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Homélie de la messe du 1er dimanche de Carême du Père Julien PALCOUX

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1er Dimanche de Carême

Frères et sœurs,

 

En entrant dans le Carême, nous entrons dans le temps de rénovation, de purification de l’Alliance conclue entre Dieu et les hommes. Cette alliance a d’abord été « multiple » : il y a eu plusieurs alliances, toutes imparfaites, jusqu’à ce qu’elle soit parfaite, unique et définitive en Jésus-Christ. Rénover l’Alliance conclue entre Dieu et les hommes, la purifier, c’est aussi approfondir notre Communion avec Le Sauveur. Cette Alliance, dont nous parle la première lecture, nous y sommes entrés par le sacrement du baptême ; nos amis catéchumènes qui sont aujourd’hui avec l’évêque pour leur appel décisif, entreront dedans dans quelques semaines.

            Mais entrer dans une alliance, dans un peuple qui a une histoire, même si c’est attirant pour certains aspects, est de l’ordre du combat. L’Evangéliste ne nous dit pas autre chose : « Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert et, dans le désert, il resta quarante jours tenté par Satan. » Le chemin baptismal, dans lequel nous sommes entrés, dans lequel nous allons entrer, est un chemin de combat.

            En premier lieu, parce que le sacrement du baptême nous unit à la mort et à la Résurrection de Jésus. Nous portons par conséquent en nous, dans notre être, cette mort et cet appel à la Résurrection. Ce que je dis là avec des mots théologiques peut être dit spirituellement ; je transpose : par le sacrement du baptême, nous sommes des êtres de conversion, en train de nous convertir. Et qu’est-ce que la conversion sinon mourir à soi, à son péché, pour renaître en « homme nouveau » pour reprendre l’expression de St Paul. Notre être est donc marqué par ce processus de mort et de Résurrection ; et cela se traduit par un combat ; parce que nous résistons ; parce que nous ne nous laissons pas faire. Parce que le péché est là et que nous nous y sommes habitués ; parce que le démon aussi est là et qu’il cherche à nous empêcher de devenir l’être nouveau auquel Dieu nous appelle. Le chemin baptismal est tout sauf un chemin simple. Mais, ce qu’il faut nous redire, c’est que nous ne sommes pas seuls dans notre ou nos combat (s). Jésus les a vécus pour nous déjà. Et si nous nous ouvrons à Lui, alors, Il nous aidera dans les nôtres. Dans ces combats, faisons attention à un piège du démon par lequel il nous fait souvent tomber…nous sommes libres et nous demeurons libres. Certes, notre liberté peut être attaquée, abîmée…mais nous restons libres. Parfois, le démon nous induit en erreur par un espèce de sentiment de fatalité. « Cela devait se produire ; c’était comme ça ! Je n’y peux rien.» Ah bah, pas du tout ! Cela, c’est le Credo des gens qui ont abdiqué leur liberté ! Mais, nous sommes libres et Dieu soutient notre liberté par son être même ; Dieu est même mort pour que restaurer notre liberté.

 

            Ce combat spirituel s’exprime en premier lieu dans la prière. Nous sommes très nombreux à expérimenter que la prière est un lieu de combat. Parce que nous n’avons pas toujours le désir de prier ; parce que nous éprouvons des difficultés de concentration : notre esprit vagabonde ; parce que nous sommes secs…et bien d’autres choses encore !

            Souvenons-nous alors que notre prière est un lieu de décentrement, de dessaisissement. Quand je prie, je ne me regarde pas moi (en tout cas, il faut combattre ce mouvement) ; je regarde Dieu. Dans ma prière, j’arrête de passer mon temps à raconter ma vie à Dieu (qui la connaît) ; j’arrête de lui remplir ses oreilles avec ce que je lui dis. Je l’écoute. Qu’a-t-il à me dire ? La prière est aussi un lieu de mort à soi ; mais c’est une mort qui nous ouvre à la Vie.

Concrètement, qu’est-ce que cela donne ? Regardons l’Evangile. Jésus passe 40 jours au désert. Qu’évoque le chiffre 40 ? Tout d’abord, les 40 jours du déluge sous Noé ; puis les 40 ans de traversée du désert par le peuple Hébreu ; ainsi que les 40 jours que Moïse passa sur la montagne. Autrement dit, Jésus assume ce que nous avons raté ; ce qui n’était pas parfait ; ce qui était marqué par le péché. En regardant Jésus au désert, je découvre ce qu’il vient parfaire dans mon histoire, dans notre histoire, qui a échoué. C’est la même chose quand je prie. J’ai des soucis, des blessures, des peines. Dans ma prière, je regarde Jésus, Jésus qui est rejeté, Jésus qui souffre, Jésus qui pleure ; j’écoute Jésus et non mon ego. Et alors, par ma communion avec Lui, je vais me reconnaître et me retrouver en Lui. Je vais le découvrir qui vit cela en moi ; et je vais me découvrir vivant cela en Lui. Alors, par cette communion donc, je vais recevoir la lumière, la consolation, la guérison. Voilà ce qu’est profondément la prière : elle est le lieu d’une communion avec le Christ Jésus ; une prière authentique est une prière tournée d’abord vers Dieu et non vers moi et ma petite vie. La prière est le lieu d’un combat : mort à soi pour entrer dans la Vie.

 

            Dernière étape de ce cheminement baptismal marqué par le combat : je deviens missionnaire. Regardons à nouveau l’Evangile : « Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Evangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis (…). Convertissez-vous et croyez à l’Evangile. » » Jésus annonce l’Evangile une fois baptisé et une fois qu’il a remporté son combat contre le démon en attendant le combat final  à la Passion. Il y a un lien très profond et logique entre la qualité spirituelle des chrétiens et l’ardeur, le zèle missionnaire de l’Eglise. Quand le zèle missionnaire vient à manquer, c’est que la qualité spirituelle des chrétiens n’est pas suffisante. C’est-à-dire que les chrétiens, les baptisés, ne sont pas suffisamment solides dans leur combat spirituel. Trop d’arrangements, de compromission, de complicité avec l’esprit du monde. A l’inverse, le zèle missionnaire révèle une belle qualité spirituelle. Il faut soi-même vivre ce combat spirituel pour être apte à annoncer la foi et l’Evangile dans le monde et pour être crédible.

 

            Frères et sœurs, redécouvrons la beauté et la fécondité du combat spirituel ; il ne s’agit pas de faire des chrétiens des guerriers, mais de vivre l’authenticité de notre chemin baptismal qui passe par le combat, par la croix, pour arriver à la Vie. Prions pour tous ceux qui ont déserté les combats de la vie chrétienne et pour tous ceux qui pensent les avoir perdus d’avance ou qui n’ont plus la force de les mener. Amen !

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