Le 170e anniversaire de l’Œuvre d’Orient a connu l’un de ses sommets avec la messe annuelle de la Journée des chrétiens d’Orient présidée par le cardinal Claudio Gugerotti, préfet du dicastère pour les Églises orientales, en présence de Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, et de Mgr Hugues de Woillemont, directeur de l’association, dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Le lendemain, 11 mai, une conférence de presse a permis de faire le point et d’évaluer les résultats d’un sondage IFOP.
Janvier Yameogo – Cité du Vatican
L’Œuvre d’Orient est fondée en 1856 dans le contexte de la fin de la guerre de Crimée avec la signature du Traité de Paris reconnaissant à la France un rôle de protection des chrétiens de l’Empire ottoman.
Historique de l’Œuvre d’Orient
Initialement appelée L’Œuvre des Écoles d’Orient, l’institution est créée le 4 avril 1856, à l’initiative de professeurs laïcs de la Sorbonne convaincus de l’importance capitale de l’éducation pour l’avenir de toute société, avec ainsi pour objectif la création d’écoles au Liban. Ces professeurs, le mathématicien Augustin Cauchy, l’helléniste Charles Lenormant, mais également Alfred de Falloux et Charles de Montalembert furent soutenus de manière décisive par le père jésuite Gustave de Ravignan. En 1858, L’Œuvre des Écoles d’Orient est reconnue Œuvre d’Église par le Pape Pie IX.
Suite aux massacres de chrétiens par les Druzes en 1860, l’abbé Charles Martial Lavigerie, son premier directeur, recommanda d’élargir le champ d’action. Ainsi s’ouvre une grande histoire de solidarité. En 1886, Mgr Félix Charmetant, fervent défenseur de la cause arménienne, devient directeur de l’Œuvre des Écoles d’Orient. À partir de 1895, il a été l’un des personnages les plus actifs en France pour dénoncer les massacres et les crimes subis par les Arméniens et collecter des fonds pour leur venir en aide. L’orientation pour servir la défense des Églises orientales est prise.
C’est en 1931 que l’Œuvre des Écoles d’Orientdevient «l’Œuvre d’Orient» et collabore étroitement avec la Congrégation pour les Églises orientales. En 2010, Mgr Pascal Gollnisch devient le 11ème directeur de l’Œuvre d’Orient sur proposition de l’archevêque de Paris, le cardinal Vingt-Trois. Il sera ensuite, en 2014, nommé vicaire général de l’ordinariat des Orientaux catholiques en France.
Depuis sa création en 1856, l’Œuvre d’Orient, si elle a élargi son champ d’action, est restée fidèle à sa vocation: donner aux prêtres et aux communautés religieuses les moyens d’accomplir leurs missions, au service de tous.
Construire des relations avec les Églises d’Orient
Aux lendemains de la célébration, lors de la messe annuelle, de la Journée des chrétiens d’Orient qui témoigne de la richesse des différentes traditions orientales (maronite, melkite, chaldéenne, copte, arménienne, etc.) qui composent le paysage ecclésial français, une conférence de presse a été organisée.
Introduite par Armelle Milcent, chargée de communication, les différentes interventions de Mgr de Woillemont, Mgr Hanna Jallouf, Vincent Gelot et de Sœur Magda Smet ont permis de faire connaître le besoin d’aider «mais surtout de construire des relations avec les Églises d’Orient qui vivent des situations de grande fragilité» a insisté Mgr Hugues de Woillemont, vicaire général des catholiques orientaux de France et directeur général de l’Œuvre d’Orient. Le sondeur et analyste Jérôme Fourquet a ensuite disséqué et décortiqué les résultats du sondage IFOP.
Reconnaissance aux chrétiens d’Orient pour leur témoignage
Introduisant la conférence, Mgr Hugues de Woillemont, qui revenait juste d’Ukraine, a salué plus de 150 personnes provenant de 23 pays présentes depuis samedi à Paris pour la célébration des 170 ans. Remerciant tout d’abord les journalistes pour leur énorme contribution à «faire connaître les Églises d’Orient qui vivent des situations de grande fragilité soulignant le nombre de personnes déplacées, les morts, les blessés et personnes disparus», le directeur général de l’Œuvre d’Orient a poursuvi en affirmant que «les chrétiens d’Orient n’ont pas besoin de notre pitié mais qu’on leur soit reconnaissant pour le témoignage qu’ils donnent et ensuite se mettre à leur école. Cet anniversaire, a-t-il ensuite souligné, est une occasion de grande gratitude envers les donateurs privés et institutionnels. C’est l’amitié que nous partageons.»
«Pas peur des vrais croyants musulmans mais des fondamentalistes»
Dans son intervention en langue arabe -car les mots sont importants-, Mgr Hanna Jallouf, évêque d’Alep en Syrie depuis 2023, a également exprimé sa gratitude à l’Œuvre d’Orient avant de livrer son témoignage. «Il y avait plus de 300 000 chrétiens à Alep aujourd’hui, ils ne sont que 30 000 à cause de la guerre et de la peur.» Toutefois l’ordinaire d’Alep regrette la désinformation sur les réseaux sociaux rappelant que récemment le chiffre de «3 000 morts parmi les chrétiens a été publié alors qu’en réalité ils sont 13». Son témoignage insiste aussi sur le rôle des chrétiens comme sel, levain et lumière dans la société, en relevant qu’il n’a «pas peur des vrais croyants musulmans mais des fondamentalistes».
Maintenir cette mosaïque de diversité et de pluralité ethnique et religieuse
Vincent Gelot, en charge des projets de l’association au Liban et Syrie a ensuite prolongé le discours de Mgr Hanna Jallouf sur la situation en Syrie parlant de «pays traumatisé», de «populations absolument meurtries», «en 15 ans, 80 % de la communauté chrétienne autochtone de Syrie a disparu». Il a ensuite lancé un appel urgent à la communauté internationale afin «d’aider pour maintenir cette mosaïque de diversité et de pluralité ethnique et religieuse que constituent les communautés syriennes».
«Nous sommes très reconnaissants pour l’aide et la prière»
Soeur Magda Smet, Petite Soeur de Nazareth qui vit au camp de Dbayeh (Liban) témoigne des «nouvelles flambées de violence», «le bruit aigu des avions est très difficile et accentue le stress des populations. Notre fraternité est le lieu où tout le monde est accueilli, tout le monde cherche un petit moment de repos, cherche un endroit où pouvoir demander de l’aide sans avoir honte, aussi bien les déplacés que les réfugiés». Et elle exprime également sa gratitude, «grâce à l’Œuvre d’Orient, nous pouvons aider et donner des soins. Car la situation pèse trop sur les familles, il y a les dépressions, la croix pèse trop lourd. Nous sommes très reconnaissants pour l’aide et la prière dans l’espérance de vivre un autre monde de paix».
La France reste «un gisement important de soutien» aux chrétiens d’Orient
Analysant la perception des Français concernant les chrétiens d’Orient, Jérôme Fourquet le directeur du département Opinion de l’IFOP a d’abord exprimé sa joie d’accompagner ce sondage dans le cadre des 170 ans de l’association, dans un contexte géopolitique très chargé. Au niveau du décryptage, «un principe d’urgence se fait jour». 61 % des Français ont entendu parler des chrétiens d’Orient. L’étude met en lumière un regard complexe; l’aide concrète humanitaire et la pression diplomatique semblent privilégiées par rapport au soutien spirituel. La France reste «un gisement important de soutien» aux chrétiens d’Orient, souligne l’enquête et «les catholiques pratiquants n’ont pas l’apanage de l’aide aux chrétiens d’Orient».
«On a parfois pleuré, mais l’espérance persiste»
À la suite du directeur du département Opinion de l’IFOP qu’il remerciera, Mgr Hugues de Woillemont se dira étonné et que «l’enquête ouvre des perspectives pour l’Œuvre d’Orient qui est la seule association œuvrant en ce sens» et soulignant la générosité réconfortante des Français, estimera que cet anniversaire des 170 ans «est une fenêtre ouverte dans un contexte difficile». «On a parfois pleuré, mais l’espérance persiste», beaucoup de chrétiens ont la volonté de rester dans ces situations très difficiles et «nous cherchons à leur en donner les moyens». «Merci aux médias pour l’effort de compte-rendu et de donner une parole la plus juste possible de pays qui vivent des situations complexes», a-t-il conclu avant de se retirer pour une rencontre au sénat car l’enquête soulignait aussi l’engagement de l’État français pour les chrétiens d’Orient.
La bénédiction du Pape Léon XIV
Dans un message signé par le cardinal Parolin et délivré à l’occasion de la célébration des 170 ans de l‘Œuvre d’Orient, le Pape partage sa joie de «s’associer par la pensée et la prière à la célébration du 170e anniversaire de la fondation de l’Œuvre d’Orient». «Votre soutien dans la formation – des enfants et des jeunes comme des futurs religieux et des prêtres –, votre précieuse aide humanitaire, autant que la préservation du patrimoine chrétien, sont un secours inestimable et vital pour ces populations qui, à force de conflits ou de guerres, perdent courage et ont parfois l’impression d’être oubliées».
“Cet intérêt pour l’Orient, inscrit dans le cœur des Français, se traduit dans l’aide concrète et quotidienne que vous apportez à nos frères et sœurs éprouvés.”
«Chers membres de l’Œuvre d’Orient, bénévoles, volontaires et donateurs, sachez que vos prières et vos actions sont de grande valeur au regard de Dieu, comme sont précieux à ses yeux ceux qui en bénéficient et qui, sans votre concours, risqueraient de disparaître de ces terres bénies», peut-on lire dans le message. «En signe d’encouragement, Sa Sainteté le Pape Léon XIV accorde de grand cœur, à chacun, la bénédiction Apostolique».
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