Semaine 9 Lundi 23 février – S. Polycarpe, évêque et martyr Mardi Lire plus…
La visite émouvante et hors caméras de Léon XIV en Algérie
La mémoire des martyrs de la « Décennie noire » s’est invitée dès le premier jour de la visite de Léon XIV en Algérie : à Bab El Oued, le Pape a fait ce 13 avril une étape symbolique, loin des objectifs des caméras, pour leur rendre hommage.
La visite de 48 heures de Léon XIV en Algérie n’est pas centrée sur la mémoire des martyrs de la « Décennie noire », ces 19 catholiques victimes de la guerre civile algérienne qui ont été béatifiés à Oran en 2018. Mais durant son premier jour à Alger ce lundi, le pape leur a rendu hommage, en se rendant en privé au « Centre d’accueil et d’amitié » des sœurs augustines missionnaires, dans le quartier populaire Bab El Oued. C’est là qu’ont vécu deux religieuses espagnoles de la congrégation des Augustines, sœur Esther Paniagua Alonso et sœur Caridad Álvarez Martín, toutes deux assassinées le 23 octobre 1994 alors qu’elles se rendaient à la messe chez les petites sœurs de Jésus, un peu plus loin. Ces missionnaires avaient choisi de rester malgré les exhortations à partir, dans le contexte de grande agitation et de violence de la guerre civile.
« Personne ne peut nous prendre la vie parce que nous l’avons déjà donnée », écrivait sœur Esther dans ses carnets, en des mots prophétiques. Le Pape, qui fut lui-même missionnaire au Pérou et refusa de quitter le pays pendant la période politico-sociale troublée des années 1980, s’est rendu sur leurs pas à portes closes, sans caméras et sans micros. Après un moment de prière avec les sœurs de cette résidence, le pape a fait mémoire de leurs consœurs martyres et des martyrs béatifiés avec elles – dont les moines de Tibhirine –, y voyant « une présence précieuse sur cette terre » – comme il l’a redit ensuite en rencontrant les catholiques à la basilique. Selon une note du Vatican, Léon XIV a insisté sur la vocation augustinienne de « rendre témoignage jusqu’au martyre ».
Le respect de la dignité de chacun
Entre les murs de ce qui est désormais un « Centre d’accueil et d’amitié », le Pape a retrouvé sa famille spirituelle – les Augustins – mais aussi une connaissance de longue date : sœur Lourdes Miguelez, augustine de 77 ans qu’il connaît depuis une quinzaine d’années. La religieuse espagnole est une rescapée de l’attentat : elle marchait derrière sœur Esther et sœur Caridad au moment où elles ont été abattues par les terroristes. C’est elle qui avait déjà accueilli par le passé Robert Prevost, venu en Algérie alors qu’il était prieur de l’Ordre de Saint-Augustin, avant son élection comme 267e pape. Durant cette brève visite, le pontife américain a encouragé ces religieuses – trois sur place et trois autres vivant ailleurs dans Alger – à « promouvoir le respect de la dignité de chacun » et à « affirmer qu’il est possible de vivre en paix, en valorisant les différences ». Aujourd’hui, la structure propose du soutien scolaire, des cours de français et d’espagnol ainsi que des ateliers d’artisanat pour les femmes (couture, crochet, peinture…).
Lors de la rencontre qui a suivi avec les catholiques d’Algérie, dans la basilique Notre-Dame d’Afrique, Léon XIV a aussi salué la mémoire de ces martyrs qui « face à la haine et à la violence, […] sont restés fidèles à la charité jusqu’au sacrifice de leur vie, aux côtés de tant d’hommes et de femmes, chrétiens et musulmans ». « Leur sang est une semence vivante qui ne cessera jamais de porter du fruit », a-t-il lancé. En souvenir de son passage, le successeur de Pierre a laissé à la petite communauté de Bab El Oued une croix gemmée en verre, garnie de pierres rouges – comme le sang des martyrs –, bleues – comme le ciel – et vertes – comme l’espérance. Ce crucifix gravé des signes des quatre évangélistes, restera aussi comme un clin d’œil, un discret écho du lien reliant les martyrs d’Algérie et le Pape élu un 8 mai – jour de leur mémoire dans le calendrier romain.
Dans une lettre aux cardinaux en vue du consistoire de juin, Léon XIV invite à approfondir les thèmes d’«Evangelii gaudium», en particulier la réforme des