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Homélie de la messe de l’Epiphanie du Père Julien PALCOUX – 2013

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Epiphanie 2013

 

 

« Voici venir le Seigneur souverain; il tient en main la royauté, la puissance et l’empire; » telle est l’antienne d’ouverture de cette messe de l’Epiphanie. Quel contraste entre cette annonce royale et grandiose et ce petit enfant que les mages viennent adorer dans une crèche! Mais quel contraste aussi entre ces 2 attitudes que nous présente l’Evangile à l’occasion de la manifestation, de la révélation de Dieu : entre l’adoration des Mages qui traversent des pays, font des kms pour venir « se prosterner » devant « le Roi d’Israël » en lui apportant des cadeaux et l’inquiétude du Roi Hérode, inquiétude qui va le conduire à refuser le don de Dieu et à vouloir tuer Dieu! Mais ces attitudes à ce point opposées nous révèlent l’importance de l’Evènement que nous fêtons aujourd’hui. Dieu ne laisse pas indifférent!

 

Que nous apprend cette fête de l’Epiphanie? Cette fête de l’Epiphanie nous apprend au moins 3 choses. La première, c’est qu’il y a une diversité de voies d’accès à Dieu : les mages en effet viennent d’un pays, et d’une autre culture autres que la culture juive. La deuxième, c’est que le Salut proposé dans cet Enfant est réellement un salut offert à tous, et non plus à un seul peuple élu. Enfin, troisième chose, cette fête de l’Epiphanie nous enseigne quant à la mission de l’Eglise.

 

Regardons chacun de ces points. Le premier réside dans la reconnaissance de la diversité des voies d’accès à Dieu. Les Mages, comme je le disais plus haut, viennent d’un autre pays, de « l’Orient » nous dit l’Evangile. Ils ne sont donc juifs ni civilement, ni religieusement. Ils ne sont pas préparés depuis des siècles à attendre le Messie. C’est par leur science d’étude des astres qu’ils vont être conduits jusqu’au petit enfant de la crèche! Leur démarche nous révèle que la science conduit à Dieu, que la science ne s’oppose pas à la foi, voire même qu’elle conduit à la foi. C’est leur science qui les conduit à l’autorité politique qu’est le Roi Hérode pour lui demander où est le « Roi des Juifs » qui vient de naître. C’est leur science qui les conduit à venir se prosterner devant l’enfant de la crèche. C’est leur science qui les conduit à cet acte de foi qui leur fait reconnaître en ce nouveau-né le Messie.

Il ne vous aura pas échappé, frères et soeurs, que nos derniers Papes, Jean-Paul II et Benoît XVI, ont eu à coeur de rappeler que science et foi ne s’opposaient pas. Comme le rappelait Benoît XVI, il ne peut y avoir aucune opposition fondamentale entre la science et la foi étant donné que toutes les deux ont Dieu pour origine et pour fin. Benoît XVI rappelle d’ailleurs à juste titre que l’Evangile du Jour de Noël nous dit ceci : « Au commencement était le Verbe. » Or le terme français « Verbe » est une traduction du terme grec « Logos » qui signifie : parole, discours, raison, intelligence. Dire « qu’au commencement était le Verbe » signifie aussi dire qu’au commencement était la raison, l’intelligence. Il ne peut donc y avoir structurellement parlant aucune opposition entre la science et la Foi. Bien plus, les 2 domaines se pénètrent, se complètent et s’appellent l’un l’autre. La foi a besoin de la science car la foi n’est pas une réalité anarchique sans intelligence propre, sans cohérence propre. La foi a sa logique interne qui se propose à l’exercice de la raison et de l’intelligence. La science quant à elle, lorsqu’elle n’est ni dévoyée ni pervertie par l’orgueil de l’homme, est conduite à reconnaître ses limites, sa finitude en même temps qu’elle préssent et admire, à sa manière, l’intelligence supérieure qu’elle découvre petit à petit. En ce sens, la science a besoin de la foi pour éviter de se pervertir et de se perdre. Mais, le chemin de la science tout honorable soit-il, ne fait pas l’impasse sur l’ acte de foi à poser à un moment donné. En ce sens, frères et soeurs, il faut sortir et aider nos contemporains à sortir des schémas dépassés de l’Eglise et de la science qui s’opposent. Cela a été vrai à certaines périodes de l’histoire, mais maintenant cela remonte à plusieurs siècles! Ce n’est plus du tout, et depuis longtemps, la situation actuelle. 

Cette diversité des voies d’accès à Dieu met en lumière cette nouveauté inaugurée en Jésus : le salut est offert et proposé à tous! Avec l’Epiphanie, nous sortons définitivement de l’Ancien Testament où le Salut n’était proposé qu’à un peuple élu. La venue des Rois Mages est déjà l’annonce de l’ouverture de l’Evangile et de la foi aux païens. Dieu ne veut pas sauver qu’un peuple, mais Il veut aussi offrir son salut au monde entier. Et ce salut consiste précisément en la reconnaissance de Jésus comme Fils de Dieu. Nous abordons ici une question délicate qui a beaucoup agité l’Eglise au cours des siècles, question sur laquelle le Concile Vatican II jette une lumière nouvelle : c’est la question du salut pour les personnes ou bien qui ne partagent pas notre foi ou bien qui adhèrent à une autre Eglise. On est passé de « Hors de l’Eglise, point de salut! » à aujourd’hui « tout le monde est sauvé quelle que soit sa vie ou sa religion ». Là aussi, il faut se méfier des idées toutes faites qu’on colporte rapidement, idées souvent aussi imprécises que fausses ou caricaturées, car cette question est bien plus subtile qu’il n’y paraît. La première vérité qu’enseigne l’Eglise est donnée dans cette fête de Noël, dans cette annonce des anges : « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. », « aux hommes de bonne volonté, cela veut dire aux homme qui veulent et recherchent le Bien ». Donc, le premier élément à retenir est que sont associés au salut tous les hommes qui vivent selon le Bien et essayent de le construire. Le deuxième élément à poser est que participent au Salut tous ceux qui reconnaissent explicitement en Jésus le Fils de Dieu. Mais les divisions au cours de l’histoire font qu’aujourd’hui plusieurs confessions chrétiennes reconnaissent Jésus comme le Fils de Dieu. L’Eglise enseigne que, dès l’instant que l’on reconnaît Jésus comme le Messie, on est associé au salut proposé par Dieu. Mais l’Eglise nous précise aussi que la plénitude des moyens du salut, offerts en Jésus-Christ, est et demeure dans l’église qui est restée la plus fidèle à celle instituée du vivant du Christ, c’est-à-dire dans l’Eglise qui a gardé la succession apostolique et la primauté de Pierre, c’est-à-dire dans l’Eglise catholique qu’elle soit de langue latine ou grecque.(Constitution Lumen Gentium) Pour toutes les autres situations, la même constitution Lumen Gentium dit que la question du salut pour les personnes ne partageant pas notre foi demeure un mystère que Dieu seul connaît.

Mais ce salut proposé à tous les hommes dans cet enfant rencontre la liberté de l’homme. Dans l’Evangile du Jour de Noël nous entendions cette phrase de St Jean : « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reconnu. » Aujourd’hui dans l’Evangile de l’Epiphanie, nous voyons Hérode prendre peur et se mettre à rechercher l’Enfant pour le tuer. C’est une triste réalité que Dieu n’est pas perçu comme celui qui veut nous sauver, mais comme celui qui fait peur et que l’on cherche à tuer. Aujourd’hui aussi, malheureusement, Dieu est encore perçu comme celui qui fait peur, comme celui dont il faut se protéger, comme celui qu’il faut combattre. Et l’on cherche alors à tuer Dieu. Oh, insidueusement! Cela se fait doucement! De manière détournée! Prenez la laïcité par ex. Est-ce vraiment la religion catholique qui met aujourd’hui la laïcité en question? En péril?

Mais, plus profondément, il nous faut combattre le mal à la racine, c’est-à-dire dans la recherche de ce qui fait que Dieu fait peur et qu’on cherche à le tuer. Et une fois de plus, nous tombons sur le péché, sur ce péché qui nous fait voir Dieu comme un ennemi, comme une menace pour notre personne, pour notre « moi », alors qu’il en est à l’origine. Hérode prend peur pour lui même, pour son pouvoir personnel. Son égo déforme et pervertit la réalité de Dieu, et il entre dans une logique de mort, dans une logique de combat de Dieu. L’attitude d’Hérode, frères et soeurs, nous alerte sur nos propres images de Dieu. Celles-ci doivent être sans arrêt purifiées, corrigées, actualisées pour prendre un vocabulaire informatique, sans quoi, elles nous induisent en erreur. Et là aussi, que de travail pour nous et nos frères et soeurs, à dépoussiérer toutes ces images de Dieu que l’on véhicule!

 

Enfin, dernier enseignement de cette fête de l’Epiphanie. Cette fête détermine et caractérise la mission de l’Eglise. C’est parce que le Salut est offert à tous que l’Eglise a une mission catholique, et qu’elle ne se cantonne pas chez un seul peuple. La diversité des moyens d’accès à Dieu est assumée et assurée par l’Esprit-Saint comme le rappelle St Paul dans la lecture aux Ephésiens. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, dans le Credo, l’Eglise est mentionnée après l’Esprit-Saint, parce que c’est Lui qui lui donne sa Vie, sa vitalité, sa croissance; c’est Lui qui assure son dynamisme missionnaire. L’Epiphanie du Seigneur conditionne la catholicité de l’Eglise.

Dans cette année de la foi, nous avons les uns les autres à nous interroger sur l’image de Dieu que nous révélons au travers de nos paroles, de nos attitudes, de nos actes. Comme je l’ai dit au cours de cette homélie, beaucoup de nos frères et soeurs demeurent prisonniers de fausses images de Dieu : que cela soit dans l’opposition entre la science et la foi, que cela soit dans des caricatures des enseignements de l’Eglise par rapport au salut notammement ou encore dans les fausses images de Dieu induites par notre péché. Ces écueils sont pour nous autant d’appels à des conversions profondes. Puisse cette fête de l’Epiphanie nous donner à voir Dieu tel qu’il veut lui-même se rendre présent à chacun de nous et puisse cette fête renouveler le dynamisme missionnaire de l’Eglise ! Amen !

 

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