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À la tête d’une communauté de 1,4 milliard de catholiques, Léon XIV occupe une position d’influence rare. Mais sa parole compassionnelle se heurte à un monde où la force s’impose partout.
Le bien du peuple vénézuélien bien-aimé doit prévaloir sur toute autre considération et conduire à dépasser la violence […], en garantissant la souveraineté du pays. Cette exhortation du pape Léon XIV, au lendemain de l’intervention militaire américaine à Caracas, qui a conduit à la capture du président Nicolas Maduro, est emblématique du style de la diplomatie du plus petit État du monde.
Depuis la fenêtre du palais apostolique où il récite l’Angélus du dimanche, le pontife ne désigne aucun protagoniste. Il appelle au respect de l’État de droit, avec prudence. Et il confie sa «profonde inquiétude» : car le successeur de Pierre n’est pas un chef d’État comme un autre. Le rôle du pape, au-delà des intérêts partisans, est de «proposer une meilleure entente entre les pays», martèle-t-on au Vatican. Et comme pasteur, d’incarner le souci de l’Évangile pour tous les peuples.
La foule est dense sur la place Saint-Pierre pour écouter l’évêque de Rome. Mais ses paroles semblent tomber dans un vide géopolitique. Depuis dix ans, le Saint-Siège s’est pourtant investi et a tenté d’exercer son influence par des canaux discrets de dialogue autour de la poudrière vénézuélienne.
D’ailleurs, avant Noël, selon le Washington Post , le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin, sorte de «Premier ministre», aurait suggéré aux Américains d’ accepter une exfiltration de Nicolas Maduro vers Moscou. Si le Vatican a regretté «que des éléments d’une conversation confidentielle aient été divulgués d’une manière qui ne reflète pas fidèlement son contenu», il n’a pas cependant démenti les informations du journal américain. Les efforts de Rome furent peine perdue : la planète est entrée dans l’année 2026 en spectatrice de ce «coup d’État» international.

© YASSER AL-ZAYYAT / AFP
Le 16 janvier dernier, le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin a élevé l’église Notre-Dame d’Arabie du Koweit au rang de basilique mineure, signe de l’importance que le Vatican accorde à la présence chrétienne dans ce pays musulman.
Au fond, dans un monde dominé par de grandes puissances comme les États-Unis, la Russie et la Chine, le poids du micro-État compte-t-il vraiment ? Pour Romilda Ferrauto, qui a longtemps dirigé la section française de Radio Vatican, «la diplomatie du Saint-Siège, bien que différente des autres, reste influente». Loin d’être défaitiste, l’experte, qui a collaboré pendant quarante-cinq ans avec le Vatican sous quatre pontificats, estime qu’à l’heure actuelle, ses actions «sont plus suivies que par le passé, parce que nous sommes dans un cadre international complexe et polarisé, où la politique devient souvent illisible et indéchiffrable». Dans cette confusion, « la parole du pape peut avoir un impact», assure-t-elle. Sa force tient notamment à son réseau : le Saint-Siège entretient des rapports diplomatiques avec 184 États, et dispose d’un maillage de nonces apostoliques, les «ambassadeurs» du pape. Il dispose aussi du statut d’État observateur permanent à l’ONU.
Certes, la diplomatie de cette micro-entité souveraine a «des limites», ne pouvant imposer de sanctions ni disposer de forces militaires, reconnaît Romilda Ferrauto. Lors d’une conférence de presse au retour de son voyage en Turquie et au Liban en décembre dernier, Léon XIV avait lancé un appel discret à « des pressions économiques » sur le Venezuela, révélant en filigrane le peu de marge de manœuvre du Vatican.
Néanmoins son manque de moyens pourrait aussi être son atout. « Le Saint-Siège, parce qu’il se situe en dehors des jeux politiques, peut être considéré comme un lieu de médiation », nuance l’experte. Quand bien même ses offres obtiennent rarement une réponse. À l’automne dernier, la proposition de Léon XIV d’accueillir au Vatican des pourparlers entre Ukraine et Russie a été écartée. « Choisir comme lieu de négociation entre deux pays orthodoxes le chef-lieu de l’Église catholique n’est pas très réaliste », reconnaît-on en coulisses. Observe-t-on des changements sous le pontificat initié il y a huit mois ? « On remarque une grande prudence et une grande mesure, qui peuvent être liées en partie à la personnalité du pape, et à la situation internationale explosive », souffle une source romaine.
D’autres, à l’instar d’un ambassadeur en poste à Rome, jugent que « ce n’est pas un pape qui se cache derrière des banalités et il n’a pas peur de dire les choses avec clarté ». Léon XIV « touche juste et sans ambiguïté », ajoute ce politique européen, insistant sur sa légitimité : « Le pape peut être un grain de sel dans le grand jeu diplomatique actuel. » Selon cet interlocuteur, le pontife américain « a un levier sur les catholiques Maga (Make America Great Again, le slogan de campagne de Donald Trump, ndlr) » .
À Washington, le ton a d’ailleurs changé. Donald Trump, qui ne ménageait guère le pape François, se montre plus attentif à Léon XIV, conscient de l’attachement que lui portent nombre de ses électeurs. Cet impact est avant tout de l’ordre de l’adhésion spirituelle. «Il y a des catholiques dans le monde entier. Les fidèles, qui représentent, pourrait-on dire, “les ressortissants” du Saint-Siège, sont beaucoup plus présents sur le globe que ceux de n’importe quel autre pays», insiste Romilda Ferrauto.
Au Vatican, on indique qu’avec Léon XIV, « la ligne diplomatique du Saint-Siège n’a pas bougé ». « La secrétairerie d’État cherche à garantir la continuité », affirme-t-on. Le micro-État suit une ligne de conduite inamovible qui tient parfois du numéro d’équilibriste : entretenir une certaine neutralité dans les conflits, en gardant le dialogue avec toutes les parties impliquées. Malgré les critiques et les incompréhensions, «c’est la vocation du Saint-Siège et son destin. Nous souhaitons être au service des deux parties», murmure-t-on dans les couloirs du palais apostolique, en référence notamment au sujet du conflit israélo-palestinien hautement sensible, dont les répercussions se font sentir jusqu’en Iran ces jours-ci.
Beaucoup notent aussi que la voix du Vatican s’inscrit dans « le temps long ». Cette approche ne l’empêche pas de réagir dans l’urgence : « Face aux massacres, le Saint-Siège peut agir vite, par l’envoi d’émissaires ou d’aides. Sauver des vies humaines est une priorité. Il ne peut pas attendre que les cadavres s’accumulent », glisse Romilda Ferrauto. Dès ses premiers jours, Léon XIV s’est engagé à mettre « tout en œuvre pour que [la] paix se répande ». « L’Église ne se lassera pas de répéter : que les armes se taisent », a-t-il promis, comme un serment.
Actuellement, le Saint-Siège compte 98 nonces apostoliques en poste. Pour la plupart formés à Rome, au sein de l’Académie ecclésiastique peu après leur ordination, puis envoyés au service de la diplomatie vaticane partout dans le monde, ces archevêques nommés par le pape exercent une double mission.
Ils ont rang d’ambassadeurs : ils représentent le Saint-Siège auprès des 184 États qui entretiennent des relations avec le Vatican, et sont aussi présents auprès de nombreuses organisations internationales, notamment l’Union européenne et les Nations unies. Le travail de ces diplomates du pape est coordonné par la Secrétairerie d’État, une administration centrale qui joue également le rôle de ministère des Affaires étrangères. Les nonces constituent par ailleurs un maillon important dans les relations entre l’évêque de Rome et la Curie romaine, d’une part, et les diocèses de l’Église catholique dans chaque pays, d’autre part. Ils participent notamment au processus de sélection des nouveaux évêques, qui sont nommés par le pape.
États entretiennent des relations diplomatiques avec le Saint-Siège.
Source : vaticannews. va
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