Le Secrétariat du Synode publie ce mardi 3 mars les deux premiers rapports des dix groupes de travail institués par le Pape François à l’issue du Synode sur la synodalité. Ces documents portent sur la mission dans l’environnement numérique et la formation des prêtres. En se basant sur ces textes, les dicastères compétents et le Secrétariat général du synode devront élaborer des propositions opérationnelles.
Vatican News
En mars 2024, sur mandat du Pape François, le Secrétariat Général du Synode des évêques et les préfets des dicastères compétents avaient confié à dix groupes d’étude l’examen de plusieurs questions issues des deux sessions du Synode sur la synodalité. Ces groupes, composés de pasteurs et d’experts provenant de tous les continents, ont publié le 17 novembre 2025 leurs rapports intermédiaires sur ces différents thèmes, incluant la mission numérique, le rôle des femmes, l’Å“cuménisme, la polygamie, la liturgie, le ministère des nonces et la sélection des évêques.
Quatre mois plus tard, les groupes de travail III et IV, portant respectivement sur «La mission sur l’environnement numérique» et «La révision de la Ratio Fundamentalis Institutionis sacerdotalis dans une perspective synodale missionnaire» ont chacun rendu leur rapport final. «Les Rapports finaux sont le fruit d’un processus complexe», précise une note publiée ce 3 mars par le Secrétariat Général du Synode: «écoute de compétences et de professionnalités diverses, analyse de nombreuses contributions, recherche universitaire, dialogue avec diverses instances ecclésiales – des conférences épiscopales aux universités catholiques – et, surtout, discernement et prière». Ces rapports doivent être considérés comme des documents de travail, comprenant des avis et des propositions soumis au Saint-Père, et à partir desquels les dicastères compétents et le Secrétariat Général du Synode devront à présent élaborer des propositions opérationnelles.
Dans un esprit de transparence, le Pape Léon XIV «a décidé que les Rapports finaux seraient rendus publics au fur et à mesure qu’ils seront présentés au Secrétariat Général du Synode», souligne la note. La prochaine publication aura lieu le 10 mars. Une fois terminée la présentation de leur rapport, les groupes de travail «achèvent le mandat qui leur a été confié et sont donc considérés comme dissous».
Rapport final sur la mission numérique
Le groupe d’étude III a été chargé d’identifier des moyens concrets permettant de mener à bien et fidèlement la mission de l’Église dans le monde numérique. Le rapport met en avant plusieurs suggestions concrètes, structurées autour de cinq thématiques, sur la manière dont l’Église peut continuer à promouvoir sa mission d’annoncer de l’Évangile dans le monde virtuel. Tout d’abord, la synthèse du rapport souligne que «l’environnement numérique n’est pas simplement un ensemble d’outils à maîtriser» mais «une culture» à part entière.
Deuxièmement, «l’engagement numérique permet d’écouter, d’accompagner et de donner la parole à ceux dont la voix n’est pas entendue, et il est une expression de la mission sociale de l’Église». Cependant, «l’engagement numérique ne remplace pas les rencontres en personne, mais peut au contraire y conduire, enrichissant les relations et les communautés».
Troisièmement, «la culture numérique exige la même intentionnalité, la même formation et le même esprit missionnaire» que ceux apportés à «tout ministère interculturel». Ensuite, «sous sa meilleure forme, l’engagement numérique favorise naturellement les éléments de synodalité: l’écoute, la participation et la coresponsabilité». Il offre «des possibilités sans précédent d’écouter des voix différentes par leur origine, leur zone géographique et leur perspective, en particulier celles qui sont souvent marginalisées dans les contextes ecclésiaux traditionnels».
Néanmoins, le rapport rappelle les nombreux défis et les risques posés par l’environnement numérique, façonné «par des algorithmes qui peuvent nous isoler dans des chambres d’écho et nous manipuler», «par des modèles économiques qui monétisent notre attention et surveillent nos actions» et par «des dynamiques qui favorisent la polarisation». Le groupe de travail souligne également que les jeunes découvrent aujourd’hui souvent la foi pour la première fois en ligne, et qu’une foi «découverte exclusivement dans les espaces numériques risque de rester « désincarnée », sans s’enraciner dans des relations réelles ou dans la vie de l’Église».
Rapport final sur la formation des prêtres
Le groupe d’étude IV a préparé une proposition de «Document d’orientation pour la mise en Å“uvre de la Ratio Fundamentalis et de la Ratio Nationalis dans une perspective synodale missionnaire». Parmi les pistes de réflexions proposées, le document souligne l’importance d’une formation intégrale en mesure de garantir «aux candidats une véritable expérience de la condition humaine ordinaire et une immersion stable dans la vie de la communauté chrétienne», «capables d’assurer une maturation intégrale solide» et «évitant ainsi les conditions de séparation où l’irresponsabilité, la dissimulation et l’infantilisme clérical se développent plus facilement». Le groupe d’étude prône «une expérience réelle de foi et d’engagement dans la communauté chrétienne». Celle-ci serait «une condition préalable indispensable à un premier discernement de la vocation, avant d’entreprendre des chemins spécifiques».
Une deuxième série de pistes opérationnelles concerne «le style participatif et synodal qui doit animer la formation sacerdotale». Le document propose par exemple la constitution au sein des séminaires de «groupes de vie» qui permettraient de favoriser «une expérience effective de partage fraternel dans la communauté» et «dans lesquelles chacun peut acquérir des responsabilités et un esprit de service pour les choses de tous les jours, à l’abri d’une fuite vers un embourgeoisement hiérarchique».
Le document suggère d’apporter certaines modifications au curriculum théorique et pratique, ainsi que la mise en place d’une gestion synodale de la formation sacerdotale, incluant non seulement des laïcs hommes et femmes, mais particulièrement «des femmes préparées et compétentes à tous les niveaux de la formation».
Enfin, indique la synthèse du rapport, «la formation ne peut faire l’impasse sur l’annonce et le service aux pauvres dans le cadre d’une sensibilité globale au cri des périphéries et de la planète». «Dans le cheminement missionnaire et tout au long de la formation, il faut cultiver une fraternité Å“cuménique et interreligieuse».