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Léon XIV, le nouveau promoteur des racines chrétiennes de l’Europe ?
Depuis le début de son pontificat, le pape Léon XIV s’est intéressé à plusieurs reprises à la thématique des racines chrétiennes de l’Europe. Le deuxième pape originaire des Amériques actualise ainsi ce thème qui fut particulièrement cher à Jean Paul II.
Ce fut l’un des derniers combats du pape polonais, dans un début de XXIe siècle qui vit l’Europe prendre la voie d’une sécularisation la coupant des intuitions de ses pères fondateurs. Entre 2000 et 2005, Jean Paul II, sans succès, tenta d’œuvrer pour la mention explicite des « racines chrétiennes de l’Europe » dans le projet de Constitution européenne. La France de Lionel Jospin et Jacques Chirac, au nom de la laïcité, refusa cette proposition, au prix d’une crise diplomatique avec le Saint-Siège, qui fit part de ses « regrets ». Amputée de cette référence, la Constitution européenne fut rejetée par une majorité d’électeurs lors du référendum du 29 mai 2005 organisé en France dans un climat tendu et polarisé.
Vingt ans après ces débats houleux, le sujet de l’identité spirituelle de l’Europe, particulièrement cher également à Benoît XVI, demeure essentiel vu de Rome. La papauté est préoccupée par un sentiment de dislocation des idéaux européens.
Pas de paix sans « vérités partagées », s’inquiète Léon XIV
Dans son message diffusé le 23 janvier à l’occasion d’une conférence européenne organisée au Luxembourg, Léon XIV a exhorté à promouvoir « le rôle des valeurs catholiques dans la construction d’un continent européen plus pacifique et plus juste ». Dans un ton proche de celui de ses prédécesseurs, il a regretté « la grande réticence, aujourd’hui, à discuter des valeurs universelles que la religion ou tout autre système de croyance peut apporter au bien commun de la société ». « Aucune communauté, et encore moins un continent, ne peut vivre en paix et prospérer sans vérités partagées qui en inspirent les normes et les valeurs », a averti le Pape, en dénonçant « la diffusion du relativisme et la réduction de la vérité à une simple opinion ». « La tradition reçue de vos pères est un trésor précieux », a par ailleurs lancé le Pape en saluant des milliers de pèlerins croates, le 7 octobre 2025. « Où que vous soyez, restez attachés à vos racines chrétiennes et offrez le témoignage d’un peuple qui aime le Christ et son Église », les a-t-il exhorté.
« Es-tu chrétien ? Es-tu chrétienne ? Vis comme un chrétien. On ne peut pas mélanger l’eau et l’huile : elles restent toujours différentes. C’est la fin d’une civilisation intérieurement contradictoire, qui se dit chrétienne mais vit comme païenne. » Pape François, 2018.
De même, devant la délégation du groupe parlementaire des « Conservateurs et réformistes européens », en présence notamment de l’eurodéputée Marion Maréchal, le 10 décembre dernier, Léon XIV a souligné que « l’identité européenne ne peut être comprise ni promue qu’en référence à ses racines judéo-chrétiennes ». Dans un discours prononcé en anglais, il a cité les « trésors culturels » de la « civilisation occidentale », comme ses « cathédrales, son art et sa musique sublime », mais aussi les « progrès scientifiques » permis par les communautés chrétiennes. « Ces réalisations créent un lien intrinsèque entre le christianisme et l’histoire européenne, une histoire qui doit être chérie et célébrée », a-t-il assuré devant ces parlementaires qui assurent défendre les valeurs chrétiennes de l’Europe.
Lors de sa bénédiction Urbi et Orbi de Noël, le Pape a souhaité au continent européen d’assumer « un esprit communautaire et de collaboration, fidèle à ses racines chrétiennes et à son histoire, un esprit solidaire et accueillant envers ceux qui sont dans le besoin ». Quelques semaines plus tard, dans une lettre apostolique, il a souligné l’importance de l’archéologie chrétienne pour comprendre les « racines » de l’Europe, citant l’appel de Jean Paul II en 1981 dans lequel le pontife polonais affirmait que « l’Europe a besoin du Christ ».
Le pape François, méfiant mais radical
Le pape François a parfois pris ses distances avec l’exploitation politique de ce thème des racines chrétiennes de l’Europe, s’inquiétant d’une tonalité « triomphaliste » ou d’un manque de pluralisme dans l’interprétation de ce concept. Néanmoins, il s’est aussi référé à ce thème lors de certains voyages, comme en Slovaquie, en 2021. Et surtout, dans ses homélies à la chapelle de la résidence Sainte-Marthe entre 2013 et 2020, le pontife argentin est plusieurs fois revenu sur la thématique de « l’apostasie » et de la perte des racines, pointant les incohérences d’une civilisation se disant chrétienne mais vivant dans le péché. Dans ses questions adressées à chaque chrétien pointait en filigrane une critique acérée de l’Europe et de l’Occident.
Il avait ainsi lancé cette interpellation particulièrement radicale dans son homélie du 29 novembre 2018 : « Vivons-nous comme des chrétiens ? On pourrait le croire. Mais en réalité, notre vie devient païenne lorsque ces choses arrivent, lorsque nous entrons dans cette séduction de Babylone et que Jérusalem vit comme Babylone. On veut faire une synthèse qui ne peut pas se faire. Et toutes deux seront condamnées. Es-tu chrétien ? Es-tu chrétienne ? Vis comme un chrétien. On ne peut pas mélanger l’eau et l’huile : elles restent toujours différentes. C’est la fin d’une civilisation intérieurement contradictoire, qui se dit chrétienne mais vit comme païenne. »
Le Magnificat, prière à Marie que l’Eglise s’est donnée dès les premiers temps, va connaitre une nouvelle traduction, que détaille pour nous Mgr Joseph de