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De la Normandie à Monaco, les racines françaises de Léon XIV

Léon XIV possède une histoire familiale bien plus française qu’il n’y paraît. Des deux côtés de l’Atlantique, ses ancêtres racontent une étonnante histoire de migrations.

L’élection, le 8 mai 2025, du cardinal américain Robert Francis Prevost sous le nom de Léon XIV a immédiatement suscité un intérêt particulier pour ses origines familiales, son nom à consonance française ayant intrigué de nombreux passionnés de généalogie. Des recherches lui ont en effet trouvé de nombreux ancêtres dans l’Hexagone, tant dans son ascendance paternelle que dans son ascendance maternelle. Sa visite à Monaco, le 28 mars dernier, a même été l’occasion de lui identifier une filiation monégasque.

Né à Chicago le 14 septembre 1955, Robert Francis Prevost est un Américain de naissance et de culture. Mais son ascendance est remarquablement composite : elle associe des racines françaises, italiennes, espagnoles, louisianaises créoles, haïtiennes et canadiennes-françaises. Derrière cette histoire familiale se dessine surtout une vaste géographie de migrations, qui conduit des campagnes normandes et de la Principauté de Monaco aux rives du Mississippi, des Antilles au Québec, avant de converger vers Chicago.

L’apport français le plus direct est sa grand-mère paternelle, Suzanne Fontaine, née au Havre en 1894 et décédée en 1979 : le futur Pape l’a donc bien connue. Cette fille de pâtissiers originaires du Calvados et du pays de Caux émigra aux États-Unis en 1915. C’est là qu’elle tomba amoureuse de l’immigrant sicilien Salvatore Riggitano, qu’elle épousera. Cet homme plus âgé qu’elle, né en 1876, était professeur de langues romanes, dont le français.

Mais leurs enfants ne prirent pas le nom de famille de leur père : ils prirent le patronyme « Prevost », tiré du nom de la mère de la jeune immigrée normande, Jeanne Eugénie Prévost (1864-1933) avec une version simplifiée, sans accent, conformément aux usages de l’administration américaine. 

Salvatore lui-même utilisa aux États-Unis le nom de John (ou Jean) Prevost, comme l’ont établi des recherches généalogiques à partir de documents administratifs américains. Ce changement de nom d’usage semble dû au fait que sa relation avec Suzanne Fontaine était, à l’origine, extraconjugale : il était alors marié à une certaine Daisy Hughes, et ce changement de nom avait certainement pour objectif d’éviter le scandale. 

La naissance en 1917 du premier enfant du couple, John Centi Prevost, se fit dans une quasi-clandestinité, sa mère enceinte ayant dû quitter l’Illinois pour le Canada puis l’État de New York où elle a accouché. Décédé en 1996, cet oncle du Pape, frère aîné de son père Louis Marius Prevost (né pour sa part à Chicago en 1920 et décédé en 1997) était francophone et francophile : il devint professeur de français et soutint en 1952 une thèse de doctorat à l’université du Chicago, en français, sur le sujet du dandysme en France de 1817 à 1839. Le propre père du Pape était lui aussi professeur de langues et devint directeur d’une école secondaire. 

Un métissage marqué par de multiples ascendances francophones

L’histoire française de Léon XIV est cependant plus ancienne et plus vaste que cette seule branche paternelle. Du côté maternel, sa mère, Mildred Agnes Martínez, appartenait à une famille issue de la communauté créole de couleur de La Nouvelle-Orléans. Plusieurs de ses ancêtres sont documentés au XIXe siècle comme des personnes de couleur libres. Cette branche plonge dans l’histoire particulière de la Louisiane française, de ses populations créoles et de ses liens avec les Antilles. On y retrouve notamment la famille Baquié, dont certains membres sont originaires de Guadeloupe, ainsi que les Grambois, Lemelle et Grandpré.

Cette généalogie fait ainsi apparaître une France qui n’est pas seulement métropolitaine. Elle passe par la Guadeloupe, par la Louisiane française et par la société créole de La Nouvelle-Orléans. L’arrière-grand-mère du Pape s’appelait Eugénie Grambois : elle était née à La Nouvelle-Orléans en 1838 et fut baptisée le 18 janvier 1840 en la cathédrale Saint-Louis de La Nouvelle-Orléans. Son acte de baptême est rédigé en français et c’est cette langue qui était parlée à la maison. Pour les arrière-grands-parents du Pape, la revente de la Louisiane par Napoléon Ier, en 1803, était encore un événement relativement récent, et contemporain pour certaines personnes de leur entourage.

Eugénie épousa en 1864 Ferdinand David Baquié, lui aussi francophone. Leur fille, Louise Baquié, épousa un certain Joseph Nerval Martinez et ce couple s’installa ensuite à Chicago où naquit en 1911 leur fille Mildred, la mère du Pape. Robert Francis Prevost n’a pas connu ses grands-parents maternels, ce décalage de génération étant lié à des naissances tardives : lorsqu’il est né, sa mère avait 44 ans, et elle-même est née quand sa propre mère avait 43 ans.

En remontant plus loin encore, des recherches généalogiques menées après l’élection conduisent également à la Nouvelle-France et au Québec, par l’intermédiaire de la famille Boucher de Grandpré. Cette branche rattacherait le Pape à Pierre Boucher, figure majeure de la Nouvelle-France, né à Mortagne-au-Perche en 1622 avant de devenir gouverneur de Trois-Rivières et fondateur de Boucherville. Le Pape est ainsi le produit d’une histoire familiale complexe où se croisent la France métropolitaine, la Nouvelle-France, les Antilles françaises, la Louisiane créole et l’Amérique contemporaine.

L’étonnante filiation monégasque

Mais une découverte plus récente ajoute à cette histoire un chapitre inattendu : celui de Monaco. Les recherches conduites dans les archives de la Principauté ont permis d’établir une ascendance monégasque du côté maternel de Léon XIV, remontant au moins au XVIe siècle. Philippe Orengo, ambassadeur de Monaco près le Saint-Siège, explique que cette recherche avait été entreprise à l’occasion de la visite du Pape dans la Principauté, le 28 mars dernier. Le prince Albert II a offert au pontife américain un recueil généalogique spécialement réalisé à son intention par Thomas Fouilleron, directeur des Archives du Palais princier et de la Bibliothèque, avec l’aide d’une archiviste.

« L’objectif était de déterminer la ligne maternelle du Pape, qui présente un certain nombre d’ascendants monégasques remontant au moins au XVIe siècle et dont la présence à Monaco a perduré jusqu’en 1713 », raconte l’ambassadeur. Les chercheurs ont travaillé à partir « d’actes de baptême, de mariage, de sépulture et de contrats de mariage devant notaire ». Un travail de paléographie a également été nécessaire pour déchiffrer certaines écritures anciennes. À l’époque, rappelle Philippe Orengo, le territoire de la Principauté était beaucoup plus vaste qu’aujourd’hui : Menton et Roquebrune faisaient partie des possessions monégasques, ce qui élargit naturellement la base des archives.

Cette branche conduit jusqu’à Marie-Thérèse Gravesana, née en 1692 et morte en 1748, la « sextaïeule » de Léon XIV du côté maternel, précise l’ambassadeur. Elle épousa à Monaco, le 20 février 1713, Ignace César Hansi, « originaire du Vaucluse » et musicien au service du prince Antoine Ier. « Parmi les ancêtres du Pape, le couple Hansi-Gravesana a été le dernier à vivre à Monaco », précise Philippe Orengo. 

Quelques mois après ce mariage, la famille allait quitter la Principauté, pour Marseille, avant qu’une partie de ses descendants ne gagne les Antilles. « Aux Antilles, une partie de la famille est arrivée à Pointe-à-Pitre, puis de Pointe-à-Pitre à la Nouvelle-Orléans. C’est à partir de la Nouvelle-Orléans qu’elle a migré à l’intérieur des États-Unis, pour arriver à Chicago », détaille l’ambassadeur. C’est finalement à Chicago que Mildred Martinez épousera en 1949 Louis Prévost, le père du futur Pape.

ALETEIA

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