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Homélie de la messe du 3ème dimanche du Temps Ordinaire du Père Julien PALCOUX

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3ème Dimanche Temps Ordinaire

Frères et sœurs,

 

Le temps ordinaire dans lequel nous sommes entrés nous invite à reconsidérer  les fondements sur lesquels repose notre foi. Il y a deux semaines, nous fêtions le baptême de Jésus, nous rappelant par là-même que nous aussi avons été baptisés ; la semaine dernière avec les Noces de Cana, nous revoyions que nous entrions dans la Nouvelle Alliance. Aujourd’hui, nous sommes invités en entendant ce début d’Evangile écrit par St Luc, à reconsidérer les fondements de notre foi : qu’est ce qui fait que nous sommes croyants ? La foi n’est pas un vague sentiment indéfinissable qui nous dirait que Dieu existe. Notre foi a une source, une origine : elle vient de Dieu certes ; mais elle nous est transmise par ceux qui ont vécu avec Jésus, par ceux qui ont été ses contemporains. Et cela, nous pouvons avoir tendance à l’oublier. Voyez toutes les précautions et toutes les précisions qu’apporte St Luc au début de son Evangile : « les évènements que nous ont transmis ceux qui, dès le début, furent les témoins oculaires et sont devenus les serviteurs de la Parole. » Et St Luc continue pour bien montrer qu’il ne rapporte pas n’importe quoi : « C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi après m’être informé soigneusement de tout depuis les origines d’en écrire un exposé suivi.. . ». C’est-à-dire que notre foi repose fondamentalement sur ceux qui ont vécu avec Jésus et qui ont transmis aux générations suivantes ce qu’ils avaient vécu.

            C’est pourquoi l’Eglise estime fondamentalement la Tradition, c’est-à-dire le fait de transmettre. Qui dit « tradition » dit à la fois transmission et appropriation. Dans la Tradition, j’accepte de recevoir ce qui m’est donné et j’accepte de le redonner. Si je ne redonne pas ce que j’ai reçu, l’acte même de « tradition » est incomplet.

            Notre tradition repose donc en premier lieu sur une tradition orale : les disciples ayant vécu avec Jésus transmettaient à leurs contemporains, aux Juifs de l’époque, ce qu’ils vivaient et ce qu’il se passait. Puis, le temps passant, les disciples et les Apôtres ont couché par écrit leur témoignage afin qu’ils puissent se transmettre aux générations suivantes. Ainsi ont été écrits les Evangiles et les lettres des Apôtres. L’Eglise a toujours estimé comme un Trésor cette tradition et a toujours veillé à ce que ses écrits ne soient ni modifiés, ni adaptés, ce qui reviendrait à altérer le contenu même de la Tradition. Il y a donc au cœur même de la Tradition un contenu inaltérable et intouchable en même temps qu’il y a des circonstances qui elles sont muables et adaptables. On retrouve ce que nous vivons dans la liturgie : un noyau immuable entouré d’éléments adaptables. Ce qui est immuable touche le mystère de Dieu ; ce qui est adaptable touche les circonstances humaines.

 

            Nous avons deux exemples de ce que je vous dis dans la liturgie de la Parole de ce jour. La première lecture nous donne à voir une liturgie juive. Le prêtre Esdras lit la Parole de Dieu, comme nous le faisons dans notre propre liturgie ; puis il la commente et l’explique. Dans l’Evangile, nous avons quelque chose de plus : Jésus, comme le prêtre Esdras, fait la lecture dans la synagogue de Nazareth. Puis il commente la lecture. Mais voici son commentaire : « Cette parole de l’Ecriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ». Ce que Jésus apporte de plus et de nouveau dans cette liturgie de la Parole, c’est qu’Il actualise ce qu’il lit. Avec Esdras, nous sommes dans une explication, un commentaire, une exhortation. Avec Jésus la Parole lue devient efficace. Nous savons en effet que la Parole de Dieu a la puissance de réaliser ce qu’elle dit. C’est toute la force et la grâce de la liturgie chrétienne qui fait entrer l’éternité de Dieu dans notre petit aujourd’hui passager et fugitif. A chaque fois que nous prions, en communion avec l’Eglise ; à chaque fois que nous vivons un temps liturgique, ce que nous fêtons, ce que nous célébrons s’accomplit à nouveau. Non pas dans l’Evènement. Lorsque nous fêtons Noël, Jésus ne renaît pas historiquement. Lorsque nous vivons un chemin de croix, Jésus n’est pas à nouveau crucifié. Mais dans les effets de l’Evènement. La liturgie actualise les effets des Evènements qui se sont déroulés dans le temps. Ainsi lorsque nous fêtons Pâques, nous communions aux effets de la Vie Nouvelle que Jésus est venu nous apporter ; nous communions aux effets de la victoire de la Vie sur la mort. A la messe, nous recevons en même temps les grâces de Jésus Crucifié et de Jésus Ressuscité.  La liturgie, tout en nous rendant présents les mystères de Dieu dans notre temporalité, nous met en communion avec l’éternité de Dieu. En fait, dans la liturgie, on ne vieillit pas. On garde sa jeunesse éternelle, celle qui par Dieu nous affranchit du temps.

            On touche aussi ici la différence entre celui qui va lire la Parole de Dieu comme un journal et qui n’entrera pas dans une Ecriture vivante à travers laquelle Dieu me parle et entre celui qui va la lire comme le lieu d’une rencontre, d’un dialogue avec Dieu. En Jésus, l’éternité devient aujourd’hui.

 

            Cette lecture de l’actualisation des mystères divins que permet Jésus, nous pouvons la reprendre en cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Si notre souci de l’unité n’est pas vécu en Jésus et par Jésus, il ne reste qu’un slogan vide de conséquences. Un slogan idéologique. «L’unité dans la diversité ! » rien n’est plus idéologique que ce slogan s’il n’est pas vécu dans la communion. Ce qui permet l’unité dans la diversité, ce n’est pas la tolérance ; ce n’est pas l’ouverture ; c’est la communion. Si je suis dans une attitude de communion, alors je suis ouvert et accueillant à la diversité des autres. Si je suis dans une attitude de communion, alors j’ai besoin de la différence des autres.

            La deuxième lecture que nous avons entendue me donne l’occasion de rappeler quelques principes de base, nécessaires à l’unité.

Tout d’abord, l’image que St Paul prend des différents membres du corps, nous redit que la diversité des membres dans un corps est nécessaire. Elle n’est pas seulement à respecter ; elle est nécessaire. Qu’il y ait des manières de penser, de prier, qu’il y ait différents sensibilités liturgiques, spirituelles dans l’Eglise est normal. C’est signe que l’Eglise est l’Eglise. Mais attention aux vrais intégristes ! Ceux qui contestent  et combattent la diversité dans l’Eglise sous prétexte que cela ne correspond pas à leur propre point de vue qui est absolutisé !

Puis, à travers cette image du corps que développe St Paul, nous comprenons aussi qu’il faut que chacun reste à sa place. Le pied ne peut prétendre être à la place de l’œil. Les problèmes naissent quand on se met à la place de l’autre et que, fondamentalement, on ne respecte pas l’autre. Prendre la place de l’autre, se mettre à sa place, c’est nier sa différence.

Fondamentalement, la question de l’unité est une question de communion. Attention aux attitudes qui attaquent la communion : les critiques, les actes de divisions, l’orgueil. Et qui dit « grandir dans la Communion » dit aussi grandir dans le pardon qui rétablit et répare la Communion lorsque celle-ci est attaquée. Il ne peut y avoir de travail véritable à l’unité sans vivre le pardon d’abord avec Dieu puis avec les autres. Il est certes très important de travailler à l’unité des chrétiens surtout dans le contexte actuel. Mais cela est impossible si déjà nous ne sommes pas en communion dans l’Eglise, dans la paroisse.

            Que notre Communion avec Jésus et avec l’Eglise nous permette de grandir dans l’Unité les uns avec les autres. Amen !

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