Comme l’ensemble des habitants de la région, les chrétiens du Moyen-Orient vivent des heures difficiles alors que les bombardements contre l’Iran se poursuivent tout comme les tirs de représailles de la part de Téhéran. Confinés dans de nombreux pays, certains rappellent l’importance de prier pour la paix.
Olivier Bonnel – Cité du Vatican
Au troisième jour de la guerre entre l’Iran, Israël et les Etats-Unis, l’onde de choc continue de se propager dans la région. Alors que le président américain Donald Trump promet quatre semaines d’offensive, les Gardiens de la Révolution ont affirmé de leur côté ce 2 mars avoir attaqué plus de 500 cibles en riposte. Ce nouveau front ouvert a renforcé les inquiétudes d’une fuite en avant. Dimanche après l’angélus, le Pape Léon XIV exhortait les responsables à «arrêter la spirale de la violence avant qu’elle ne devienne un gouffre irréparable». L’inquiétude est partagée par de nombreux chrétiens au Moyen-Orient, même si les contextes de vie diffèrent.
«Alors que ces dernières heures ont profondément bouleversé le Moyen-Orient – en Iran, en Terre Sainte, au Liban, en Irak et dans l’ensemble de la région – L’Œuvre d’Orient exprime sa vive inquiétude face à une nouvelle escalade de violences» a expliqué ce lundi l’association dans un communiqué. «Ce matin les Libanais se sont réveillés dans un climat de sidération et de consternation, mais aussi de fatigue et de colère» relate Vincent Gelot, coordinateur de l’Œuvre d’Orient pour le Liban et la Syrie. «Les gens savent ici ce qu’est une guerre avec Israël et ils ont l’impression de revivre ce qu’il s’est passé il y a 1 an ½, après l’attaque des bipeurs et la mort de Nasrallah» en référence à l’attaque du 17 octobre 2024 contre bipeurs et talkie-walkies de membres du Hezbollah, menée par Israël. «La guerre qui s’en est suivi et qui a fait 1,2 millions de déplacés au Liban et des destructions majeures» rappelle Vincent Gelot.
Sidération au Liban
Ce lundi matin, les écoles sont restées fermées à Beyrouth après les frappes israéliennes qui ont visé le sud de la capitale libanaise. Des milliers de personnes ont par ailleurs quitté les villages du Sud Liban après des appels à évacuation lancés par Tsahal. Partout le climat est tendu. «L’un de nos partenaires, une école tenue par les Filles de la charité, déjà endommagée l’an dernier, vit dans la peur» confie Vincent Gelot.
Au-delà des frontières libanaises, la crainte est également montée d’un cran. «Personne ne sait ce qu’il va se passer, il y a une grande inquiétude » témoigne Pascale Casati-Ollier, directrice du bureau Irak de l’Œuvre d’Orient à Erbil, avec son époux Jean «Nos contacts sont prudents et restent chez eux, car les bombardements se poursuivent. C’est la totale incertitude». La capitale du Kurdistan irakien, qui abrite des troupes américaines, a en effet été la cible ces dernières heures de plusieurs projectiles iraniens.
Si la situation reste très volatile, il n’est pas encore question de tirer des conclusions sur l’avenir des chrétiens dans la région. Les frappes ne visent pas les civils, mais avant tout des cibles militaires stratégiques. «Cette nouvelle guerre ne va sans doute pas faciliter la réintégration des chrétiens dans la région, avance néanmoins Pascale Casati-Ollier, il n’est pas impossible que cela les encourage à émigrer. Pour l’instant, le temps est suspendu».
Les chrétiens du Golfe confinés
Dans les pays du Golfe, cibles des représailles iraniennes, l’heure est au confinement pour de nombreuses communautés chrétiennes. La petite communauté catholique de Bahreïn s’organise tant bien que mal pour garantir une assistance spirituelle à ses 80 000 fidèles. Pour des raisons de sécurité, ils ont pour le moment interdiction de se réunir pour la messe ou toute autre activité paroissiale. Les rites et les cours de catéchismes en diverses langues sont en ligne jusqu’en nouvel ordre, a indiqué sur sa page Facebook la paroisse Sacred-Heart Manama, l’une des deux que compte la monarchie du Golfe. «Dans ce contexte difficile et tendu, ne privons pas nos paroissiens de leur force spirituelle et de la communion» écrit le père Francis P. Joseph OFM Cap, recteur de la paroisse qui est composée d’une quarantaine de ressortissants français ainsi que de plusieurs familles libanaises. «Alors que nous nous trouvons dans cette situation difficile et inhabituelle, je vous demande à tous de rester forts et prudents» exhorte-t-il.
Mgr Paolo Martinelli, vicaire apostolique pour l’Arabie du Sud appelle quant à lui à la désescalade et souligne la nécessité «d’un dialogue authentique et responsable: les menaces réciproques sèment la destruction, elles ne construisent pas la paix et la stabilité».
La vocation de la Terre Sainte
En Terre Sainte, ces dernières heures ont été aussi marquées par le bruit des sirènes à mesure que des tirs iraniens s’abattaient sur l’État hébreu. À l’école biblique française de Jérusalem, le couloir de la sacristie semi-enterré sert d’abri où viennent se réfugier frères dominicains, étudiants ou hôtes de passage. Des messes pour la paix ont été célébrées en utilisant les textes du missel spécifiques «en temps de guerre ou pour des troubles graves», raconte le frère Olivier Poquillon, directeur de l’école biblique et archéologique française de Jérusalem (EBAF). «Depuis samedi, on a enchaîné les alertes, poursuit le religieux dominicain. Pour nous, il est d’autant plus important de continuer à étudier le texte dans son contexte. Cela prend tout son sens car les conflits font partie intégrante de l’histoire du Salut. Cela nous rappelle ce que, au cœur de ces conflits, nous dit le Christ, le prince de la paix».
Alors que les regards se concentrent sur le ciel, et que les radars s’orientent vers l’Iran, la Terre Sainte continue de souffrir. Les violences au sol se poursuivent en effet, notamment en Cisjordanie où le village chrétien de Taybeh est constamment harcelé.
VATICAN NEWS