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Homélie de la messe du 1er dimanche de Carême du Père Julien PALCOUX

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1er Dimanche de Carême

Frères et sœurs,

En ce premier dimanche de Carême, nous retrouvons Jésus au désert tenté par le diable. La confrontation entre Satan et Jésus est décisive : si Jésus tombe dans le piège tendu par Satan, alors c’est toute sa mission de Rédempteur qui s’effondre. Je souhaiterais méditer avec vous sur ces 3 tentations non pas par rapport à leur objet, mais en regardant la manière dont le diable attaque Jésus. Parce que la manière avec laquelle Satan procède est la même qu’il utilise par rapport à nous.

Alors, il y a un présupposé à tout ce que je vais dire : c’est que le diable existe. Je le dis, car certains courants dans l’Eglise, parfois certains pasteurs, ont nié jusqu’à son existence ou ont tourné en dérision ce que l’Eglise dit du démon. Ces considérations sont hérétiques, non conformes à la foi de l’Eglise. Malheureusement le démon existe et il sait se rappeler à nous pour nous embêter. Alors voici son mode d’action ordinaire : en fait il oscille entre deux extrêmes : ou bien il fait croire qu’il n’existe pas et est en ce sens totalement libre pour agir ; ou bien il fait croire qu’il est tout-puissant, ce qu’il n’est évidemment pas, et nous fait ainsi peur et nous déstabilise. Pour entrer pleinement dans la combat spirituel, il faut savoir comment agit notre adversaire, et, dès lors, les choses deviennent plus facilement intelligibles.

Ceci étant dit, regardons les 3 angles d’attaques qu’utilise le démon dans son combat avec Jésus. Satan attaque Jésus dans sa fragilité humaine. St Matthieu prend bien le soin de nous dire : « Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, Jésus eut faim. Le tentateur s’approcha de Lui… » Le démon attaque quand Jésus se trouve en situation de faiblesse, de fragilité, quand Il a faim, après quarante jours et quarante nuits de jeûne. On appelle souvent le démon « le Malin ». Le Malin parce qu’il est intelligent. C’est un esprit, donc il est non corporel ; il a donc des facultés que nous n’avons pas. Il sait des choses ; il nous connaît, pas aussi profondément et parfaitement que Dieu, mais il nous connaît. Il sait où sont nos fragilités, nos blessures. Et c’est souvent là qu’il nous attaque, parce que nous sommes plus vulnérables ; parce que la réalité du péché originel fait que, lorsque nous sommes blessés, fragiles, nous avons tendance à vouloir nous débrouiller nous-mêmes, à garder nos blessures pour nous, à ne pas vouloir les présenter à Dieu. Or, c’est tout l’inverse qu’il faut faire. Il faut en fait présenter à Dieu nos blessures, nos fragilités, nos pauvretés afin qu’Il les guérisse, qu’Il les purifie. Le meilleur médicament est le sacrement de la confession. Car, nous recevons de Dieu la grâce de l’absolution. Et cette grâce divine agit efficacement pour nous guérir en profondeur. Dieu nous apprend non pas à fuir nos fragilités, ou à les masquer ou à compenser, mais au contraire, Il nous apprend à les assumer pour qu’Il puisse, Lui, les guérir. La guérison est dans l’assomption. Aucun homme ne sera jamais sans fragilités ; mais Jésus nous invite à les Lui présenter, et alors, le démon n’aura plus de prise sur elles.

Autre angle d’attaque : le démon attaque l’œuvre de Dieu. « Si tu es le Fils de Dieu » ne cesse-t-il pas de dire à Jésus. Il attaque la divinité de Jésus. Il l’attaque en la mettant en cause, en incitant Jésus à prouver qu’Il est Dieu, en l’incitant à utiliser la toute-puissance de sa divinité pour ne pas assumer la faiblesse ou les limites de son humanité. On voit bien ici ce que je disais plus haut : le démon attaque en nous incitant à ne pas assumer, à tricher. Mais, plus que nous attaquer nous-mêmes, le démon attaque de préférence l’œuvre de Dieu en nous : ce que Dieu construit, ce qui en nous est l’image de Dieu. St Léon le Grand dit dans un de ses Sermons de Carême : « Comprenons bien que, plus nous apporterons de soin à notre salut, plus violentes seront les attaques de l’ennemi. » (Sermon XXXIX 3 sur le Carême). Voilà une deuxième règle pour comprendre en profondeur le combat spirituel.

A ce sujet, il me semble important de vous redire ceci : le démon n’a, ordinairement, aucun moyen d’action sur la réalité même des choses. Mais il se débrouille pour que nous-mêmes nous abîmions les choses, les réalités divines, l’œuvre de Dieu. Plus l’œuvre de Dieu est belle, plus elle est à l’image de Dieu, que cela soit dans une personne, dans une relation humaine, dans un projet, plus le démon va chercher à la salir, à la pourrir. Pas tellement en faisant que le cœur même de l’objet soit mauvais ; je vous le redis, il n’a pas un grand pouvoir là-dessus ; mais en incitant, en suggérant un regard mauvais sur la réalité en question, en jetant le discrédit, en suggérant de fausses et malsaines intentions, en pervertissant le regard posé sur la réalité en question. Pourquoi croyez-vous que les pires attaques contre l’Eglise viennent du dedans ? Parce que c’est l’œuvre du démon ! Par ailleurs, le démon est fin et subtil. C’est-à-dire qu’il ne va pas forcément attaquer avec ses gros sabots, avec des intentions clairement mauvaises ; mais il va accentuer chez tel ou tel, à partir de frustrations, de jalousies, de blessures, de limites, ou à partir de qualités humaines poussées à l’orgueil, il va faire naître une intention pas droite, dévoyée qui va attaquer l’œuvre de Dieu. Alors, tout ceci nous amène à exercer un discernement assez fin et serré. Retenons la règle générale de ce mode opératoire : plus les choses sont belles et dignes de Dieu, plus elles disent quelque chose de Dieu, plus le démon va chercher à les pourrir.

Troisième angle d’attaque de Satan : il vient nous attaquer avec nos armes, sur notre terrain. Regardons dans l’Evangile comment il attaque Jésus.  Jésus répond à la première attaque du démon en citant l’Ecriture : «  Il est écrit : ‘Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.’ » Et le démon prend les armes de Jésus pour ré-attaquer. Il cite l’Ecriture, il utilise la Parole de Dieu ! C’est assez fort ! Il n’a peur de rien. Attaquer Celui qui est la Parole de Dieu avec la Parole de Dieu. Mais, comme dans la première lecture avec Eve, il utilise la Parole de Dieu en la pervertissant : « Alors Dieu vous a dit : ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin ?’ » demandera-t-il à Eve. Mais Dieu n’a pas dit ça. Avec Jésus, même procédé : il cite l’Ecriture pour donner une apparence de vérité à son mensonge, mais tout en la dénaturant, en la dévoyant. Qu’est-ce que cela nous dit frères et sœurs ? Que le démon nous attaque avec nos armes, sur un terrain qui nous est familier, afin de ne pas éveiller nos soupçons. Bien plus, il nous attaque avec des arguments qui ont l’apparence du bien. Comment ne pas tomber dans les manœuvres du démon ? Eh bien, en ayant soin de purifier nos intentions ; en laissant la lumière de la Vérité éclairer telle ou telle situation, réalité. En regardant aussi les fruits. Jésus nous donne un critère important de vérification : « Un bon arbre donne de bons fruits, un mauvais arbre donne de mauvais fruits. »

Frères et sœurs, la vie chrétienne, la vie spirituelle, ce n’est pas autre chose que d’entrer dans ce combat. Mais avant de le mener dans le monde et pour le monde, il faut d’abord le mener en soi. Ce combat, si nous le menons seul, nous le perdrons, car nous ne sommes pas des sur-hommes et notre humanité est affaiblie par le péché originel, par le péché actuel. Notre victoire, elle est en Jésus qui, Lui, a gagné ce combat contre le diable. Ouvrons-nous à Jésus dans tous nos combats : reconnaissons-le dans nos combats, reconnaissons-nous dans ses combats, et alors, Il nous apportera le salut et la victoire. Amen !

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