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Homélie de la messe du 27ème Dimanche du Temps Ordinaire du Père Julien PALCOUX

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27ème Dimanche du Temps Ordinaire

« Augmente en nous la foi »…telle est la demande des Apôtres à Jésus. Certainement la proximité avec Jésus, avec la force de sa divinité qui émane de Lui, la confrontation au monde et ses contradictions, rendent lucides les Apôtres sur leur petitesse et sur la fragilité de leur foi. Alors, ils demandent à Jésus : « Augmente en nous la foi ».

Le fait de demander à Jésus qu’Il augmente leur foi, c’est déjà reconnaître implicitement que la foi vient de Dieu et que c’est Dieu qui en est le principe de croissance. Bien souvent dans la bouche des gens de culture chrétienne, la foi est vue comme une espèce de sentiment vague qui nous fait dire qu’on croit en quelque chose qui dépasse notre humanité. Parfois, on va un peu plus loin : on arrive à identifier une force qui nous pousse au-delà de notre humanité.

Bien, précisément, la foi est une vertu théologale, mise en nous par Dieu au moment du baptême. La foi est un des dons du baptême. Une vertu théologale, c’est une force, un dynamisme, mis par Dieu en nous pour nous permettre d’aller à Lui. C’est cela que signifie théologale. La foi est donc un don de Dieu et non un sentiment humain. Les vertus théologales sont au nombre de 3 : la foi, l’espérance et la charité. Toutes trois sont données au moment du baptême. Elles marquent notre être de Dieu. Elles nous permettent d’aller à Dieu.

Mais la vertu théologale qu’est la foi permet aussi à Dieu d’agir en nous, au cœur de notre vie, de notre existence. Cela, c’est un véritable trésor, une formidable force. Parce que la réalité de notre monde, de notre existence est souvent difficile. Or, la foi chrétienne n’empêche pas les épreuves de survenir ; elles n’empêchent pas la maladie, elles n’empêchent pas la mort. Au contraire, la foi chrétienne nous pousse à assumer la réalité, dans la vérité, et c’est dans cette assomption de la réalité aussi difficile soit-elle, que la foi permet à Dieu d’agir. Sans consentement à la réalité des choses, sans acte de foi de notre part, nous ne permettons pas à Dieu d’agir.

C’est le sens de l’image que Jésus emploie. « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’ ; il vous obéirait. » Bien sûr, Jésus veut dire que la foi permet l’impossible. D’ailleurs, l’expression est passée dans le vocabulaire français sous la forme d’un proverbe : « La foi à déraciner les montagnes. » La foi permet l’impossible parce qu’elle permet à Dieu d’agir avec ses moyens qui ne sont pas les nôtres. Mais, nous pouvons faire une lecture plus symbolique de cette image qu’emploie Jésus. L’arbre peut être l’image de la croix. La mer la représentation des forces de mort, des forces du mal. Dire que la foi permet à un arbre de se planter dans la mer revient à dire que la foi permet d’ouvrir à la vie dans les forces de mort. Et là, nous sommes au cœur de la foi chrétienne.

Ceci dit, si la foi a sa source en Dieu, si Dieu en est le principe de croissance, si la foi nous permet d’aller à Dieu et permet à Dieu d’agir en nous, elle requiert l’usage de notre liberté. Dieu ne fait rien sans nous, rien contre nous. Là aussi souvent, il y a quelque chose de pas très bien compris par exemple chez les adultes demandant le baptême pour leurs enfants. On a souvent l’impression que le baptême sera comme un gris-gris magique qui protègera l’enfant de tout mal. Mais, il n’en est rien. Le baptême ne produira rien si le baptisé n’engage pas sa liberté et n’offre pas son consentement.

Or, c’est ici que l’attitude de foi et l’acte de foi que nous faisons sont importants. Tous deux impliquent justement que nous engageons notre foi ; l’attitude de foi comme l’acte de foi présupposent qu’il y a un risque, que nous n’avons pas de garanties. La première lecture exprime bien ce que je dis. L’auteur en appelle à Dieu devant le spectacle désolant que lui offre le monde : « Pourquoi m’obliges tu à voir l’abomination et restes-tu à regarder notre misère ? » Et il adopte une attitude de foi : « Je guetterai ce que dira le Seigneur. » Il se tourne vers Dieu et écoute Dieu. L’attitude de foi consiste à se tourner vers Dieu et à se mettre à son écoute dans la certitude que rien n’échappe à Dieu et qu’Il répondra. C’est ce que dit Dieu au prophète Habacuc dans la première lecture : « Cette vision se réalisera, mais seulement au temps fixé. (…) si elle paraît tarder, attends-la. » L’attitude de foi repose sur la certitude que Dieu répondra.

L’acte de foi est une parole que nous prononçons intérieurement ou extérieurement qui nous redit la certitude que nous avons que Dieu est présent, qu’Il agit même si nous ne le voyons pas. Qui parmi nous se souvient de la prière de l’acte de foi ? Je vous la redonne : «  Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que Vous avez révélées et que Vous enseignez par Votre Sainte Église, parce que vous ne pouvez ni Vous tromper ni nous tromper. »

L’attitude de foi comme l’acte de foi sont indispensables à la vie chrétienne. Ils sont surtout utiles quand nous sommes dans le doute, dans les épreuves, dans la maladie, le deuil, lorsque nous ne voyons pas quel chemin prendre, quelle décision est la bonne. Ils permettent de purifier et de corriger des lectures que nous pouvons faire qui sont fausses, des attitudes que nous avons qui ne sont pas spontanément évangéliques. Ils sont utiles pour la justesse de la vie chrétienne…et ils permettent par notre adhésion personnelle à Dieu d’agir dans des réalités parfois complexes et pas très claires.

La foi conduit aussi à se mettre au service de Dieu. C’est le sens des paroles de Jésus sur le Serviteur inutile. Il y a plusieurs manières de se mettre au service de Dieu et des autres. Mais, il y a toujours à purifier, qui que nous soyons, le service de Dieu que nous accomplissons. Et ce, même dans notre relation à Dieu. Qui s’adresse à Dieu de manière totalement gratuite et désintéressée ? Qui s’adresse à Dieu seulement pour Lui ? Même un prêtre prie pour ses paroissiens, pour ceux qui lui sont confiés. Certes la liturgie est un lieu de gratuité où l’on apprend à adorer Dieu pour Lui-même. La liturgie ne se vit pas comme un fonctionnaire qui compte le temps qu’il est resté à prier ou qui part avant la fin de la messe parce que cela dure trop longtemps. Chacun de nous trouve aussi une sorte d’équilibre dans sa relation à Dieu. Quant au service des autres, il est aussi toujours à purifier. Le démon sait aussi insinuer dans les meilleures intentions la recherche d’un contentement personnel, parfois la recherche d’une reconnaissance, d’un pouvoir. Or, Jésus nous invite à une purification totale de nos intentions : « Nous n’avons fait que notre devoir. » Cette purification de nos intentions, difficile et exigeante, ne peut avoir lieu qu’en raison de notre foi parce que c’est Dieu et Dieu seul qui la conduit en nous.

Frères et Sœurs, rendons grâce à Dieu pour le don de la foi. Prions pour tous ceux qui enfouissent ce don au fond de leur cœur et n’ont pas le souci ou ont perdu le souci de vivre de leur foi ; prions aussi pour tous ceux qui ont mission de transmettre la foi. Confions à la Vierge Marie, modèle de foi, la croissance de foi de tous ses enfants. Amen !

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