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Homélie de la messe du Vendredi Saint du Père Julien PALCOUX

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Office de la Passion Vendredi Saint

Frères et sœurs,

            Nous savons que la liturgie a la grâce de pouvoir actualiser les effets permis par Dieu pour tel ou tel évènement. La liturgie ne fait pas seulement commémorer l’évènement ; elle l’actualise dans ses effets. Elle permet de mettre en communion. C’est ce qui nous est donné de vivre en ce jour où nous faisons mémoire de la mort de Jésus. A l’entrée de la Semaine Sainte, nous avons entendu la Passion selon St Matthieu. Ce soir, c’est la Passion selon St Jean que nous méditons.

            Ce long et émouvant récit tourne autour d’une question principale : celle de l’identité de Jésus. Jésus demande par deux fois aux gardes venant l’arrêter : « Qui cherchez-vous ? » Jésus sait bien que c’est Lui Jésus que l’on vient arrêter. Mais dans ce « Qui cherchez-vous ? » il faut aussi entendre : « Qui voulez-vous faire mettre à mort ? » Un homme, Jésus de Nazareth ou bien le Fils de Dieu ?

            La question de l’identité de Jésus se pose ainsi tout au long de la Passion. Des chefs des prêtres qui diront à Pilate : « Cet homme s’est prétendu Fils de Dieu » en passant par la question de la royauté de Jésus : « Es-tu le roi des Juifs ?» question posée à plusieurs reprises au cours du procès, pour arriver sur la croix même de Jésus : « Jésus de Nazareth Roi des Juifs. » Cette question de l’identité même de Jésus est importante parce qu’elle est au cœur de la mission de Jésus. C’est à travers son humanité que Jésus est venu nous apporter la divinité ! Mais les chefs des prêtres se sont appropriés la religion, ils ont mis la main sur Dieu, fermant ainsi leur cœur au Salut. Cela veut dire que, seul l’accès à la divinité de Jésus, est source de vie. Nous aussi qui commémorons ce soir la Passion de Jésus, nous devons convertir nos attitudes de savoir, d’orgueil, nos attitudes égoïstes, qui, elles-aussi, conduisent à nous fermer à ce que Dieu veut nous donner aujourd’hui ; et nous devons demander au Seigneur l’attitude d’humilité de ceux qui cherchent et aiment avec le cœur. 

            La première lecture tirée du prophète Isaïe nous redonne à entendre de quelle manière Dieu a préparé son peuple à la Passion de son Fils : « Pourtant c’était nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. » Le Serviteur souffrant, comme on l’appelait, ne souffrait pas pour Lui, mais pour nous. Vivre la Passion du Seigneur, ce n’est pas seulement commémorer un Evènement historique, à savoir la condamnation d’un Innocent, c’est aussi la vivre de l’intérieur en reconnaissant que Jésus a vécu la Passion pour moi, personnellement. Ceux qui le reconnaissent ainsi entrent dans la Passion. Il me semble que dans la Passion, Jésus assume et offre à son Père les deux plus grandes souffrances de l’humanité : celle du refus de Dieu et celle du refus de l’Amour. Deux souffrances qui sont deux expressions différentes de la même réalité, Dieu étant Amour. Ces deux souffrances sont exprimées dans les Paroles mêmes de Jésus : « Eloï, Eloï, lama Sabactani ? Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » et dans cette autre Parole : « J’ai soif. »

Lorsque Jésus dit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Jésus ne se plaint pas personnellement de l’abandon de Dieu, Jésus assume et vit la Passion pour tous ceux qui se sentent abandonnés de Dieu, parce que les évènements de la vie leur ont fait douté de l’existence de Dieu ou de sa bonté. La plus grande souffrance, c’est celle qui consiste à ne pas croire en Dieu ou à croire que Dieu ne s’intéresse pas à moi, ni à ma vie. Tous ceux qui vivent cela sont donc en communion profonde avec la Passion de Jésus. C’est aussi pour eux que Jésus vit la Passion. C’est aussi à eux que Jésus veut offrir le Salut.

La deuxième grande souffrance qu’assume Jésus, c’est celle de l’absence d’Amour. « J’ai soif », c’est certes l’expression du désir de la soif physique avant la mort, mais c’est aussi ce double cri : j’ai soif de Dieu, de la vie éternelle, et j’ai soif d’Amour. Jésus vit aussi la Passion pour tous ceux qui ne se sentent pas aimés, pour tous ceux qui n’arrivent pas à aimer, ou qui aiment mal. Il y a dans cette incapacité à aimer une blessure profonde qui abîme la créature qu’est l’homme, qui altère l’image de Dieu en nous. 

            Alors au cœur même de ces souffrances, Dieu ouvre un chemin de vie. Certes, Il ressuscitera. Mais il ouvre déjà un chemin de vie pour tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, communient à sa Passion. Il ouvre un chemin de vie pour Pierre en lui offrant le pardon après son triple reniement ; il offre un chemin de vie pour Pilate en l’éclairant sur le sens profond de sa royauté ; il offre un chemin de vie pour un des malfaiteurs crucifié à côté de Lui ; il ouvre un chemin de vie pour « tout homme qui appartient à la Vérité et qui écoute sa voix », comme il le dira à Pilate. Il ouvre un chemin de vie à l’Eglise qui naît du côté même de Jésus crucifié, cette Eglise qui continue à nous donner la vie divine et à éclairer la vie humaine. La communion à la Passion de Jésus, à sa croix, nous donne le Salut, la Vie Divine. Le prophète Isaïe l’annonçait déjà : « C’est par ses blessures que nous sommes guéris. » La véritable guérison vient de la passion de Jésus. Aujourd’hui, malheureusement, bien souvent l’homme cherche à guérir sans Dieu ; l’homme s’auto-suffit ; l’homme se regarde, défend et cherche à protéger son pouvoir! Ces attitudes et ces chemins ne sont pas des chemins de vie !

            Frères et sœurs, ce soir, reconnaissons-nous dans la Passion de Jésus et emportons avec nous notre monde, notre société, tous ceux qui souffrent. Amen !

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