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2ème Dimanche du Temps Ordinaire
Frères et Sœurs,
Pourquoi débuter l’année liturgique avec le récit du baptême de Jésus par Jean-Baptiste ? Parce que le temps de Noël s’achève avec le baptême de Jésus et notre vie ordinaire de chrétien s’enracine dans notre baptême, qui lui-même découle du baptême de Jésus. Profitons des textes de ce dimanche pour méditer sur le sacrement du baptême qui est à l’origine de notre vie chrétienne.
Le premier point que je souhaiterais reprendre est qu’il existe deux baptêmes. Il y a le baptême de Jean-Baptiste, que l’on appelle le baptême d’eau ou le baptême de conversion et il y a le baptême de Jésus que l’on appelle le baptême dans l’Esprit-Saint. Le baptême qu’administrait Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain était un acte non renouvelable qui signifiait l’engagement à convertir sa vie. Lors de ce baptême on confessait ses péchés, et on s’engageait à vivre différemment. La mort au péché était signifiée par l’immersion dans les eaux du Jourdain et la renaissance était signifiée par la sortie de l’eau. Lorsque Jean-Baptiste s’en prendra aux Pharisiens et aux Saduccéens en les traitant de « langue de vipères », il dénonce leur hypocrisie, c’est-à-dire le fait qu’ils s’engagent à ne plus pécher, mais qu’ils refusent de se convertir.
Le baptême de Jésus est appelé baptême dans l’Esprit-Saint au sens où il donne l’Esprit de Dieu. On peut aussi l’appeler baptême de filiation, car ce baptême rétablit, répare, la relation avec Dieu qui a été défigurée par le péché originel et par le péché. C’est là qu’il faut bien comprendre ce qu’apporte le baptême. Lorsque nous ne sommes pas baptisés, notre être est marqué, par nature, par notre Créateur. On dit que nous sommes à l’image de Dieu. Mais le baptême de Jésus apporte quelque chose de plus. Il nous fait devenir « fils ou fille » de Dieu. En clair, Dieu devient notre Père ; Il n’est plus seulement notre Créateur. Cette filiation divine que nous donne le baptême commence avec l’Incarnation du Fils de Dieu lorsque, en Jésus, Dieu prend la nature humaine. Dans cette assomption, il y a réconciliation, union et communion des natures divine et humaine. Et cette union se transmet à nous par le sacrement du baptême.
Il y a une autre différence entre les baptêmes de Jean-Baptiste et de Jésus. C’est que le baptême de Jean-Baptiste aidait à la conversion ; le baptême de Jésus permet le salut. On n’est plus exactement dans le même registre. Le baptême chrétien nous plonge dans la mort et la Résurrection de Jésus. On y trouve une allusion dans l’Evangile du Jour. Jean-Baptiste dit en voyant Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » L’expression « Agneau de Dieu » est très claire pour un Juif. Cela renvoie à l’Agneau Pascal, à la Pâque Juive, à la libération d’Egypte. Jean-Baptiste prophétise ici en quelque sorte la Passion de Jésus, son offrande, son sacrifice, ainsi que le mystère de la Rédemption : « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » Jean-Baptiste annonce le salut qu’accomplira Jésus.
On peut déduire une autre conséquence de la différence entre ces deux baptêmes. C’est que le baptême de Jean-Baptiste créée une communauté de convertis. Le baptême de Jésus, une communauté de personnes sauvées qui ont la même filiation divine, le même Père. Par conséquent, le baptême de Jésus crée une famille nouvelle de personnes qui ont la même filiation. Et cette famille s’accomplira dans l’Eglise.
Alors, frères et sœurs, et les termes sont justes, nous sommes frères et sœurs parce que nous sommes de la même famille, alors disais-je, il faut reprendre conscience que nous sommes de la même famille. Dans une famille, on apprend à s’aimer ; mais on a aussi des droits et des devoirs les uns envers les autres. La difficulté pour les catholiques français est d’assumer le fait que nous ne sommes plus majoritaires. Certes, notre culture, notre histoire, n’en déplaise aux intégristes laïcs ou francs-maçons, ont été façonnées par le christianisme. Il nous en reste une impression d’être majoritaire. Mais de fait, nous ne le sommes plus ; les catholiques sont devenus une minorité, alors avec des forces, et même des forces qui reviennent. Mais nos réflexes sont des réflexes mous. Nous avons perdu la conscience d’être d’une même famille, de nous soutenir. Bien sûr, il faut aider tout le monde, il faut aimer tout le monde. Mais il ne faut pas délaisser ou négliger ceux qui sont de la même famille que nous, ceux qui partagent la même foi. Nous avons des devoirs envers eux. De même, Jésus donne la clé à ses disciples pour évangéliser : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on verra que vous êtes mes disciples. » Trop souvent les communautés chrétiennes se sont sclérosées, abîmées dans des querelles internes de pouvoir, d’opposition, de confrontation. Jésus nous appelle à l’inverse : à s’accepter, à s’aimer, à se respecter. Dans une famille, tout le monde ne pense pas la même chose : et c’est normal et c’est sain ! Il en va de même dans l’Eglise. Mais cela ne doit pas nous empêcher pas de nous aimer.
Il y a dans cette période que nous vivons un appel à redécouvrir et à réinvestir nos relations internes, non pas pour nous replier sur nous-mêmes, mais pour purifier et renforcer nos relations pour que notre Communion soit plus forte, plus parfaite et plus efficace.
Je voudrais terminer cette médiation sur le baptême en redisant que le baptême fait de nous des êtes missionnaires. Isaïe l’annonçait déjà dans l’Ancien Testament : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d’Israël : je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » Trop souvent, dans les années post-conciliaires, certaines générations de chrétiens ont fait de la foi chrétienne une affaire strictement personnelle et ont enlisé leur dynamisme missionnaire dans une fausse conception de la liberté ce qui a eu pour conséquence de ne plus transmettre la foi chrétienne aux générations suivantes ou de la transmettre en pointillé. Or le baptême est par nature missionnaire. S’il n’est pas missionnaire, c’est un baptême mort qui révèle une foi morte. C’est une question qu’il faut nous poser, nous tous qui sommes ici à la messe : qu’est-ce que Dieu attend que je fasse de mon baptême ? Puissions-nous répondre comme le psalmiste : « Me voici Seigneur, je viens faire ta volonté. » Amen !
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