La visite en Afrique révèle le cœur missionnaire de Léon XIV et Lire plus…
Comment Dieu est “tout entier” présent dans l’Eucharistie
L’homme qui cherche Dieu et Dieu qui se donne à l’homme, tel est le mystère de l’Eucharistie que l’Église honore spécialement lors de la solennité du Saint-Sacrement. À travers l’enseignement lumineux du théologien Tomas Tyn, Agnès Bastit-Kalinowska, sa traductrice, montre comment une meilleure compréhension de la présence du Christ dans l’eucharistie aide à mieux le vivre.
Alors que l’Église célèbre ce dimanche la fête du Saint-Sacrement, c’est un éclairage particulièrement saisissant sur le mystère de la présence du Christ à travers son que donne à découvrir Tomas Tyn, un dominicain tchèque mort à 40 ans, l’un des théologiens les plus doués de sa génération, dans Proximité du Dieu vivant. Quatre leçons sur l’eucharistie (Cerf). Aleteia a demandé à Agnès Bastit-Kalinowska, sa traductrice, comment le frère Tomas, dont la cause de béatification a été ouverte en 2006, aide à porter un regard nouveau sur le sacrifice parfait du Christ, à la fois prêtre et victime, qui se livre « tout entier » pour le salut des hommes.
Aleteia : Dans un style oral et une langue simple, le frère Tomas nous fait entrer dans la compréhension du mystère de la messe : qu’apporte-t-il de nouveau ? Agnès Bastit-Kalinowska : Il existe d’autres bonnes introductions à la messe, comme celle, excellente et très claire, de Mgr Michel Aupetit (Découvrir l’eucharistie, Salvator, 2005). Les exposés de Tomas Tyn ont pour spécificité de ne pas s’arrêter à l’explication des rites de la messe, dont il parle très peu, excepté pour les paroles de la consécration et pour la communion, mais d’aller au fond des choses et de chercher à donner à comprendre ce qui se passe vraiment à la messe, soit du point de vue de l’homme qui cherche Dieu, soit du point de vue de Dieu qui se donne à l’homme. Ce sont les deux points de départ, qui marquent plus généralement la vie sacramentelle du chrétien. D’un côté, l’homme cherche à se rapprocher de Dieu, à se relier à lui, à entrer en échange avec lui, à ne pas l’approcher « les mains vides », comme le dit la Bible (Ex 34, 20 ; Dt 16, 16) : il instaure donc des rites et présente des offrandes. De l’autre côté, Dieu agit pour l’homme, il lui communique sa grâce dans le cadre de « canaux » que sont les sacrements. Un bon exemple est celui du baptême : l’homme, dans diverses religions, pratique des bains et des purifications sacrées. Fruit de l’initiative du Sauveur, le baptême chrétien est un bain s’accompagnant d’une parole divine qui régénère le baptisé.
Qu’est-ce qui est spécifique à l’eucharistie ? Dans beaucoup de religions et dans le judaïsme ancien, l’homme cherche à exprimer à Dieu son action de grâces par des offrandes, il est conscient aussi de contribuer à expier ou compenser ses fautes par des sacrifices, mais il ne s’agit là que de tentatives imparfaites. S’appuyant sur la Lettre aux hébreux, Tyn rappelle comment, dans le cadre de la messe, Jésus présente le sacrifice parfait, le sacrifice même de la croix où il est à la fois le prêtre et la victime. L’analyse qu’il fait des récits évangéliques et des paroles de la consécration, qu’il convient de prendre de manière réaliste, est très éclairante : le corps « livré » pour les hommes et le sang « versé » pour eux est le sacrifice de la Nouvelle Alliance, qui nous libère du mal et nous ouvre la vie.
Comment l’Église a-t-elle rendu compte de la transformation du pain et du vin en corps et en sang du Christ ? La compréhension réaliste — et non pas symbolique — du « ceci est mon corps » est attestée dans l’Église depuis les plus anciens témoignages. Pour les saints Justin, Irénée, Cyrille de Jérusalem, Ambroise, Augustin etc., le pain n’est plus du pain, le vin n’est plus du vin, c’est vraiment le corps et le sang du Christ. À partir de Thomas d’Aquin, la réflexion philosophique permet de mieux comprendre que c’est la substance du corps de Jésus ressuscité qui est pleinement présente, sans qu’il n’y ait plus du pain que des apparences. Le terme privilégié par l’Église, à la suite de saint Thomas, est celui de « transsubstantiation », de mutation radicale de substance, que Tyn compare au surgissement d’un être nouveau au moment de la fécondation sexuelle. Le corps du Christ, physiquement en Dieu au ciel, se rend présent réellement et substantiellement, c’est-à-dire par ce qu’il est véritablement en lui-même. Tomas Tyn insiste beaucoup sur le fait que le Christ est présent « tout entier », son corps, son sang, son âme humaine, mais aussi sa personne divine de « Fils du Dieu vivant », inséparable de son humanité.
Quelle est la fonction de la communion ? À la suite de Thomas d’Aquin, Tyn approfondit la spiritualité de la communion. Il rappelle déjà que celle-ci n’est obligatoire que pour le célébrant, la messe restant une action dispensatrice de grâces même pour ceux qui, pour une raison ou pour une autre, s’abstiennent de communier. La communion est vraiment ce moment où se réalise en plénitude la rencontre vivifiante de l’homme et de Dieu. À travers la purification et la force apportées par le contact du Christ, la fin visée est l’association toujours plus intime avec lui, le fait de s’ajuster à lui et de partager ses sentiments (cf. Ph. 2, 5). Tyn peut ainsi dire à ses auditeurs : « Vous voyez combien il est important que, nous aussi, nous unissions nos sentiments, et pas seulement, notre volonté, et pas seulement celle-ci, mais toute notre vie, que nous unissions tout cela à Jésus, aux sentiments, à la volonté, à la vie de Jésus, à la croix de Jésus. »