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Homélie de la messe du 6ème dimanche du Temps ordinaire du Père Julien PALCOUX

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6èm dimanche du Temps ordinaire Année A

Frères et sœurs,

 

            Nous entendons un long passage d’Evangile qui nous présente toute la nouveauté de l’enseignement de Jésus par rapport à la Loi de Moïse. La liberté que Jésus exprime par rapport à la Loi de Moïse mérite qu’on s’arrête sur le rapport de Jésus à la Loi. Qu’est-ce que cette page d’Evangile nous apprend sur le rapport de Jésus à la Loi ? Eh bien qu’Il est libre ! Jésus désabsolutise la Loi. Et pour éviter toute confusion, Il prévient : « Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les prophètes : je ne suis pas venu abolir mais accomplir. »

            Jésus désabsolutise la Loi de plusieurs manières. Tout d’abord, Il montre que la Loi doit être explicitée, doit être développée. Elle n’est pas un tout intouchable. Ainsi, dans son discours : « vous avez appris qu’il a été dit », « eh bien, moi, je vous dis ». Jésus précise et développe la Loi. Par exemple, Il reprend le commandement « Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il ne répondra au tribunal. » Et partant de ce commandement, Jésus l’explicite : « Si quelqu’un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu’un maudit son frère, il sera passible de la géhenne du feu. Etc… » Le plus marquant est certainement le commandement sur l’adultère : « Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu ne commettras pas d’adultère.’ Eh bien, moi je vous dis : tout homme qui regarde une femme et la désire, a déjà commis avec elle l’adultère dans son cœur.’ » Donc, Jésus montre dans son enseignement que la Loi doit être développée et explicitée.

Il la désabsolutise encore en montrant qu’elle n’est pas une fin en elle-même. Elle n’est qu’un moyen. Elle a un but, et ce but, c’est de servir Dieu et la relation à Dieu .

Enfin, Il la désabsolutise encore en montrant qu’elle a une dynamique, qu’elle tend vers un accomplissement : « Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaitra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. »

Le respect de la Loi est un chemin ; mais ce n’est pas la finalité de la vie de l’homme. 

            Au-delà de son attitude de profonde liberté par rapport à la Loi, Jésus nous invite donc à être intelligents dans notre rapport à la Loi. Et il faut ré-entendre cet appel de Jésus à entrer dans l’intelligence de la Loi : « Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » Cela veut dire : comprenez ce que la Loi vise et recherche ; adhérez à la finalité de la Loi. Les scribes et les pharisiens ne s’intéressent qu’à l’application de la Loi ; aucunement à ce que la Loi vise. Et lorsque l’homme est dans une attitude d’application rigoureuse de la Loi sans regarder la finalité, bien souvent, il met en opposition. Regardez les scribes et les pharisiens : ils opposent l’enseignement de Jésus à celui des anciens. Aujourd’hui aussi ce danger nous guette dans l’Eglise ; par exemple au sujet de notre Pape, qui est issu d’une autre culture, dont l’expression et la pensée se sont structurées différemment de la pensée occidentale. On a vite fait de déclarer que le Pape François est un Pape révolutionnaire, réformateur, qui va enfin libérer l’Eglise, du dogmatisme, du célibat des prêtres, des règles sacramentelles etc…Les médias se chargent suffisamment de relayer ces annonces. Oui, sauf que le Pape, quand vous regardez au-delà des annonces  médiatiques, confirme l’orientation doctrinale de l’Eglise. Ce qui est nouveau, c’est la manière dont Il aborde les questions actuelles. Il ne remet pas en cause les Lois existants dans l’Eglise ; il rappelle que les lois sont au service des hommes et que derrière des lois, il y a des êtres humains et que le respect de l’être humain ne doit pas passer au second plan. Quelque part, il désabsolutise la Loi comme Jésus le faisait à son époque. Mais Jésus n’a jamais remis en cause la Loi de Moïse, tout comme le Pape ne remet pas en cause la Loi de l’Eglise !

Je crois qu’il faut faire très attention à la manière dont nous parlons du Pape et surtout très attention à la manière dont nous entendons parler du Pape, car on risque à nouveau de fabriquer des déçus de l’Eglise en faisant miroiter une prétendue révolution, qui en fait, n’est que l’expression d’un petit courant minoritaire déçu que Vatican II n’ait pas débouché sur Vatican III !

            Dans un autre domaine, sur cette question de l’intelligence de la Loi, Jean-Paul II nous a beaucoup fait avancer, notamment par rapport à la question des exigences par rapport aux lois de l’Eglise. Je ne surprendrai personne en disant qu’il arrive que parfois telle ou telle règle ou loi de l’Eglise nous semble difficile, voire ardue, nous faisant dire comme certains disciples à Jésus : « Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » Jean-Paul II met en avant ce qu’on appelle la Loi de gradualité. C’est-à-dire que nous reconnaissons humblement que sur le chemin de la Loi qui nous est montré par l’Eglise, nous nous situons à tel endroit, et que nous ne sommes pas encore arrivés à tel autre. La conscience que nous avons de notre distance avec tel ou tel point de l’enseignement de l’Eglise n’est pas source de contestation ni de révolte, mais au contraire source de progression. Le tout est d’avancer et de se situer justement.

Ceci-dit, il y a aujourd’hui une évolution dans nos systèmes législatifs, une évolution néfaste. Tout d’abord, les lois ne cessent de se multiplier, ce qui n’est pas bon, et elles vont continuer à se multiplier puisqu’elles s’éloignent de leur origine qu’est Dieu. En effet, nos lois s’éloignent de plus en plus de la Loi naturelle, cette Loi que Dieu a inscrite au fond du cœur de chaque être humain et qui fait que chaque être humain sait, ou pressent, que tuer n’est pas bien, que voler n’est pas bien, qui fait que chaque être humain aspire en lui-même au bien. Cette loi naturelle est importante, car c’est elle qui permet une participation au salut pour tout homme. Or aujourd’hui, on absolutise à nouveau la loi civile en la dissociant, voire même en l’opposant, de plus en plus de la Loi naturelle. Prenons par exemple l’avortement. L’avortement est un acte mauvais en lui-même. Je ne parle pas ici des personnes qui vivent cet acte, ni de leur culpabilité ou de leur responsabilité. Je parle de l’acte en lui-même. Or la loi actuelle sur l’avortement, récemment modifiée, faut-il le rappeler, dit que l’avortement est un droit. Nous voyons bien ici la dissociation entre la Loi naturelle et la Loi civile. Or cette dissociation qui va grandissant dans nos sociétés contribue à augmenter un malaise au plus profond du cœur de l’homme, en même temps qu’elle accélère un mouvement de déchristianisation de nos sociétés. Il est important qu’aujourd’hui se lèvent des personnes qui défendent à nouveau la Loi naturelle dans nos sociétés et dans nos systèmes législatifs. 

Voici frères et sœurs quelques éléments de réflexion et de méditation sur notre rapport à la Loi. Quoi qu’il en soit, ne perdons jamais de vue que ce qui nous donne une profonde liberté dans notre rapport à la loi, c’est de placer Dieu en premier. Amen !

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