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Homélie de la messe du 25 ème Dimanche du Temps Ordinaire du Père Julien PALCOUX

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25 ème Dimanche du Temps Ordinaire

Frères et sœurs,

Voici un Evangile très intéressant à commenter, car nous pouvons comprendre tout l’inverse de ce qu’il dit. Les paroles de Jésus sont ambigües et montrent une apparente contradiction. On trouve ainsi dans la bouche de Jésus : « Faîtes-vous des amis avec l’Argent Trompeur, afin que le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. » et on trouve plus loin : « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. » Ajoutons à cela l’impression que nous avons que Jésus fait l’éloge du gérant malhonnête. Alors, en fait, que veut nous dire Jésus ? Il va falloir procéder par étape pour tirer chacun des fils et défaire ce nœud.

Tout d’abord, nous allons partir de la dernière parole de Jésus, la plus claire : « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. » Pourquoi Jésus dit-il cela ?

Alors, attention, ne faisons pas une lecture marxiste de l’Evangile comme cela a pu être le cas dans les années post-conciliaires. Jésus n’a rien contre les gens qui ont de l’argent. Souvenez-vous à cet effet qu’Il était suivi par des personnes fortunées, et qu’Il avait pour amis la famille de Lazare, Marthe et Marie qui étaient des gens riches. Jésus nous alerte sur la question de l’utilisation des richesses et de l’argent ; mais Il n’a rien contre les personnes riches. En fait, Jésus nous dit que les logiques sous-jacentes au service de Dieu et au service de l’argent sont des logiques opposées et contraires. L’argent permet d’acheter, de posséder, de mettre la main sur ; c’est un moyen d’acquisition. La logique de Dieu est inverse : pour servir Dieu, pour le suivre, il faut se dessaisir de ce que nous sommes, de ce que nous avons. Ce sont deux logiques fondamentalement opposées. Et celui qui est pris dans la logique de l’argent, une logique d’acquisition, ne peut entrer dans celle de Dieu qui est une logique de dépossession. La logique de l’argent corrompt et fausse toutes les relations : on croit pouvoir avoir ce que l’on veut et l’on risque d’abîmer et de dénaturer nos relations. Les gens ne s’achètent pas, ne se possèdent pas.

Alors, deuxième étape maintenant : « Faîtes-vous des amis avec l’argent trompeur. » Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Jésus n’appelle pas à la malhonnêteté, ni à un certain machiavélisme. Il appelle au contraire à l’honnêteté. Il nous appelle à être honnête avec l’argent qui par nature est trompeur ; à ne pas nous laisser piéger par sa logique de possession, d’illusion. Et d’ailleurs, Jésus éclaircit son propos : « Si vous n’avez pas été digne de confiance avec l’Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? » La véritable question est là : notre manière de nous comporter avec l’argent, qui peut inciter facilement à la malhonnêteté, risque de compliquer notre préparation au Bien Véritable, c’est-à-dire à la Vie Eternelle. Or la Vie Eternelle ne s’achète pas ; elle ne se paye pas. Elle se reçoit à la mesure de ce que nous acceptons de laisser et de nous défaire.

Il y a aussi dans les propos de Jésus un appel à l’intelligence et à l’habileté : « Les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. » Nous le voyons tous les jours : les magouilleurs de ce monde sont habiles pour manipuler, pour tromper, pour cacher. Et, parfois, les chrétiens, sous couverts d’être gentils et de dire « Amen » à tout sont un peu « neuneu », passez-moi l’expression, enfin « naïfs ». Mais il n’est ni interdit ni impossible d’être intelligent, voire habile, et d’être honnête.

Voilà en substance ce que nous dit Jésus à travers ses paroles qui peuvent paraître ambigües. Alors, je profite du fait que les textes de la messe abordent ces questions pour aborder avec vous, ce que l’on fait très rarement, la question de l’argent et de l’Eglise. On vous en parle peu.

L’Eglise, en France, ne vit que du don des fidèles. Elle n’a aucun financement public, aucune subvention, aucune aide de l’Etat, principe de laïcité de l’Etat oblige. Ceci est d’ailleurs le gage de sa liberté et de son indépendance. Il y a trois ressources financières principales pour l’Eglise : le denier de l’Eglise, autrefois appelé denier du culte ; les quêtes et les casuels et les dons ou les legs.

Le denier de l’Eglise est ce qui permet de financer le traitement des prêtres, c’est-à-dire, le salaire. En fait, le prêtre touche comme salaire le montant d’une intention de messe par jour, complété par le denier de l’Eglise. Ce qui implique que, normalement, les prêtres se doivent de célébrer une messe par jour. Le denier de l’Eglise sert aussi à payer le salaire des laïcs travaillant au diocèse. Vous connaissez la réalité de l’Eglise. Les générations qui avancent en âge et s’en retournent vers Dieu étaient des générations habituées à donner du culte ; ce qui n’est pas du tout le cas chez les jeunes générations qui viennent demander un service à l’Eglise : catéchisme, baptême, mariage, obsèques. Il y a donc aujourd’hui un creux important car les donateurs ne sont pas remplacés. Dernière précision sur ce sujet, parce qu’on entend beaucoup de bêtises sur la question : le prêtre et la paroisse ne touchent rien directement de la part des donateurs. Tout est envoyé à l’Evêché ; et les dons sont déductibles des impôts.

Autre ressource financière : les quêtes. Là aussi, je vais décevoir un certain nombre d’entre vous. Le prêtre ne touche rien des quêtes. Elles sont encaissées sur le compte de la paroisse et servent à payer les charges de la paroisse : électricité, chauffage, entretien des bâtiments, fournitures, assurances etc…Quelques quêtes appelées « quêtes impérées » sont prélevées à raison de 80 pr cent et vont directement à l’Evêché pour telle ou telle cause. Seuls 20 pr cent restent à la paroisse.

Autre ressource : les casuels. On appelle casuel les offrandes faites à l’Eglise, et non au prêtre comme certains le croient, à l’occasion d’un service demandé à l’Eglise : baptême, funérailles, mariage. Ces derniers sont similaires d’une paroisse à l’autre, à peu de chose près. Les casuels restent une offrande et donc chacun est invité à donner en fonction de ses possibilités. Il est un fait, qu’il y a un écart énorme entre ce que les familles mettent pour une fête religieuse et le peu qu’elles donnent à l’Eglise au travers des quêtes et des casuels. Il y a souvent ici quelque chose qui n’est pas très juste. A ce sujet, j’en profite pour dire ou redire que la confrérie des frères de charité aide régulièrement des personnes ou des familles en difficulté pour aider à l’offrande du casuel.

Dernière ressource pour l’Eglise : les dons ou les legs. C’est aussi malheureusement une ressource qui diminue. En tout cas, si des personnes sont intéressées et souhaitent que leurs dons restent à la paroisse, il faut l’écrire très clairement.

Je souhaite que ces quelques informations éclairent ceux qui ne savent pas trop comment fonctionne l’argent dans l’Eglise, et par là même, clarifier les choses fausses que l’on entend régulièrement sur le train de vie de l’Eglise. L’offrande faite à l’Eglise aide l’Eglise à vivre et à assurer sa mission. Que ces questions matérielles ne nous détournent pas de la préparation au « Bien Véritable » qui est la rencontre avec Dieu au terme de notre vie, ou dit autrement la Vie Eternelle. Amen !

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