
Maintenant, en regardant de plus près cette scène, nous voyons que Jésus va rejoindre cette pauvre veuve pendant l’enterrement de son fils, c’est-à-dire, pendant le deuil qu’elle commence. Il faut ici dépasser ici le contexte particulier : Jésus, sensible à toute détresse, à toute souffrance, nous rejoint toujours dans nos épreuves, dans nos deuils. La question n’est pas de savoir ce que fait Dieu quand un proche nous quitte malheureusement trop tôt, quand quelqu’un tombe malade, quand une catastrophe s’abat sur une personne, une famille, un pays. La question est de savoir si oui ou non, je suis ouvert à Dieu qui va me rejoindre. Le réflexe bien humain de celui qui souffre est de se replier sur lui-même, sur sa souffrance, son malheur, et donc, d’être moins ouvert ou disponible à la présence de Dieu qui le rejoint. Or, l’Ecriture nous le dit : Jésus nous rejoint dans nos épreuves, même si on a l’impression qu’Il se tait ; Il nous rejoint aussi dans nos deuils.
L’année prochaine, nous allons faire un travail sur cette question, car cela ne va pas. Trop de personnes vivent des deuils, ou plutôt les subissent, mais pas de manière complètement chrétienne. C’est-à-dire que trop de personnes laissent le temps faire son œuvre, essayent tant bien que mal de reprendre pied dans la Vie, et ne vont pas suffisamment puiser aux sources de la Foi en Jésus Ressuscité qui nous offre une relation nouvelle avec ceux qui nous ont quittés. Mais, comme la pratique religieuse n’est plus aussi fréquente qu’il y a 40 ans, comme la foi n’est plus suffisamment nourrie par la prière, par les sacrements, beaucoup ont perdu les moyens de vivre chrétiennement la mort. Beaucoup encore continuent de vivre avec un deuil pas fait ou mal fait, telle une blessure non cicatrisée, et du coup, vivent mal. Il faut redécouvrir ce que la foi nous apporte. C’est pourquoi, au cours du mois de novembre, qui est le mois où l’Eglise prie plus particulièrement pour les défunts, nous inviterons les personnes qui le souhaitent, comme celles qui auront été touchées par un deuil dans les deux années passées, à des catéchèses sur la mort, sur la foi en la Résurrection et sur le mystère de la Communion des Saints pour aider à vivre la mort dans l’espérance chrétienne.
Il n’y a que si nous sommes ouverts à l’action de Dieu, si nous sommes nourris correctement dans la foi, que nous pourrons vivre ce que Jésus nous apporte : la transformation de nos relations. C’est l’autre élément qu’apporte le récit évangélique : la rencontre avec Jésus transforme la relation entre le défunt et celui qui reste sur terre, en l’occurrence la maman. Dans les deux cas (la veuve de la première lecture et celle de l’Evangile), la puissance de vie divine vient mettre un terme à la relation de mort. Parce que la rencontre, la communion avec Jésus, irradie de vie celui qui la vit. Et plus précisément, c’est la Parole de Jésus qui est source de vie. Dans l’Evangile, Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! ». Dans l’Evangile de St Jean, Jésus dira à Lazare : « Lazare, sors de ton tombeau ! » Nous avons été créés par la Parole de Dieu ; et c’est cette même Parole qui nous redonne vie, transformant ainsi la relation de mort en relation de vie nouvelle. Mais attention, une relation qui ne peut plus être comme elle était auparavant. C’est ce que le français traduit mal lorsque l’évangéliste dit : « Et Jésus le rendit à sa mère ». Certes, Il lui redonne son fils, mais non pas comme avant. Désormais, le fils comme la mère ont fait l’expérience de la puissance de la parole divine qui dépasse la mort. Même sur un plan strictement humain, leur relation est transformée. C’est cette rencontre avec le Ressuscité qui est capable de transformer entièrement une personne touchée par le deuil et qui va pouvoir permettre de vivre son veuvage ou son deuil, de manière féconde et non aigrie.
Je voudrais terminer sur cette question de la transformation de nos relations humaines, alors, laissant de côté la question de la mort et de la vie après la mort, mais en restant simplement sur nos relations humaines les uns avec les autres, sur nos relations en famille, entre amis, entre frères et sœurs baptisés. Une lecture attentive des deux miracles (première lecture et Evangile), nous montre que Dieu, ou son envoyé, « prend » quelque part le défunt, le rencontre personnellement, puis le rend ou le remet à sa maman. L’auteur du Livre des Rois écrit : « Elie remit l’enfant à sa mère. » L’Evangéliste écrit : « Jésus le rendit à sa mère ». Premier enseignement : si la rencontre avec Dieu, ou son représentant, touche une personne, la transforme, la relation avec l’entourage habituel n’est pas détruite puisque dans les deux cas, l’enfant est « rendu » aux siens. Simplement, la relation est porteuse de quelque chose de nouveau. Et, allons plus loin, pour que ce quelque chose de nouveau puisse exister, pour qu’il puisse grandir, il faut passer par une certaine rupture, une certaine mort, alors le mot est peut-être fort, disons par une dépossession, sans quoi la vie nouvelle, le don de Dieu, ne peut advenir. En Dieu, et en vertu de notre baptême, nos relations sont toutes marquées par des consentements à la dépossession, à la rupture, elles sont toutes marquées par un appel à l’offrande, non pas pour abolir nos relations ou les détruire, mais pour les retrouver de manière nouvelle et pour permettre au don de Dieu de se développer.
Nous avons un exemple de ce que je vous dit dans la deuxième lecture : c’est la radicalité de la transformation de Saul après sa rencontre avec Jésus. Alors, cette radicalité correspond aussi au caractère du « bonhomme » si j’ose dire : mort à soi, à ce qu’il était auparavant, à ses relations, pour renaître en homme nouveau.
Frères et sœurs, le baptême fait de nous des êtres marqués par la mort et par la vie. Mais, nous n’accédons à la Vie que par la Mort vécue en Dieu. C’est ce que nous vivrons au terme de notre vie terrestre ; c’est ce que nous sommes appelés à vivre tous les jours dans notre vie, nos relations. Que le Seigneur Ressuscité nous soutienne et nous accompagne dans cet engendrement à la Vie nouvelle et qu’Il éclaire tous ceux qui peinent sur le chemin du deuil. Amen !
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