Paroisse Sainte Marie du Pays de Verneuil » Blog et Site Internet

3 septembre, saint Grégoire le Grand, pape, père et docteur de l’Eglise, 540 – 12 mars 604.

Saint Grégoire le Grand, pape, père et docteur de l’Eglise, 540 – 12 mars 604.

« L’homme a été crée pour contempler son Créateur,

pour chercher toujours sa face

et habiter dans la solennité son amour . »

Cette phrase de saint Grégoire le Grand éclaire toute sa vie. C’est dans ce but qu’à l’âge de trente-cinq ans l’héritier des sénateurs romains renonçait aux hautes charges civiles qu’il remplissait pour se donner à la vie monastique dans sa demeure du Coelius (575). Il y connut cinq années de paix et de joie intime. Mais le Seigneur avait d’autres desseins sur lui. Le pape Pélage Il en fit son diacre et l’envoya en mission à Constanti­nople (580-585). A la mort de Pélage, Grégoire lui succéda comme « serviteur des serviteurs de Dieu ». II reçut l’ordination épiscopale à Saint-Pierre le 3 septembre 590. Jusqu’à sa mort (12 mars 604), le pape Grégoire le Grand allait accomplir une œuvre considérable. Pasteur d’un peuple accablé de maux, il doit le nourrir de pain aussi bien que de la parole de Dieu. Face à un monde nouveau, il entre en contact avec les Barbares : il envoie des missionnaires en Angleterre. Cela représente une vaste correspondance, des Commentaires de l’Écriture, des Homélies écrites avec soin pour être lues par un clerc, car Grégoire est habituellement si affaibli par la maladie qu’il ne peut guère se faire entendre du peuple. Telle fut la vie du «  consul de Dieu », comme l’appelle son épitaphe dans la basilique vaticane. La postérité a entouré l’œuvre de Grégoire d’une telle vénération que le recueil de prières liturgiques qu’il avait composé, le sacra­mentaire grégorien, est pratiquement resté jusqu’à nos jours le Missel romain.

*****

Issu de la noble famille des Anicii, Grégoire, que nous connaissons sous le nom de saint Grégoire-le-Grand, dont le nom grec signifie esprit vif, éveillé à la vérité, est le fils de la pieuse Sylvie (sainte) et du sénateur Gordien, administrateur de l’Urbs l’un des sept arrondissements de Rome, qui compte parmi ses ancêtres le pape Félix III (mort en 492).

Saint Grégoire naît à Rome vers l’an 540, Vigile étant pape, Justinien Ier empereur romain et Clotaire Ier roi des Francs.

[Au terme de l’Antiquité et à l’aurore du Moyen Age, saint Grégoire le Grand, à la fois issu du patriciat romain et du monachisme bénédictin, s’efforce, en réglementant le présent, de transmettre au futur les enseignements du passé et l’héritage de la tradition. Au début de son pontificat les structures de l’empire romain, bouleversées par les invasions, lombardes, gothes, puis normandes, s’écroulent, tandis que renaît l’hérésie donatiste et que l’arianisme règne encore sur la plupart des barbares ; la discipline monastique s’est généralement relâchée et le clergé, souvent démoralisé, conduit des fidèles catastrophés par les invasions barbares : « Ballotté par les vagues des affaires, je sens la tempête gronder, au-dessus de ma tête. Avec le psaume je soupire : Dans l’abîme des eaux, je suis plongé et les flots me submergent. »]

Après de solides études classiques, latines et grecques, maître ès lettres, dialecticien et rhétoricien, il est nommé, à 33 ans, en 573, préfet de la cité : Dans notre pays, écrit-il alors, tout est livré au caprice des barbares : villes ruinées, citadelles renversées, provinces dépeuplées. En nos campagnes, plus de cultivateurs. Tous les jours, les idolâtres exercent leurs sévices par l’assassinat de chrétiens. Il signe, avec d’autres nobles romains, un engagement de fidélité au siège apostolique écrit par l’évêque Laurent II de Milan. Saint Grégoire occupa quelque temps la première magistrature de Rome.

Mais bientôt la cité qui avait vu cet opulent patricien traverser ses rues en habits de soie, étincelants de pierreries, le vit avec bien plus d’admiration, couvert d’un grossier vêtement, servir les mendiants, mendiant lui-même, dans son palais devenu monastère et hôpital.

Deux ans plus tard, à la mort de son père, devenu un des plus riches propriétaires fonciers de Rome, Grégoire s’installe dans la maison paternelle, le Clivus Scauri, démissionne de ses charges et, sous la conduite du moine Valentino, forme une communauté religieuse : Ce furent, dira-t-il plus tard, les cinq années les plus heureuses de ma vie. En plus de ce monastère sous le vocable de saint André, il fonde six autres monastères dans les domaines familiaux de Sicile.

Sorti de son monastère dès l’élection de Pélage II (579), il est ordonné diacre à trente-cinq ans, puis il est nommé apocrisiaire, c’est-à-dire représentant extraordinaire du Pape à Constantinople, près de l’Empereur (Tibère II, puis Maurice) pour que celui-ci veuille bien envoyer des troupes pour protéger Rome et l’Italie des barbares. Ayant échoué, il est relevé de ses fonctions au printemps 586 et devient abbé au monastère romain Saint-André du Mont Cælius qu’il remet en ordre ; c’est pour ses moines qu’il commente le Livre de Job dont il tire d’opportunes leçons sur le mystère de la souffrance.

Après trois ans d’abbatiat, Pélage II l’appelle auprès de lui et lui confie l’organisation de son secrétariat. Cependant Grégoire veut partir évangéliser ce qui deviendra l’Angleterre ; il arrache au pape la permission de partir, mais, au dernier moment Pélage II se ravise et le rappelle près de lui.

Alors que, succédant à une terrible inondation qui a ruiné les greniers à blé, la peste sévit à Rome depuis six mois, le pape Pélage II est emporté par l’épidémie au début de février 590 ; le clergé, le sénat et le peuple romain, désignent Grégoire comme pape. Grégoire essaye de résister de tout son pouvoir contre cette élection et écrit à l’empereur Maurice de ne pas la ratifier, mais le préfet de Rome intercepte la lettre et lui substitue le rapport officiel de l’élection.

Cependant la peste multipliait ses ravages et les habitants mouraient par milliers ; encore quelques jours et la ville serait complètement déserte. En attendant la réponse de l’Empereur, Grégoire ému du triste sort de ses concitoyens, prend en main l’administration du siège vacant et consacra sa fortune à leur venir en aide et les inclina à trouver leur espérance dans la prière à la Mère de Dieu.

Il invite les fidèles à conjurer le fléau par un grand acte de pénitence.

« Il faut, bien-aimés frères, disait-il, craindre au moins les fléaux de Dieu quand nous les subissons, puisque nous n’avons pas su les prévenir. Vous voyez que tout le peuple est frappé du glaive de sa colère ; la mort n’attend pas la maladie et enlève le pécheur avant qu’il songe à faire pénitence. Considérez en quel état il paraît devant le Juge terrible ! Ce n’est pas une partie des habitants qui périt, tout tombe à la fois : les maisons demeurent vides et les pères voient mourir leurs enfants ! Rappelons donc le souvenir de nos fautes et expions-les par nos larmes. Que personne ne désespère pour l’énormité de ses crimes : les Ninivites effacèrent les leurs par une pénitence de trois jours, et le larron, à l’heure même de la mort. Celui qui nous avertit de l’invoquer montre bien qu’il veut pardonner à ceux qui l’invoquent. »

Du haut de l’ambon de Saint-Jean du Latran, il s’écrie :

 Frères bien-aimés, la mort frappe à coups redoublés … Nous à qui elle laisse encore le temps de pleurer, livrons-nous à la pénitence ! Puis il traça l’ordre et la manière dont devrait se faire la solennelle supplication : Le clergé partira de l’église des saints martyrs Côme et Damien, avec les prêtres de la sixième région ; les abbés et les moines partiront de l’église des saints Gervais et Protais  avec les prêtres de la quatrième région ; les abbesses et leurs communautés partiront de l’église des saints Pierre et Marcellin avec les prêtres de la première région ; les enfants réunis dans l’église des saints Jean et Paul en sortiront avec les prêtres de la deuxième région ; les laïques assemblés dans l’église de saint Etienne, premier martyr, en sortiront avec les prêtres de la septième région ; les veuves partiront de l’église de sainte Euphémie avec les prêtres de la cinquième région ; enfin les femmes mariées partiront de l’église de saint Clément avec les prêtres de la troisième région.

Dans cet ordre connu depuis sous le nom de Litanie septiforme, selon le témoignage de saint Grégoire de Tours, pendant trois jours, à partir de neuf heures, de chacune de ces églises nous sortirons en récitant des prières et en versant des larmes : nous nous rejoindrons tous à la basilique de la Sainte Vierge Marie, et nous continuerons là nos prières et nos supplications.

Grégoire fait vénérer l’image de la Mère de Dieu, attribuée à saint Luc, puis, les jours suivants, pieds nus et couvert d’un sac, la porte en procession dans les rues de Rome, vers la basilique Saint-Pierre.

Lui-même, tenant entre ses mains l’image miraculeuse de la Mère de Dieu peinte par saint Luc, traversa toute la ville nu-pieds lentement et pieusement, de la basilique de Sainte-Marie-Majeure à celle de Saint-Pierre ; ceux qui le suivaient portaient aussi des vêtements de pénitence. Pendant ce parcours quatre-vingts personnes tombèrent foudroyées par le terrible fléau.

Or, à peine la foule a-t-elle commencé ses chants et ses prières, que les miasmes se dissipent et que l’air corrompu se purifie. On arrive à l’entrée du pont (maintenant le Pont-aux-Anges) qui relie la ville avec le quartier du Vatican, en face de l’imposant mausolée de l’empereur Adrien. Et à ce moment, au-dessus de la sainte image, un concert de voix célestes retentit. On entend les Anges chanter : Regina cœli laetare, alleluia ! Quia quem meruisti portare, alleluia ! Resurrexit sicut dixit, alleluia ! « Reine du ciel, réjouissez-vous, alléluia, car Celui que vous avez mérité de porter, alléluia, est ressuscité comme il l’avait dit, alléluia ! » Puis les voix se taisent.

Tombant à genoux, et levant les yeux au ciel, saint Grégoire inspiré s’écria : Ora pro nobis Deum alleluia ! « Priez Dieu pour nous, alléluia ! » répéta la foule avec autant de ferveur que d’enthousiasme.

La procession se termina par un cantique d’action de grâce. L’antienne pascale de Marie se trouvait ainsi composée.

En même temps, l’archange saint Michel apparut, environné d’une éclatante lumière, sur la cime du mausolée d’Hadrien. L’archange tenait à la main une épée sanglante et la remettait dans le fourreau pour annoncer que le courroux céleste était apaisé par les supplications et que Rome allait être délivrée de l’horrible épidémie. En effet, dès lors la peste ne fit plus aucune victime et l’Eglise s’est enrichie d’une hymne à la Sainte Vierge, le Regina cæli, qu’elle chante toujours au temps de Pâques. Depuis, le mausolée d’Hadrien est appelé le château Saint-Ange.

Pendant de longues heures les Romains laissèrent éclater leur reconnaissance et leur amour. en action de grâce saint Grégoire décréta que la procession qui avait sauvé Rome serait renouvelée tous les ans, le jour de saint Marc, le 25 avril. Cette procession reçut le nom de Litanies majeures (pour la distinguer des Litanies mineures que l’on chante aux Rogations, et qui avaient été établies en France par saint Mamert, évêque de Vienne, dès l’an 469).

L’image miraculeuse de la Vierge fut recueillie avec un pieux respect ; elle est, de nos jours, confiée à la garde des religieux de la basilique de l’Ara-Cœli.

En mémoire de ce prodige, le pape Boniface III, successeur de saint Grégoire-le-Grand, érigea une chapelle dédiée à saint Michel au sommet du mausolée d’Hadrien.

Le mausolée reçut à cette occasion le nom de Château-Saint-Ange.

Décidé par l’empereur Hadrien en 125 pour être son mausolée.

Le château, une rotonde massive en travertin, est surmonté d’un quadrige de bronze mené par l’empereur Hadrien figuré en soleil et d’un bosquet d’arbres funéraires. Les cendres d’Hadrien y sont déposées en 139. Caracalla est le dernier empereur à s’y faire ensevelir.

Très vite, le bâtiment est détourné de ses fins funéraires pour devenir militaire. Il est intégré à la muraille aurélienne en 403, en tant que bastion avancé. Quand le Goth Vitigès attaque Rome en 537, les soldats défendant le castellum se servent des statues de bronze qui le décorent comme projectiles. En 547, Totila inclut l’édifice dans une structure fortifiée protégeant la rive droite. Le quartier prend ainsi le nom de Borgo.

Au Moyen-Age, outre son rôle de prison, il devint la forteresse protégeant le Vatican. Le château Saint-Ange connaît de multiples transformations : adaptations militaires (meurtrières, rampe d’accès …) ou aménagements pour l’habitation des Papes. Il servira notamment de refuge au pape Clément VII durant le siège et le terrible sac de Rome par l’Empereur Charles Quint en 1527. Par la suite, le Château Saint-Ange est transformé en palais par le pape Paul III. On y plaça plus tard une statue de marbre blanc représentant l’Archange dans l’attitude où l’avait vu saint Grégoire. Au siècle dernier, Benoît XIV substitua à la statue de marbre celle de bronze doré qui domine aujourd’hui le château Saint-Ange, et qui rappelle toujours à la ville de Rome l’acte merveilleux de la miséricorde de Dieu par l’entremise de saint Michel. Depuis 1925, il est devenu un musée national et abrite une collection de peintures et d’armures.

Le très beau Pont Saint-Ange, lieu du miracle, est jalonné des statues de s. Pierre et s. Paul ainsi que de 10 statues d’anges de l’école du Bernin (de son vrai nom Gian Lorenzo Bernini) portant les instruments de la passion du Christ. Les statues de l’ange à l’inscription de la croix et celle de la couronne d’épines, réalisées par Le Bernin lui même, ont été prises par le Pape Clément IX qui refusait de les laisser s’abîmer dehors. Elles sont aujourd’hui placées dans l’église San Andrea della Fratte, des copies restant sur le pont.

Réélu triomphalement, Grégoire écrit de nouveau à l’empereur Maurice de ne pas ratifier l’élection et il s’enfuit dans une caverne quand arrive la réponse favorable au premier rapport du préfet de Rome. La foule le cherche pendant trois jours puis, guidée par une colonne de lumière, le trouve et le ramène à Rome où il est sacré le 3 septembre 590. Me voilà maintenant en plein milieu du monde, beaucoup plus que je ne l’étais comme laïc. J’ai perdu toute joie profonde : extérieurement c’est une promotion ; intérieurement, quelle chute ! Ballotté par les vagues des affaires, j’entends la tempête qui gronde au-dessus de ma tête. Une fois remplie ma tâche journalière, j’essaie de faire mon examen de conscience. Impossible : des soucis tumultueux et vains m’accablent encore.

Dernier pape de l’Antiquité ou premier pape du Moyen-Age, le soixante-troisième successeur de Pierre conduit pendant près de quatorze ans l’Eglise d’une main de fer. Dans des conjonctures particulièrement difficiles pour l’Eglise et pour l’Italie, tout le pontificat de Grégoire est un long effort de redressement et de réorganisation. Il administre avec sagesse le vaste Patrimoine de Saint-Pierre. Dans les églises suburbicaires où le pape exerce l’autorité propre de métropolitain, il contrôle de près l’élection des évêques et leur administration (ainsi à Naples et en Sicile). Il réussit à résorber progressivement le schisme qui, après la condamnation des Trois Chapitres, avait séparé de Rome les évêques dépendant du métropolitain d’Aquilée. Les Lombards envahissent et dévastent l’Italie et menacent Rome (592) ; suppléant à l’inaction de l’exarque de Ravenne, Grégoire négocie et obtient une trêve qui sera renouvelée en 598 et en 603.

Se considérant comme le sujet du basileus de Constantinople, il maintient cependant l’indépendance de l’Eglise vis-à-vis du pouvoir civil et revendique les droits du successeur de saint Pierre. Il intervient à plusieurs reprises dans des questions relatives aux patriarcats d’Antioche et d’Alexandrie, ou même et Constantinople, et refuse avec intransigeance au patriarche de Constantinople le droit de se nomme patriarche œcuménique ; il voit dans ce titre un acte d’orgueil qui porterait atteinte à la dignité et aux droits des autres patriarches ; lui-même ne veut pas le porter et se contente du titre de servus servorum Dei (serviteur des serviteurs de Dieu), porté déjà par des évêques.

Prématurément atteint d’arthrose et de gastralgie, saint Grégoire le Grand, à partir de soixante ans, devient un véritable malade chronique : « Voilà presque deux ans que je suis grabataire, tourmenté par d’affreuses douleurs de goutte ; à peine puis-je me lever les jours de fête, pour célébrer la messe… Mon supplice permanent : mourir chaque jour, alors que je ne puis pourtant cesser de vivre. »

Ce Consul de Dieu meurt épuisé et souffrant, à Rome le 12 mars 604, il a 64 ans, après treize ans de pontificat ; il sera enterré dans la basilique Saint-Pierre.

– Phocas étant empereur de Byzance et Clotaire II roi des Francs.

Epilogue

Tout le pontificat de Grégoire le Grand est un long effort de redressement et de réorganisation. « Je suis à mon poste secoué par les flots de ce monde qui sont si violents que je suis absolument incapable de conduire au port ce navire vétuste et pourri, que le dessein caché de Dieu m’a donné à gouverner. Au milieu de tout cela, troublé moi-même, je suis contraint tantôt de faire front et de tenir le gouvernail, tantôt, le navire penché sur le côté, d’esquiver en virant les menaces des flots. Je gémis parce que je sens que, par ma négligence, la sentine des vices va croissant et que, dans la tempête terrible que nous traversons, les planches pourries ont des craquements de naufrage.

C’est à bon droit que cet illustre Pape est appelé le Grand ; il fut, en effet, grand par sa naissance : fils de sénateur, neveu d’une Sainte, la vierge Tarsille, arrière petit-fils du pape Félix III (mort en 492) ; grand par sa science et par sa sainteté ; grand par les merveilles qu’il opéra ; grand par les dignités de Cardinal, de Légat, de Pape, où la Providence et son mérite l’élevèrent graduellement, grand par la dignité des charges qu’il exerça et les mérites qu’il y déploya.

 

– L’évangélisation de l’Angleterre

L’un des faits remarquables de son pontificat, après l’apparition de l’Archange Saint Michel, c’est l’évangélisation de ce peuple anglais dont il eût voulu lui-même être l’apôtre. Passant un jour sur le marché de Rome, il vit de jeunes enfants d’une ravissante beauté que l’on exposait en vente. Apprenant qu’ils étaient Angles, c’est-à-dire du pays païen d’Angleterre, qui n’avait pas encore reçu la Foi il s’écrie : « Non angli, sed angeli » (ce ne sont pas des angles, ce sont des anges) : « dites plutôt des Anges, s’écria-t-il, s’ils n’étaient pas sous l’empire du démon ».

Il se rendit aussitôt au palais du Pape et obtint d’aller prêcher l’Évangile à ce peuple ; mais les murmures de Rome forcèrent le Pape à le retenir.

Le saint Pape Grégoire le Grand avait toute sa vie rêvé de s’en aller porter l’Evangile en Angleterre mais, attaché au service du Pape Pélage, il ne put y aller. Aussi monté sur le trône pontifical en 590, il choisit, pour cette mission, Augustin, prieur du monastère Saint-André du Mont Coelius, l’une des sept collines de Rome, dont on ne sait rien avant son départ pour l’Angleterre. Augustin était prieur du monastère de Saint-André.

Comme l’affirment Tertullien et Origène, la Grande-Bretagne avait jadis été christianisée, mais les invasions saxones avaient repoussé les chrétiens (Bretons) en Cornouailles et dans le Pays de Galles sans que l’on pût espérer la conversion des envahis­seurs, jusqu’à ce que le jeune roi du Kent, Ethelbert, chef de la confédération des royaumes saxons, épousât une princesse catholique, Berthe, fille de Caribert 1e Roi de Paris.

Au printemps 596, à la tête d’une quarantaine de moines missionnaires, Augustin [futur saint Augustin de Cantorbéry] s’en alla au monastère de Lérins pour étudier la langue et les mœurs des Saxons. Les descriptions furent si horribles que les missionnaires renvoyèrent leur chef à Rome pour qu’il obtînt du Pape d’être déchargé de cette mission.

Grégoire le Grand, pendant le temps où il retint Augustin près de lui, souffla le chaud et le froid, maniant tour à tour les mena­ces et les encouragements jusqu’à ce qu’il acceptât la mission. On lui conféra la dignité abbatiale et, dûment nanti de lettres pour les évêques, les princes et la reine Brunehaut, il partit en Gaule.

L’évêque d’Arles qui était alors le légat pontifical pour la Gaule, accueillit Augustin et ses moines, et leur fournit des pro­fesseurs enthousiastes de saxon. Ils remontèrent le Rhône, passè­rent à Autun, longèrent la Loire, passèrent à Orléans, à Tours, et s’embarquèrent à l’embouchure de la Loire pour débarquer à l’île de Thanet (proche de Ramsgate), au printemps 597.

Devant Augustin, mitré et crossé, les missionnaires en procession entrèrent dans le Kent en chantant les litanies. Ainsi arrivé devant le roi Ethelbert, à Cantorbéry capitale de son royaume, Augustin fit son premier sermon, écouté avec bienveillance ; il n’obtint pas encore la conversion du Roi mais l’autorisation de prêcher et de construire sous la protection de la Reine un monastère, qui plus tard deviendra son siège épiscopal. Les résultats ne se firent guère attendre puisque, dès la Pentecôte 597, on inaugura la cathédrale de Cantorbéry (capitale du Royaume) où le Roi lui-même s’installa parmi les fidèles enthousiasmés par les pompes et les chants de la liturgie romaine.

L’exemple de sa vie, joint à sa prédication et à ses miracles, amena à la vraie Foi le roi lui-même et saint Augustin baptisa un jour de Noël plus de dix mille Anglais.

L’Eglise du Kent étant constituée, selon les ordres du Pape, Augustin s’en retourna en Arles où l’évêque lui donna la consécration épiscopale. Au comble de la joie, le Pape envoya vers l’Angleterre courrier sur courrier, et conçut un vaste plan d’organisation ecclésiastique qu’on mit quelques siècles à réaliser.

Notre Saint mourut le 26 mai 604 (ou 605 ?) et fut enterré dans le monastère de Saint-Pierre, qui fut désormais le lieu de sépulture des évêques de Cantorbéry.

– Le chant « Grégorien »

C’est principalement à lui que revient l’honneur d’avoir recueilli et publié les belles et sobres formules de la prière liturgique et ces harmonieuses mélodies auxquelles son nom, chant « grégorien », reste attaché pour toujours.

« Le chant grégorien, dit saint Pie X, possède au plus haut degré les qualités propres de la liturgie qui sont surtout la sainteté et l’excellence des formes d’où surgit spontanément un autre caractère qui est l’universalité.

« Par conséquent le chant grégorien est le chant propre de l’Église romaine, le seul chant qu’elle a hérité des anciens Pères, qu’elle a jalousement gardé le long des siècles dans ses manuscrits liturgiques, qu’elle propose directement comme sien aux fidèles, et que, dans certaines parties de la liturgie, elle prescrit exclusivement.

« Pour ces raisons le chant grégorien fut toujours considéré comme le suprême modèle de la musique sacrée. »

Ce premier pape sorti du cloître, introduit dans l’Eglise plusieurs usages conventuels et améliore la liturgie romaine : c’est à lui que l’on doit la manière de chanter, à la messe, le Kyrie et l’introduction, en dehors du temps pascal, de l’Alléluia, ainsi que la récitation du Pater noster, avant la fraction de l’hostie. Dans le sacramentaire, ancêtre du missel, le pontife conjugue le temporal (fêtes capitales de l’histoire du salut) et le sanctoral (commémoration des saints).

Pour régler le chant liturgique, il publie un antiphonaire (du grec anti, en face de et phonê, voix), livre liturgique qui rassemble les textes littéraires et musicaux des antiennes. Il y rassemble des mélodies admirables qui, sans permettre l’exhibitionnisme du chant, lui font au contraire dérouler un fastueux tapis de prières. Bref cette codification du chant liturgique portera son nom « chant grégorien ».

Pour conserver et développer un si riche patrimoine de musique sacrée, Grégoire le Grand fonde et organise deux Scholæ cantorum (écoles de chant), l’une près de Saint-Pierre et l’autre près de Saint Jean-de-Latran, où il se rend volontiers, pour écouter et encourager les pueri cantores (petits chanteurs), en même temps qu’il félicite les clercs spécialisés dans l’importante fonction de chantres.

– Iconographie

On le représente écoutant une colombe qui lui parle à l’oreille : symbole de sa science inspirée. Il est regardé comme le patron des chantres.

« Il est fou, le voyageur qui, apercevant sur sa route de gracieuses prairies, oublie le but de son voyage. »

 

« Dieu tout-puissant, ne laisse pas le péché nous abattre, ne laisse pas l’orgueil nous élever. »

« Soyez certains que vous aurez un pasteur qui plaira à Dieu, si vous-mêmes vous plaisez à Dieu par vos actions. »

« Pour moi, je considère la vertu de patience comme plus grande que les signes et les miracles. » 

Hymne

Apôtre des Anglais, maintenant compagnon des Anges,

Grégoire, secourez les nations qui ont reçu la foi.

Vous avez méprisé l’opulence des richesses et toute la gloire du monde,

pour suivre pauvre le Roi Jésus dans sa pauvreté.

Un malheureux naufragé se présente à vous :

c’est un Ange qui, sous ces traits, vous demande l’aumône ;

vous lui faites une double offrande,

à laquelle vous ajoutez encore un vase d’argent.

Peu après, le Christ vous place à la tête de son Église ;

imitateur de Pierre, vous montez sur son trône.

O Pontife excellent, gloire et lumière de l’Église !

n’abandonnez pas aux périls ceux que vous avez instruits par tant d’enseignements.

Vos lèvres distillent un miel qui est doux au cœur ;

votre éloquence surpasse l’odeur des plus délicieux parfums.

Vous dévoilez d’une manière admirable

les énigmes mystiques de la sainte Écriture ;

la Vérité elle-même vous révèle les plus hauts mystères.

Vous possédez le rang et la gloire des Apôtres ;

dénouez les liens de nos péchés ;

restituez-nous au royaume des cieux.

Gloire au Père incréé ; honneur au Fils unique ;

majesté souveraine à l’Esprit égal aux deux autres. Amen.

Saint Pierre Damien.

T e x t e s   d u   j o u r
H o r a i r e s   d e s   m e s s e s
I N F O