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À l’occasion du dimanche de la Parole de Dieu ce 25 janvier, Aleteia s’est entretenu avec le père René-Luc, auteur du livre « L’Évangile puissance 4 » (Artège). Dans cet ouvrage, il propose une lecture inédite des Évangiles : un récit unique qui rassemble les quatre regards portés sur la vie de Jésus. Il revient ici sur la genèse de ce projet audacieux et sur l’urgence de lire enfin l’Évangile dans sa totalité.
L’Église invite chaque fidèle ce 25 janvier lors du dimanche de la Parole de Dieu à redécouvrir la force vivante des Écritures et à se laisser façonner par elles. Mais comment entrer vraiment dans les Évangiles, quand leur lecture peut sembler répétitive ou fragmentée ? Prêtre du diocèse de Montpellier, le père René-Luc s’est attaqué à ce défi en réinventant une démarche audacieuse : réunir les quatre Évangiles en un seul grand récit continu. Dans son livre L’Évangile puissance 4, il offre une plongée intégrale dans la vie du Christ, fidèle à la nouvelle traduction liturgique et respectueuse de la richesse propre de chaque évangéliste. À l’occasion de cette journée dédiée à la Parole de Dieu, il revient sur la genèse de ce travail hors norme et ses enjeux spirituels.
Pourquoi avoir réuni les quatre Évangiles en un seul récit intégral ?
Tout est parti d’un constat assez simple : peu de gens ont lu un Évangile en entier. Et lorsqu’ils l’ont fait, il leur manque encore une grande partie des récits propres aux autres évangélistes. Chaque Évangile contient en effet de nombreux passages qui ne se trouvent nulle part ailleurs.
Les Évangiles ont été écrits en grec, et chaque traduction implique nécessairement une interprétation.
Si l’on veut pouvoir dire un jour : « Une fois dans ma vie, j’ai lu tous les épisodes de la vie de Jésus », la seule solution est de lire les quatre Évangiles. Or l’obstacle est évident : nous ne sommes pas dans Harry Potter et ses quatre tomes. Environ 80% des récits sont communs aux Évangiles, avec de nombreuses répétitions. Beaucoup de lecteurs se découragent face à cette impression de redite et finissent par abandonner. Résultat : la plupart des chrétiens n’ont jamais lu l’ensemble des épisodes de la vie de Jésus. Cette démarche vise donc à lever cet obstacle. Elle est loin d’être nouvelle : d’autres l’ont entreprise bien avant moi, à commencer par saint Augustin.
En quoi l’usage de la nouvelle traduction liturgique enrichit-il ou transforme-t-il la lecture des Évangiles ?
Des harmonies des Évangiles existent depuis longtemps : Tatien au IIe siècle, saint Augustin au IVe siècle, et plus récemment le chanoine Weber. La particularité de ce travail réside dans le choix de la nouvelle traduction liturgique. On dit en italien : « Toute traduction est une trahison ». Les Évangiles ont été écrits en grec, et chaque traduction implique nécessairement une interprétation. J’ai voulu proposer un récit fondé sur la traduction la plus répandue et la plus familière aujourd’hui pour les fidèles : celle qu’ils entendent à la messe. Cela permet une lecture qui résonne immédiatement, sans distance linguistique ou stylistique.
Quel a été le principal défi de ce travail ?
Je suis parti vivre en Grèce pendant un an et je m’y suis consacré pleinement. J’ai énormément travaillé, sans mesurer au départ la charge que cela représentait. Le plus difficile a été de choisir le texte lorsqu’il existe plusieurs récits parallèles, et surtout de construire une cohérence d’ensemble. J’ai eu la chance d’hériter des ouvrages exceptionnels du père Marie-Joseph Lagrange, fondateur de l’École biblique de Jérusalem. Grâce à ses travaux, j’ai pu reconstituer une trame chronologique solide et un texte précis.
Si quatre personnes vous racontent une histoire qu’elles ont vécue ensemble, chacune à travers leur prisme, et que vous avez la possibilité d’en avoir un récit complet, pourquoi vous en priver ?
Lorsque certains récits ne concordent pas parfaitement, il faut expliquer pourquoi. Pour cela, je me suis appuyé non seulement sur le père Lagrange, mais aussi sur les Pères de l’Église. J’ai choisi une mise en page très pédagogique : sur la page de droite, le texte reconstitué, avec une particularité importante — chaque verset est référencé précisément, afin que le lecteur sache toujours quel évangéliste il est en train de lire. Sur la page de gauche, des commentaires qui éclairent le texte, expliquent les différences et dissipent toute impression de contradiction. L’ensemble se veut harmonieux : les divergences ne sont pas gommées, mais comprises. Pour chaque épisode, on découvre que tel évangéliste est le plus détaillé, puis, pour l’épisode suivant, c’est un autre. Aucun ne domine les autres : ils sont tous remarquables, chacun à sa manière.
Comment décririez-vous le style propre de chaque évangéliste ?
Chaque évangéliste possède un génie unique. Marc est l’évangéliste du regard : son récit est très visuel, presque cinématographique, on voit la scène, on la vit. Luc est celui de la miséricorde, avec des paraboles comme le Bon Samaritain ou le fils prodigue. Matthieu est profondément juif : il cherche sans cesse à montrer que Jésus est le Messie attendu par le peuple d’Israël. Jean, enfin, offre une dimension plus théologique et mystique, d’une profondeur spirituelle saisissante.
Si vous deviez recommander un Évangile à un non-croyant, lequel choisiriez-vous ?
Je recommanderais… L’Évangile puissance 4 ! (rires) Plus sérieusement, je ne peux plus dire : « Commencez par celui-ci », car j’ai appris à tous les aimer. Tout dépend des sensibilités. Avant ce travail, j’aurais spontanément répondu que mon préféré était Luc. Aujourd’hui, je suis incapable de choisir. Chacun est passionnant, ils se complètent admirablement. Cette année de travail a ravivé en moi un enthousiasme décuplé. Il est toutefois important de préciser que L’Évangile puissance 4 ne remplace pas la lecture de chaque Évangile ! C’est une aide, une porte d’entrée, une invitation à découvrir le goût propre de chacun.
La Bible est la Présence réelle de la parole de Dieu. Elle mérite d’être honorée, lue et méditée — pas seulement par fragments, mais dans sa globalité.
Certains pratiquants n’ont jamais lu un Évangile en entier, en dehors de la messe. Pourquoi s’y mettre, et par lequel commencer ?
À nouveau, si quatre personnes vous racontent une histoire qu’elles ont vécue ensemble, chacune à travers leur prisme, et que vous avez la possibilité d’en avoir un récit complet, pourquoi vous en priver ? Prenons l’exemple de Joseph d’Arimathie. Matthieu dit simplement qu’il s’agit d’un homme riche. Marc précise qu’il est riche et influent, membre du Conseil. Mais si vous lisez Luc, vous verrez qu’il ajoute une précision d’importance : Joseph n’avait pas approuvé la décision ni les actes du Conseil. Et en lisant Marc, on apprend qu’il attendait le règne de Dieu. Alors, c’était un juif comme les autres ? Eh non, car Matthieu complète en disant qu’il était devenu disciple de Jésus : Joseph d’Arimathie était donc un chrétien. Sans les quatre récits, on ne sait finalement pas vraiment qui est Joseph d’Arimathie. Ensemble, ils offrent un éclairage saisissant, comme quatre projecteurs braqués sur une même scène.
Ce dimanche est le dimanche de la Parole de Dieu. Que signifie-t-il concrètement ?
Il faut se réjouir du développement des missels et des supports comme Magnificat ou Parole et Prière, qui permettent un accès quotidien à la Parole de Dieu. Leur seul inconvénient est peut-être de laisser la Bible fermée au fond d’un placard. Ce dimanche de la Parole invite les chrétiens à replonger dans la Parole, à ouvrir concrètement leur Bible. Certes, il est plus facile de lire l’Évangile du jour sur son téléphone dans le métro… Mais pourquoi ne pas ouvrir vraiment sa Bible ? Il s’agit de la Présence réelle de la parole de Dieu, qui est accessible à tous. Elle devrait être ne serait-ce que symboliquement exposée dans le coin prière, pour inviter à la lire, à s’en rassasier. Elle mérite d’être honorée, lue et méditée — pas seulement par fragments, mais dans sa globalité.
Pratique
L’Evangile puissance 4, père René-Luc, Artège, septembre 2025, 17,90 euros.
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