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31 janvier saint Jean Bosco, prêtre fondateur des Salésiens et des Filles de Marie Auxiliatrice : 15 août 1815 – 31 janvier 1888 à Turin

Saint Jean Bosco, prêtre fondateur des Salésiens et des Filles de Marie Auxiliatrice :

15 août 1815 – 31 janvier 1888 à Turin

 

Testament spirituel

Je consacrerai ma vie aux enfants. Je les aimerai et m’en ferai aimer. Quand ils tournent mal, c’est que personne ne s’est occupé d’eux. Je me dépenserai sans mesure pour eux.

Si vous voulez vraiment faire du bien à l’âme de vos enfants et les plier au devoir, il faut vous rappeler, sans cesse, que vous tenez la place de leurs parents. Si vous vous regardez comme les pères de cette jeunesse, vous en prendrez le cœur.

Un cœur, c’est une citadelle inexpugnable, dit saint Grégoire ; seules l’affection et la douceur la peuvent forcer : fermeté à vouloir le bien et empêcher le mal, mais douceur et prudence pour atteindre cette double fin.

Les maîtres qui ne pardonnent rien aux enfants sont ceux qui se pardonnent tout à eux-mêmes. Pour apprendre à commander, commençons par apprendre à obéir, et cherchons à nous faire aimer avant de nous faire craindre.

 

Avant toute chose, voici ce qui importe : attendez pour punir d’être maître de vous-même.

Second principe aussi important que le premier, ne punissez jamais un enfant à l’instant de sa faute.

Oublier et faire oublier l’heure de la faute est l’art suprême du bon éducateur. Où lisons-nous que Notre Seigneur ait rappelé ses écarts à Marie-Madeleine ? Et avec quelle paternelle délicatesse le Sauveur fit confesser et expier sa faute à Pierre ! Après son pardon, l’enfant veut se persuader que son maître nourrit l’espoir de son retournement : rien ne l’aide autant à reprendre la route du devoir.

 

Rappelons-nous toujours que la force punit la faute, mais ne guérit pas le coupable. La culture d’une plante ne doit jamais être violente, et l’on n’éduque pas la volonté en l’écrasant sous un joug excessif.

Rappelez-vous que l’éducation est une affaire de cœur : Dieu seul est le maître de cette place forte ; s’il ne nous enseigne l’art de la forcer, s’il ne nous en livre les clefs, nous perdons notre temps.

 

Naissance d’une vocation

Jean Bosco naquit le 15 août 1815 d’une famille  paysanne dans le hameau des Becchi, qui fait partie de Chateauneuf d’Asti, province de Turin. Privé de père à l’âge de deux ans, il fut élevé par sa mère, Marguerite Occhiena, femme illettrée, mais d’une intelligence et d’une vertu réellement supérieures. Ce fut elle qui façonna l’âme de Don Bosco. A cause de l’extrême gêne de la famille, à neuf ans, Jean ne savait encore ni lire ni écrire. Il eut alors un songe prophétique, pendant lequel il lui sembla voir une multi­tude d’enfants hurlant et blasphémant. Il voulait les faire taire à coups de poing ; mais un personnage lui dit : «  Pas de violence !  De la dou­ceur, si tu veux gagner leur amitié. » Alors ces garnements qui, pour un instant s’étaient mués en fauves, se transformèrent en timides et doci­les agneaux, tandis qu’une voix lui disait : « Prends ta houlette, et mène­ les paître. Plus tard, tu comprendras le sens de cette vision. »

A partir de ce jour Jean ne cessa de manifester le désir d’être prêtre.

 

Il profita d’un court séjour chez une de ses tantes pour apprendre à lire. Il avait onze ans, et continuait à bêcher la terre, quand un vieux prêtre retraité, frappé des dons naturels de l’enfant, s’offrit à lui donner des leçons de latin. En dix mois l’élève avait vu la grammaire latine en entier. De treize à quinze ans, il se mit au service d’une famille aisée, sans re­noncer à son désir d’être prêtre. Après mille difficultés sans cesse renais­santes et toujours surmontées par la ténacité du jeune homme, il put en­trer au grand séminaire de Chieri le 30 septembre 1835, et recevoir la prêtrise six ans après, des mains de Mgr Frarizoni, archevêque de Turin, le même qui en 1848, devait payer sa fidélité à Pie IX par l’exil et mourir à Lyon.

 

Le séminaire de Chieri fut fondé par le Bx Bruno Lanteri, [grand lecteur d’Henri-Marie Boudon qui  deviendra l’un de ses disciples], à Turin au XIXè s., appelé : ‘Convict ecclésiastique’. C’était une œuvre pour la formation du clergé : d’où sortiront une incroyable série d’au moins 27 saints, bienheureux ou vénérables que l’on trouve à Turin au 19ème siècle : Don Cafasso, saint Jean Bosco, saint Dominique Savio, saint Joseph-Benoît Cottolengo, Don Allamano…

 

Don Bosco l’apôtre des terrains vagues et des prisons

Une fois prêtre, Don Bosco passa trois années à compléter ses études dans un collège ecclésiastique, tout commençant son ministère en courant les terrains vagues et les prisons de la ville, à la recherche de misères à soulager. Il en eut bientôt recueilli trois cents enfants malheureux que personne ne voulait, qu’il logea dans un hospice. Il fonda peu après le premier de tous les patronages, l’Oratoire de Saint-François de Sales, où sont organisées de nombreuses activités : cours professionnels, loisirs.

Tout en considérant la formation religieuse comme fondamentale, Don Bosco ne négligeait pas la formation humaine et l’instruction ; en outre, il imprégnait toutes ses activités d’une touche festive : le jeu, le chant et les divertissements y tenaient une grande place.

Chassé de partout avec ce patronage sans cesse grandissant, il finit par louer un hangar humide et surbaissé. Il en prit possession le 12 avril 1848, et petit à petit, parvint à l’acheter et en faire le centre de ses œuvres. Sa mère vint s’y installer et s’occuper de son intérieur.

Don Bosco joignait la fermeté à une bonté toute paternelle et faisait de la confession et de la communion fréquente la base de son système d’éducation.

 

Tel était le prestige qu’il y exerçait qu’on vit un jour trois cents prisonniers aller en promenade, libres, sans autre gardien que Don Bosco, et rentrer fidèlement, le soir dans leur prison. Ainsi se réalisait la vision : Don Bosco avait trouvé sa vocation. Dès 1846 quatre de ses enfants prenaient l’habit ecclésiastique ; ce furent les prémices des «  Salésiens ». Parce que la plus grande partie de notre ministère exige le plus grand calme et la mansuétude, nous nous étions mis sous la protection de saint François de Sales, afin d’obtenir de Dieu la grâce de pouvoir l’imiter dans son extraordinaire mansuétude et dans sa recherche des âmes. 

Mon esprit et l’esprit de cet oratoire sont l’esprit de St François de Sales. 

 

Don Bosco se fait en même temps auteur, puis imprimeur, composant et imprimant une centaine de vo­lumes, qui tous convergent vers le règne de Dieu dans les âmes.

En 1872, il fondait les « Filles de Marie Auxiliatrice », dont il res­tait le Supérieur. Quand Don Bosco décida de lancer l’Institut des Filles de Marie Auxiliatrice, la date retenue pour les premières élections en vue de la constitution du premier chapitre supérieur avec Mère Mazzarello fut précisément le 29 janvier 1872, le « beau jour de St François de Sales »,

En 1875, il envoie une colonie de Salésiens et d’Auxiliatrices en Patagonie, première des missions que la nouvelle Société allait en peu de temps fonder dans les cinq parties du monde. Ce fut en 1879 que les Sa­lésiens essaimèrent en France, en s’établissant à Nice.

 

Don Bosco bâtisseur

Toutes ces fondations n’épuisaient pas l’activité de Don Bosco ; il se fit encore bâtisseur d’églises. Sur l’emplacement du fameux hangar il éleva la Basilique de Notre-Dame Auxiliatrice. Dans le nouveau quartier de Turin il bâtit la belle église de Saint-Jean-Baptiste.

En ces années-là la dévotion au Cœur de Jésus se répandait rapidement. À Rome, Don Bosco fut chargé par le pape Léon XIII de construire la basilique du Sacré-Cœur. Il faut rappeler à ce propos que c’est St François de Sales qui a semé les germes de cette dévotion. Rien d’étonnant dès lors que ce fut une de ses filles spirituelles, sainte Marguerite Marie Alacoque, qui ait reçu les révélations du Sacré-Cœur à Paray-le-Monial.

En 1887, six mois avant sa mort, il achevait à Rome, la Basilique du Sacré-Cœur.

 

Avant de mourir, Don Bosco voulut faire un voyage en France. Il ne voulait pas seulement voir Paris, il voulait surtout se libérer de ses lour­des dettes de constructeur. Par Nice, Toulon, Marseille, Avignon, il gagna Lyon, puis Paris. A Paris, en 1883, Don Bosco voulut accomplir un pèlerinage « salésien ». Connaissant l’existence de la célèbre statue de la Vierge Noire de Paris, devant laquelle le jeune François aimait prier, il se rendit dans l’église où elle se trouvait et écrivit en français dans le registre des messes : « Abbé Jean Bosco, supérieur de la Pieuse Société Salésienne, recommande à St François de Sales toutes les œuvres dont St François est le Patron. »

Partout les foules accouraient et se pressaient sur son passage, attirées par sa réputation de thaumaturge ; plusieurs grâces in­signes vinrent en effet récompenser la confiance des fidèles. A Lyon, parlant des œuvres sociales, il prononça cette parole prophétique « Sor­tez l’argent de vos bourses pour aider l’éducation de l’ouvrier ; autre­ment l’ouvrier révolté viendra demain le prendre de force. »

 

Ce fut le 31 janvier 1888 que Don Bosco termina à Turin sa sainte vie.

Il est honoré comme le protecteur de toutes les œuvres de jeunesse.

 

Epilogue

Etonnante figure que celle de ce Piémontais si représentatif des qualités de sa race : audacieux et habile, tenace et souple, cloué d’une intelligence pratique exceptionnelle, n’ignorant aucun savoir­ faire, possédant une mémoire et une imagination d’une précision parfaite, le paysan Don Bosco avait au plus haut point le génie des affaires et des œuvres. Homme politique, journaliste, diplo­mate, créateur d’industries ou de banques, il eût acquis sans nul doute une énorme célébrité. Or, il fut tout cela, mais ce fut pour Dieu et pour l’Eglise, et il fut en outre fondateur d’ordre, thau­maturge et confesseur incomparable, ou, si l’on préfère, comparable seulement aux plus grands prêtres de l’histoire.

Si forte que soit la personnalité de don Bosco, elle prend encore plus de relief quand on la replace dans le cadre de la sainteté piémontaise du 19e siècle. Le Turin de la Maison de Savoie et de Cavour, dont les armées s’apprêtaient à envahir les États du Pape pour réaliser l’unité italienne, pouvait apparaître aux yeux de certains catholiques comme l’antre du démon.

Aux yeux de Dieu, c’était la ville des saints. Quatre de ses prêtres, Joseph-Benoit Cottolengo (1842) ; Joseph Cafasso (1860), son directeur spirituel de 1841 à 1860 qui a contribué à former et orienter la personnalité et la spiritualité de don Bosco ; Jean Bosco (1888) et Léonard Murialdo (1900) y brillaient, en effet, d’une sainteté de type moderne. Ils avaient tous la hantise de la jeunesse ouvrière, lancée sans préparation ni pro­tection dans la fournaise de la grande industrie naissante. Jean Bosco est le plus célèbre des quatre. Éducateur-né, orga­nisateur sans égal, écrivain à la plume féconde, attentif aux détails et voyant loin, d’une confiance en la Providence qui confinait à l’imprudence mais lui réussit toujours à merveille, il a touché de son vivant la fibre populaire. Les foules se pres­saient sur ses pas et souvent les miracles fleurissaient. Quand il mourut (1888), deux familles religieuses, la Société des Salé­siens et la Congrégation de Marie-Auxiliatrice, avaient déjà commencé à répandre son esprit jusqu’à la Terre de Feu.

Mais sa plus grande joie fut certainement d’avoir vu s’épanouir un saint parmi ses jeunes, Dominique Savio à qui il dit un jour : je vais te donner le secret de la sainteté. Premièrement, la joie. Ce qui te trouble et t’enlève la paix, ne vient pas du Seigneur. Deuxièmement, le travail et la prière. Fais ton devoir d’état et prie souvent. Mais ne le fais pas par ambition ou pour avoir des compliments. Fais-le par amour du Bon Dieu. Fais du bien aux autres…La sainteté, c’est tout cela.

 

Lettre à ses confrères.

Avant tout, si nous voulons nous montrer les amis du vrai bien de nos élèves et les amener à faire leur devoir, nous ne devons jamais oublier que nous représentons les parents de cette chère jeunesse qui fut toujours le tendre sujet de mes occupations, de mes études, de mon ministère sacerdotal, et de notre congrégation salésienne.

Que de fois, mes chers fils, dans ma longue carrière, j’ai dû me persuader de cette grande vérité ! Il est toujours plus facile de s’irriter que de patienter, de menacer un enfant, que de le persuader. Je dirai même qu’il est plus facile, pour notre impatience et pour notre orgueil, de châtier les récalcitrants que de les corriger, en les supportant avec fermeté et douceur.

Je vous recommande la charité que saint Paul employait envers les nouveaux convertis à la religion du Seigneur, et qui le faisait souvent pleurer et supplier quand il les voyait peu dociles et répondant mal à son zèle.

 

Ecartez tout ce qui pourrait faire croire qu’on agit sous l’effet de la passion. Il est difficile, quand on punit, de conserver le calme nécessaire pour qu’on ne s’imagine pas que nous agissons pour montrer notre autorité ou pour décharger notre emportement.

Considérons comme nos enfants ceux sur lesquels nous avons un pouvoir à exercer. Mettons-nous à leur service, comme Jésus qui est venu pour obéir, non pour commander. Redoutons ce qui pourrait nous donner l’air de vouloir dominer, et ne les dominons que pour mieux les servir.

C’est ainsi que Jésus se comportait avec ses apôtres, supportant leur ignorance, leur rudesse et même leur manque de foi. Il trai­tait les pécheurs avec gentillesse et familiarité, au point de sus­citer chez les uns l’étonnement, chez d’autres le scandale, et chez beaucoup l’espoir d’obtenir le pardon de Dieu. C’est pourquoi il nous a dit d’apprendre de lui à être doux et humbles de cœur.

Puisqu’ils sont nos enfants, éloignons toute colère, quand nous devons corriger leurs manquements, ou du moins modérons-la pour qu’elle semble tout à fait étouffée.

Pas d’agitation dans notre cœur, pas de mépris dans nos regards, pas d’injures sur nos lèvres. Ayons de la compassion pour le présent, de l’espérance pour l’avenir : alors vous serez de vrais pères, et vous accomplirez un véritable amendement.

Dans les cas très graves, il vaut mieux vous recommander à Dieu, lui adresser un acte d’humilité, que de vous laisser aller à un ouragan de paroles qui ne font que du mal à ceux qui les entendent, et d’autre part ne procurent aucun profit à ceux qui les méritent.

 

 

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