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Homélie de la messe du 5ème dimanche du Temps ordinaire du Père Julien PALCOUX

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5ème dimanche Temps ordinaire Année A

Frères et sœurs,

Maintenant que nous sommes entrés dans le Temps Ordinaire, nous méditons de dimanche en dimanche sur notre condition de baptisés, sur notre mission de baptisés. Les images qu’emploie Jésus dans l’Evangile sont des images éloquentes : le sel et la lumière. D’ailleurs, ces deux éléments sont utilisés dans le rituel du baptême (je vous parlais de notre mission de baptisés) : le sel en tout cas était utilisé dans l’ancien rite du baptême pour signifier la mission du baptisé qui est d’apporter du goût au monde dans lequel il vit ; par suite, le sel a reçu la caractéristique de protéger du démon, parce qu’il a récupéré la signification même du baptême qui est de protéger du démon ; la lumière, quant à elle, est toujours maintenue dans le rite du baptême : elle signifie et la transmission de la foi et la mission du baptisé qui est d’apporter la lumière du Christ Ressuscité au monde. Deux images, je vous le disais sont éloquentes. Elles disent par elles-mêmes et l’identité du baptisé et sa mission. Pour que le sel apporte du goût, c’est qu’il est nécessairement distinct du reste des aliments qu’il vient agrémenter ; pour que la lumière éclaire, c’est qu’elle se démarque de l’environnement dans lequel elle est. Ces deux images nous révèlent la particularité du chrétien qui est de se distinguer du monde dans lequel il vit, au risque de ne rien pouvoir apporter au monde.

Mais, la réalité humaine est marquée par une tentation bien connue et répandue qui est la tentation de l’assimilation. Tout être humain est habité par cette tentation. Être comme les autres, ne pas se démarquer des autres. Penser comme les autres. Et les chrétiens n’échappent pas à ce danger. Tout comme le peuple d’Israël dans son histoire.

La conscience que le peuple d’Israël a de sa particularité est ambivalente. D’une part, Israël a conscience aigüe d’être un peuple aimé et mis à part par le Seigneur ; d’autre part, il ne cesse de combattre sa particularité. Alors qu’il était gouverné par les patriarches, Israël va réclamer un Roi pour être comme les autres peuples autour de qui il vit. Et, Israël aura un Roi, le Roi Saül, qui sera un mauvais roi. Alors qu’Israël est sans cesse appelé par Dieu à l’honorer et à d’adorer comme le seul et le vrai Dieu, il est tenté par le culte des dieux étrangers, le culte des idoles.

Jésus, dans son enseignement, donne la clé de cette question cruciale. Il dira au moment de sa prière finale à ses disciples : « Vous êtes dans le monde, vous qui n’êtes pas du monde. » Tout est dit dans cet enseignement. Les chrétiens ne sont pas du monde car le but de leur vie n’est pas dans ce monde ; mais ils sont dans le monde et appelés à évangéliser et à aimer le monde dans lequel ils vivent. Cette conscience claire et précise de notre identité donne la clé pour comprendre la suprême liberté de Jésus par rapport au monde. Lors de son procès chez Pilate, Jésus ne se défend pas : « Mon royaume n’est pas de ce monde. » dira-t-il. Cette conscience juste de notre rapport au monde permet de comprendre l’apparent échec de Jésus au jour de sa mort sur la Croix. La « réussite » de  Jésus n’est pas à envisager comme la réussite des hommes. Les moyens utilisés par Dieu ne sont pas à comparer aux moyens utilisés par les hommes. C’est ce dont témoigne St Paul dans la 2ème lecture : « Mon langage, ma proclamation de l’Evangile n’avait rien à voir avec le langage d’une sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. »

Ainsi donc, cette tentation de l’assimilation a toujours existé, que cela soit par rapport au monde ou par rapport aux moyens utilisés pour l’évangélisation. Ce que l’expérience ou l’histoire nous apprennent, c’est que la foi chrétienne s’amenuise et perd de sa force et de sa substance lorsqu’ elle entretient avec le monde un rapport d’assimilation, et qu’à l’inverse, la foi chrétienne se fortifie lorsqu’elle est dans un rapport de distinction. L’exemple le plus parlant et le plus complet de ce que je dis est la réalité du martyre. Le martyre est l’expression la plus poussée du refus de l’assimilation au monde en même temps que le martyre est la plus grande occasion de fécondité pour l’Eglise, puisque partout où la foi a pénétré, elle est entrée par la porte du martyre.

Aujourd’hui aussi, frères et sœurs, et l’actualité récente de l’Eglise nous le montre, nous nous situons dans une période exaltante (et parfois pas bien comprise) parce qu’une période transitoire dans notre rapport au monde. Le contexte ecclésial idéologique qui dominait au moment du Concile Vatican II était porté par un courant de rapprochement avec le monde, ce qui a contribué à accélérer le mouvement de sécularisation. Ainsi, par exemple, les prêtres, religieux et religieuses ont quitté l’habit pour mieux rejoindre le monde et les personnes qui y vivaient. Ainsi a-t-on voulu rapprocher la liturgie du peuple de Dieu et on a été plus insistants et plus sensibles à la dimension humaine dans la liturgie. Bien souvent aussi, l’annonce de la foi a coïncidé avec des combats et des options politiques bien ancrés dans la pensée du monde. Voulant se rapprocher du monde, ce qui était tout à fait compréhensible et estimable, l’Eglise s’est parfois assimilée au monde, perdant ainsi une partie de son identité, de sa substance et du message qu’elle apportait. Je ne dis pas que cela n’a pas été positif ni qu’il n’y a pas eu de bons fruits; je dis qu’il y a eu des excès et, à terme, un affadissement de la foi.

Depuis à peu près une dizaine d’année, le rapport au monde change à nouveau dans l’Eglise. L’Eglise, et ses ministres, retrouvent le goût et l’estime des signes d’identité de la foi chrétienne dans un monde qui a perdu ses signes et ses repères : c’est le retour de l’habit sacerdotal, le retour d’une liturgie plus transcendante. Un des signes les plus marquants de ces derniers temps est l’émergence d’une jeunesse décomplexée qui s’affiche comme catholique (je pense aux JMJ…) dans la société et qui fait entendre la voix de l’Eglise dans les débats actuels de société. Ceux qui parmi nous ont participé à la manifestation dimanche dernier ont pu le vérifier. Là, il y a une évolution décisive dans le rapport au monde. Quoiqu’il en soit de la période dans laquelle nous vivons, nous avons tous à gérer et à équilibrer notre rapport au monde. Nous avons à trouver cette juste distance avec notre monde sans craindre de nous laisser assimiler par ces modes de pensée dogmatique et d’apparence incontestables, mais sans non plus entrer dans un dénigrement de notre monde qui nous ferait trouver que tout est moche, qu’il n’y a rien de beau et de bon. Nous avons à retrouver l’audace de la foi et surtout la liberté de penser. Liberté de penser par rapport aux dogmes de la pensée unique. Ce n’est pas l’Eglise qui est dogmatique ; c’est le monde !

Alors, dans ce souci qui est le nôtre aujourd’hui, dans notre paroisse, dans notre diocèse, le souci de la mission, nous devons repenser et réajuster notre rapport au monde. La mission des baptisés est assurément une participation à la mission du Christ : mission sacerdotale, prophétique et royale. La première lecture, entre autres, nous rappelle les exigences de la mission des fidèles du peuple de Dieu dans notre monde : « Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtements. » Notre participation à la vie de ce monde ne peut pas et ne doit pas faire l’impasse sur tous ces aspects ; sinon, notre rapport au monde est faussé. Et je relance ici un appel aux bonnes volontés pour participer au travail du secours catholique, ou encore pour nous aider, aider la paroisse, aider l’Eglise, à remettre le pied dans des quartiers où elle n’est plus présente et où d’autres formes religieuses prennent le dessus.

Mais le souci de la mission et de l’évangélisation passe aussi par une participation aux débats de société actuels, où, contrairement à ce que l’on peut entendre dans les médias, dans les dogmes de la pensée unique, l’Eglise n’apporte pas une lumière rétrograde, mais au contraire la lumière de l’Evangile sur les réalités humaines qui sont en question. L’Eglise n’est pas par nature réactionnaire, elle est par nature évangélisatrice. Or la lumière de son enseignement, puisque l’Evangile nous rappelle que nous sommes la lumière, repose sur trois piliers :

  1. sur le respect profond de la nature : on respecte ce que la nature fait sans la violenter ni la contraindre. On respecte la vie du début jusqu’à la fin. On ne force pas, par des lois, à faire ce que la nature ne permet pas. (En l’occurrence mettre des enfants dans les bras de couples homosexuels).

  2. Sur l’exercice de la raison. L’enseignement de l’Eglise se propose à notre intelligence et requiert l’exercice de notre intelligence. Le « Verbe » qu’est Dieu est aussi le Logos c’est-à-dire la raison, l’intelligence.

  3. Sur la révélation divine. L’enseignement de l’Eglise repose sur les actes et les paroles de Jésus que Dieu a voulu nous faire connaître.

Frères et sœurs, nous sommes le sel de la terre ; nous sommes la lumière du monde. Que notre rapport au monde puisse se réajuster afin que nous ayons quelque chose à apporter à notre monde. Amen !

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