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Homélie de la Solennité de l’Épiphanie du Père Julien PALCOUX

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Solennité de l’Epiphanie

Frères et Sœurs,

Le terme  signifie en grec apparition, manifestation. A la suite des bergers qui ont été les premiers adorateurs du Fils de Dieu, Jésus est manifesté comme le Roi du Monde, comme le Messie, comme Dieu aux yeux du monde païen, c’est-à-dire aux yeux des non-juifs.

La Solennité de l’Epiphanie nous redit que le Messie est venu pour sauver tout le monde et pas seulement un peuple, en l’occurrence, le peuple juif. Ce point concernant la question du salut nous distingue particulièrement du peuple juif. Car qui sont les Mages ? Ce sont des non juifs. On pense qu’ils étaient plutôt des prêtres, des sages, des savants issus du monde Perse. La question du salut offert en Jésus-Christ n’est pas à comprendre de manière restrictive. Rien n’empêche Dieu de préparer en même temps le peuple qu’Il a élu à accueillir son Fils et en même temps les nations païennes à accueillir le Sauveur. Il est d’ailleurs intéressant de garder en mémoire que le monde païen a été aussi préparé à l’accueil du Salut. On n’en parle moins et c’est dommage. Il y a d’une part toute la pensée philosophique grecque qui conduit progressivement les Sages et les peuples à la croyance en un Dieu unique, source de tout bien. Mais il y a aussi des prophéties dans le monde païen. J’en retiens deux parmi les plus connues. Il y a le fameux oracle de Balaam, le prophète païen, que la Bible évoque comme étant au service du Roi de Moab. Ce devin était réputé prononcer des oracles de chance et de malchance. On trouve ainsi dans sa bouche un oracle de bénédiction pour Israël : « Je le vois, mais non pour maintenant- je l’aperçois, mais non de près : un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d’Israël. » Nb 24, 17.

Dans un autre domaine, l’auteur latin Virgile, auteur du siècle d’Auguste (Premier siècle avant Jésus-Christ), met par écrit une prophétie remarquable dans sa quatrième Bucolique : « Voici que revient aussi la Vierge (…). Daigne seulement, chaste Lucine, favoriser la naissance de l’Enfant qui verra pour la première fois disparaître la race de fer et se lever, sur le monde entier, la race d’or ; (…) Cet enfant aura part à la vie des dieux ; il verra les héros mêlés aux divinités, on le verra lui-même parmi elles, et il gouvernera le monde pacifié par les vertus de son père. » IV B 6-17

La fête de l’Epiphanie du Seigneur nous redit que tous les peuples sont appelés à reconnaître Jésus comme le Messie. St Paul le dit dans la deuxième lecture : « Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même Corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. »

La fête de l’Epiphanie nous redit aussi que la science, la recherche de la vérité conduisent au Christ. Les Mages sont des savants, des « scientifiques » de l’époque qui cherchent la vérité, qui cherchent à comprendre le monde. Ce que l’Evangile nous dit, c’est l’accomplissement de la science, de l’intelligence, de la vérité est en Dieu et en l’occurrence en Jésus. L’Eglise a toujours enseigné que l’on pouvait accéder à Dieu par l’exercice de la raison naturelle, par l’étude de la science. Dans un autre domaine, le Concile Vatican II enseigne qu’il y a des semina Verbi, des Germes de Vérité, répandus dans toutes les religions qui peuvent conduire à la Vérité Révélée qu’est Jésus, Fils de Dieu. (J’en profite pour vous préciser que le Concile n’a jamais dit que toutes les religions se valaient. Le Concile appelle à respecter les autres religions, à reconnaître qu’il y a en elles des Germes de Vérité ; mais le Concile réaffirme très clairement que la plénitude du Salut est accordée à l’Eglise qui est restée, malgré ses faiblesses, ses péchés, la plus fidèle à l’Eglise fondée par Jésus-Christ qui est l’Eglise Catholique de langue grecque ou latine.)

C’est là que la démarche des Mages est instructive. Ils vont accéder à Dieu par l’exercice de leur intelligence, de leur raison, par la recherche de la Vérité…mais pour arriver à Jérusalem. Et là, ils demandent : « Où est le Roi des Juifs qui vient de naître ? » Autrement dit, leur raison naturelle ne les fait pas directement arriver à Jésus. Elle les conduit à approcher de Jésus. Mais ils doivent rencontrer les Ecritures, pour se faire préciser où est le Roi des Juifs qui vient de naître. Ils questionnent Hérode qui, pris par ses propres inquiétudes, est incapable de répondre et doit interroger les chefs des prêtres et les scribes. Et eux, étudiant les Ecritures, répondent que le Messie doit naître à Bethléem. Autrement dit, quelle que soit notre voie d’accès à Dieu (la foi révélée, la recherche de la Vérité, la science, la philosophie), à un moment donné, nous avons besoin de rencontrer la Révélation, les Ecritures, la Tradition. Toute recherche de la vérité conduit à accueillir la Révélation de Dieu.

Cette quête de Dieu conduit à de profondes conversions. Les Mages cherchent Dieu dans le Ciel, dans les astres, dans ce qui est immense…et ils sont conduits à un bébé dans une mangeoire. Conversion de leur vision de la grandeur de Dieu qui en fait se révèle dans son abaissement et dans l’humilité. Conversion également de leur concept de royauté. « Où est le Roi des Juifs qui vient de naître ? » telle est leur question de départ. Cherchant un Roi, ils vont au palais du Roi Hérode. Mais ce n’est pas Lui. Ils vont alors dans la ville royale de Bethléem, la ville du Roi David…et là, ils arrivent devant un Nouveau-Né. La vision qu’ils ont de la royauté se transforme. Et avec Jésus, le mystère de la Croix apparaît déjà. St Matthieu l’évoque de manière très discrète et subtile. Il écrit lorsque les Mages arrivent à Jérusalem et vont questionner le Roi Hérode : « En apprenant cela, le Roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. » Qu’Hérode soit pris d’inquiétude, on le conçoit très bien. Par contre, on comprend difficilement pour quelle raison Jérusalem serait prise d’inquiétude. A cette époque, il y a une sorte d’ébullition générale, tant tout le monde sent imminente l’arrivée du Messie. La subtilité de St Matthieu est ici : l’évocation de l’inquiétude de Jérusalem renvoie au trouble que connaîtra la ville sainte lorsque Jésus entrera pour la fête de Pâques, ce que nous fêtons le dimanche des Rameaux. Il y a donc ici, dans cette expression, une allusion à la Passion de Jésus. La croix est présente auprès de la crèche. Du reste, on retrouve la croix et la Passion avec le Roi Hérode qui va prendre la décision d’assassiner tous les nouveaux-nés âgés de moins de deux ans. Avec l’offrande de la myrrhe qui sert à embaumer les corps des défunts. La Royauté du Messie est marquée dès le début de l’existence de Jésus par la Passion et par la Croix. Et, par leurs cadeaux, les Mages prophétisent ce mystère : l’or annonce le Roi ; l’encens la divinité ; la myrrhe la mort.

Ce récit de l’Epiphanie nous révèle que la quête de Dieu conduit à se convertir et à convertir ses idées, ses représentations de Dieu. Frères et sœurs, prions pour tous ceux qui restent bloqués dans de fausses idées de Dieu. Prions pour tous ceux qui recherchent Dieu en vérité afin qu’ils soient soutenus dans leur quête. Prions pour tous les croyants d’autres religions, afin que les Germes de Vérité qui y sont répandus les conduisent à la plénitude de la Vérité : Jésus, Fils de Dieu fait homme. Amen !

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