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Né dans la première moitié du XIIè siècle au sein de la famille des comtes de Nevers, Guillaume de Donjeon (ou Berruyer) fut élevé par son oncle maternel, archidiacre de Soissons, qui lui apprit à redouter les dangers du monde, à mépriser les richesses et à connaître les saintes joies de l’étude unie à la piété.
D’abord chanoine de Soissons puis de Paris, Guillaume rendit ses bénéfices pour se retirer à l’abbaye de Grandmont au diocèse de Limoges. Alors qu’il pensait trouver la paix monastique, il fut impliqué dans une querelle survenue entre les moines de chœur et les frères convers qui le fit partir pour l’abbaye de Pontigny où il reçut l’habit des cisterciens.
Le moine Guillaume fit tant l’admiration de ses frères qu’ils en firent leur prieur claustral. Il fut ensuite élu abbé de Fontaine-Saint-Jean (au diocèse de Sens), puis abbé de Chalis (au diocèse de Senlis). Ses frères conservèrent de lui le souvenir d’un moine doux et gai, encore que constamment préoccupé de la mortification des sens et des passions. Au demeurant, il exerçait avec talent ses fonctions de gouvernement et enseignait bien.
Or, il advint que mourut Henry de Sully, l’archevêque de Bourges, dont la succession s’avérait si difficile que le chapitre s’en remit à Eudes de Sully, évêque de Paris, pour choisir le nouvel archevêque entre les trois abbés de l’Ordre de Cîteaux.
Eudes de Sully se retira dans la prière puis s’en vint à Notre-Dame-de-Sales où, après écrit le nom de chaque abbé sur un papier différent, les déposa sur l’autel avant que de célébrer la messe. A la fin de la messe, il tira au sort et Guillaume fut désigné comme le nouvel archevêque de Bourges ; Eudes de Sully se rendit à Saint-Etienne de Bourges où l’attendait le chapitre qui proclama son nouvel archevêque (23 novembre 1200).
Effrayé par le poids de sa nouvelle charge, il ne l’accepta, à la demande du légat pontifical, qu’en obéissance à l’abbé de Cîteaux. Il fut sacré en présence des évêques dont il devenait le primat pour la part de l’Aquitaine qui lui revenait.
Archevêque, il continuait de vivre comme un moine, dans une grande austérité, touchant les cœurs par sa grande humilité, sa douceur et sa joie, autant que par ses mortifications et sa grande charité.
Dans l’exercice de sa charge pastorale, il se montrait toujours si ferme sur les principes qu’il s’attira la colère de Philippe II Auguste quand le roi était interdit par Innocent III pour avoir répudié Ingelburge et épousé Agnès de Méranie et que l’archevêque suspendit le culte dans son diocèse. Il connut aussi la haine d’une large partie de son clergé qui ne voulait pas se plier à la discipline. Philippe Auguste lui rendit son amitié et bien des clercs firent pénitence publique.
Guillaume gouverna l’archidiocèse de Bourges pendant dix ans où il fut remarquable dans les missions qu’il prêchait contre des hérétiques de l’espèce manichéenne, et c’est en se préparant à partir pour une nouvelle tournée pastorale qu’il fut saisi par la maladie et dut s’aliter pour la première fois de sa vie (9 janvier 1209). Il dicta son testament, reçut les derniers sacrements et entra en agonie ; il eut encore la force de se lever pour recevoir la Sainte Communion à genoux sur le pavé ; il fit jurer à son chapitre de remettre son cadavre aux cisterciens, puis, au moment d’expirer, exigea qu’on le couchât par terre, sur la cendre, et mourut (10 janvier 1209).
Au moment de sa mort, il vit distinctement les Anges battant des ailes au-dessus de sa tête, et il rendit l’âme en leur tendant les bras. Pendant ses obsèques, la foule aperçut au-dessus de l’église un globe de feu planant dans les airs.
C’était l’an 1209, le 10 janvier, Innocent III étant pape, Baudouin roi latin de Jérusalem et Philippe II Auguste roi de France.
La population prit le deuil et refusa de rendre la dépouille du saint aux moines de Chalis qui s’inclinèrent à partir du moment où le pape Honorius III l’inscrivit au livre des saints (1218) et que son corps fut déposé dans une chasse magnifique derrière le maître-autel de sa cathédrale. Les moines de Chalis eurent un os du bras, et le Collège de Navarre, puisque l’université de Paris l’avait choisi comme patron et protecteur, eut une côte. Pendant les guerres de religion, les calvinistes détruisirent la chasse, mais les reliques furent recueillies et exposées en l’église Saint-Léger-d’Auvergne (au diocèse du Puy) où elles opérèrent de nombreux miracles avant que d’être profanées et détruites pendant la révolution.
Quand on lui demandait un miracle, il disait : « Je ne suis qu’un pauvre pécheur » ; mais il cédait aux larmes des malades et les guérissait par sa bénédiction.
On a conservé de lui quelques belles paroles :
« Tel pasteur, telles brebis, » disait-il souvent.
« J’ai à expier, disait-il encore, et mes propres péchés et ceux de mon peuple ».
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